Skip to main content

Full text of "Essai sur l'histoire de la maison et Baronnie de Montjoie"

See other formats


£? S>££©^ :; • ; 

S l*^ ESSAI 382913* 

SUR L'HISTOIRE 



DE LA 



MAISON ET BARONIE DE MONTJOIE, 



PAR I. L'ABBÉ RICHARD, 

CURÉ DE DAMBELMf, 



IMESrOSDAST DU Mt.llSTRB DE L'IMSTRICTION PCBLIQCE f'Ol R LU TRAVAUX IHSTORIQl'LS 
ET MEMBRE DR L'ACADÉMIE DE BE8AMÇON. 




BESANCON, 



J. JACQUIN, IMPRIMEUR-LIBRAIRE, 

Grande Rue, M, h U Vieilke-lntendinct. 



1800. 



Digitized by Google 



ESSAI 

SUR L'HISTOIRE 

DE LA 

MAISON ET BARONIE DE MONTJOIE. 



, 



Digitized by Google 



39291G 

ESSAI 

SUR L'HISTOIRE 

DE LA 

MAISON ET BARONIE DE MONTJOIE, 



PAR M. L'ABBÉ RICHARD, 

CURÉ DE DAVBELIN, 

CORRESrOSDAÎIT DU MIBISTRE DE L'INSTRUCTION PCRLIQCE POCR LES TRAVAUX HISTORIQUE» 

ET MEMBRE DE L'ACADÉMIE DE DRSARÇON. 




Grande- Rue, J4. t la Vieille-Intendance. 



1800. 



Digitized by Google 



PRÉFACE. 



Depuis longtemps, des amis de l'histoire de notre pro- 
vince m'ont invité à rechercher les annales de la maison de 
Montjoie pour en faire part au public. Vous avez écrit, m'a- 
t-on répété souvent, les monographies des sires et de la 
terre deNeuchatel, du bourg de Pont-de-Roide, de la châtel- 
lenre et de la ville de l'Isle-sur-le-Doubs, du comté de la 
Roche en Montagne et de la ville de Saint-Hippolytc. L'an- 
cienne baronie de Montjoie est limitrophe de cette dernière 
terre; son histoire devient de toute nécessité la partie inté- 
grante de vos études historiques sur plusieurs points de la 
contrée orientale du département du Doubs. Mettez-vous 
donc à l'œuvre; elle apparaît pleine d'intérêt. Cette famille 
de Montjoie, qui s'est multipliée avec une fécondité prodi- 
gieuse et a étendu ses nombreux rameaux, du haut des mon- 
tagnes delà Bourgogne, jusqu'en Lorraine, dans les Pays-Bas, 
en Alsace et en Allemagne, où subsistent encore de nos jours 
ses derniers rejetons, a été non moins illustre par les emplois 
honorables et le rang social qu'elle a occupés dans tous ces 
pays. Ce petit coin de la Bourgogne qui pendant plus de 
quatre cents ans a fait partie de l'Alsace , sa population mi- 
partie allemande et française, ses mœurs, ses usages, sa 
jurisprudence môme spéciale, se présentent avec une teinte 



Digitized by Google 



d'originalité dont la connaissance est non moins utile que 
curieuse. 

Mais comment réunir les éléments de l'histoire de la 
maison de Montjoie, ayant une connexion nécessaire avec 
celle de la Bourgogne, du Montbéliard, de l'ancien évêché 
de Bàlc, de l'Alsace, de la Lorraine, des Pays-Bas et de 
l'Allemagne, et qui sont disséminés dans toutes ces pro- 
vinces? C'est là le point de difficulté : Aie opus, hic labor! 
D'ailleurs, le temps, les guerres et les révolutions ont amené 
la perte et la destruction de ces documents. Dans cet état de 
choses, qu'on n'attende pas une histoire complète des barons 
de Montjoie; elle exigerait des volumes. J'espère pourtant en 
avoir touché et éclairci les points les plus importants dans 
cet Essai. L'origine des maisons de Montjoie, Y ancienne et la 
moderne, plusieurs de leurs personnages inconnus du généa- 
logiste la Chesnaye-Desbois, le commencement de leur baro- 
nie dans une vallée du Jura et son développement du aux 
libéralités des évèques de Bâte et des empereurs d'Allemagne, 
sa réunion définitive à l'Alsace, les principaux événements 
qui s'y sont accomplis, etc., etc., voilà ce que je fais con- 
naître dans cet écrit. 11 a été composé sur des documents 
tirés des archives de la préfecture de Colmar, de la ville de 
Porrentruy, de Mémoires sur procès, et sur des renseigne- 
ments fournis par des savants de la Lorraine et de l'Alsace, 
et des alliés de la famille de Montjoie qui habitent ces pro- 
vinces. Que tous ces bienveillants coopérateurs reçoivent ici 
l'expression de notre reconnaissance, à laquelle le savant et 
complaisant bibliothécaire de Porrentruy, M. Trouillat, a des 
droits exceptionnels acquis depuis longtemps! 



ESSAI 

SUR L'HISTOIRE 

DE LA 

MAISON ET BARONIE DE MONTJOIE. 



CHAPITRE PREMIER. 



Situation topographique de la baronie de Montjoic— Villages formant sa circons- 
cription. — Elle fait partie de l'EIsgaw jusqu'au xv* siècle, époque où elle est 
annexée à la province d'Alsace. — Origine des familles nobles de Monljoie et 
de Glère. — Armoiries de la maison de Monljoie. — Charges des serfs ; lois, 
coutumes, officiers et agents seigneuriaux de cette terre. 

- 

La baronie de Montjoie reçut son nom du rocher sur lequel 
élail assis le château fort qui eu était le chef-lieu. Cette montagne 
de la joie (Mons gaudii dans tous les titres latins, et en allemand 
Froberg), n'avait été ainsi dénommée que parce qu'elle était un 
lieu d'amusements et de réjouissances. 

Le château de Monljoie existait, arrondissement de Montbé- 
liard, dans la vallée du Dnuhs, département de ce nom, au- 
dessus de la petite ville de Saint Hippolylc. De ce chef-lieu de 
canton, ou remonte la rive gauche du Doubs encaissé au fond 
d'une gorge étroite et profonde formée par deux chaînes de mou- 
tagnës prodigieusement élevées, dont le sommet présente çà et là 
d'énormes masses de rochers au milieu de bois rabougris. Le 
voyageur suit les contours de celte vallée solitaire et sauvage sans 
autre aspect que celui de quelques fermes isolées , bâties sur les 
flancs moins ardus des montagnes. Après douze kilomètres de 
distance, la gorge s'élargit un peu, forme un petit vallon dout le 
village de Vaufrey occupe la partie supérieure, sur la rive droite 



Digitized by Google 



- 8 - 

• 

du Doubs, au pied de la quatrième branche du moût Jura , dite 
vulgairement le Lomont. Du même côté, dans la partie inférieure, 
à la distance d'un kilomètre et demi, cette montagne présente 
une coupure en forme de ravin, dont le bord oriental repose sur 
un rocher qui a la même inclinaison que la montagne. C'est là 
qu'existent encore les ruines de l'ancienne forteresse de Mont- 
joie. Elle avait la figure d'un trapézoïde contenant 85 ares 47 cen- 
tiares (deux arpents et demi). Sa partie inférieure , du côté de 
Montjoie, présentait un front semi-circulaire d'une étendue de 
onze mètres seulement. Le caslel était entouré de toutes parts de 
murs épais et élevés dans lesquels étaient pratiquées des meur- 
trières. L'entrée principale se trouvait dans l'angle au midi, et 
était flanquée de deux tourelles dont on voit encore les vestiges 
un peu au-dessus de la maison Girard. Deux autres tours, l'une 
du côté de Montjoie, et l'autre du côté de Vaufrey, étaient au de- 
vant de la chapelle : c'est là qu'existaient le manoir seigneurial et 
les logements de la garnison. On voit aussi dans cette partie les 
restes d'un souterrain et d'une forge, et trois maisons qui y ont 
été rebâties. La chapelle existe encore; elle occupe plus haut une 
petite esplanade élevée et taillée dans le roc, dans la partie nord- 
est du château. Plus loin, en montant vers son extrémité supé- 
rieure, on ne rencontre pas de (races d'habitations, et il se ter- 
mine par une énorme tour hexagone très élevée qui servait à sa 
défense. Elle est encore très bien conservée. Le bourg de Mont- 
joie occupait au pied du rocher l'emplacement du village actuel, 
composé de treize maisons. 

Montjoie et la seigneurie de ce nom étaient situées entre les 
54* et 52' degrés de latitude septentrionale et au 4" degré de lon- 
gitude orientale du méridien de Paris. A l'est et au nord , cette 
terre était confinée par l'ancien évèché de Bàle, au midi et au 
couchant par la Franche-Montagne et le comté de Bourgogne. Les 
villages de la partie nord-est du canton actuel de Sainl-Hippo- 
lyle formaient la circonscription de celte baronie : ce sont ceux 
de Glère, Vaufrey, dans la vallée et sur la rive droite du Doubs; 
de Montancy, Vernois-le-Fol , Montursin au-dessus du Lo- 
mont du même côté : sur la rive gauche et auprès de celte ri- 
vière les Chéseaux, Bremoncourt, sur les sommités et le pla- 
teau de la montagne, le château de Moron, les villages et hameaux 
de Moatnoiron, lndevillers, Burnevillers, Richebourg, le Bail, 



Digitized by 



- 9 - 

Surmont ; Fuesse, sur la rive gauche du Doubs, au-dessus de 
Saint-Ursanne ; la Malnuit et les bois de Monijoie sur la rive 
droite et l'ancienne terre de l'évéché de Bâlc (*). Dans la suite, 

(1) dire, lieu sablonneux , autrefois Cliers et Gliert, existait au x« siècle, 
puisqu'à celle époque ce village avait un château et des seigneurs qui en portaient 
le nom. Il contient trente-sept maisons. 

Vaufrey (vallée où l'eau coule doucement). Le château dont on voit les restes 
au-dessus d'un rocher encore appelé de nos jours la Roche-aux-Canons, à gauche 
du Doubs et en face du village, est mentionné au xiu« siècle. On croit qu'il fut 
détruit en 1440, pendant la lutte que le baron de Montjoie et les seigneurs de la 
haute Alsace soutinrent contre les archiducs d'Autriche. Du môme côté de la rivière 
et à la sommité de la même montagne, mais 1 kilomètre à peine plus au levant, 
existait la forteresse de Moron , en latin mon* rotondus, de la forme arrondie du 
rocher au-dessus duquel elle était assise. Cette montagne conique, séparée du 
plateau d'Indevillers par une dépression de terrain dite vulgairement combe, était 
inabordable de tous le» côtés, si ce n'est par celui du levant, vers lequel elle s'in- 
clinait par une pente douce ; au bas, existaient les quatre maisons du bourg. Parmi 
elles, on voit la caserne où étaient logés les douze cavaliers entretenus par lus 
sires de Montjoie pour veiller à la défense et à la police de leur baronie. La for- 
teresse de Moron a été détruite au xv« ou au xvn* siècle. Le rocher où elle existait 
porte encore de nos jours le nom de Roehe-du-Château. Ce fort et celui de la 
Roche-aux-Canons étaient merveilleusement placés pour protéger et défendre soit 
la vallée de Vaufrey, soit les villages de la plaine d'Indevillers. Plusieurs membres 
de la famille de Montjoie ont pris les noms de tire» et de barons de Moron. Le 
hameau ou ferme de Seigne, situé sur le territoire de Vaufrey, fut aussi un fief 
possédé tantôt par les Montjoie, tantôt par d'autres seigneurs. Quarante-cinq 
maisons sont renfermées dans la circonscription de ce village. 

Montancy (habitation dans la montagne), situé sur le flanc méridional du Lo~ 
mont, est actuellement un hameau de huit ménages, qui était au xiv* siècle une 
dépendance de la paroisse de Bressaucourt. 

Vernois (sur une élévation), est effectivement placé sur un petit plateau triangu- 
laire peu élevé au-dessus de la vallée et au pied du Lnmont. Sur un monticule 
entre Vernois et Glôre, existait un château; les champs qui y aboutissent s'appellent 
encore aujourd'hui les Châtelots. En fouillant dans ce monticule, on a rencontré 
des débris de constructions; celte forteresse était une dépendance des Chéseaux. 
La tradition porte qu'il y eut à Vernois un couvent de templiers. Au nord est un 
terrain élevé appelé le Cimetière, et près de là sont les champs dits Derrière-l' Eglise, 
ce qui annonce qu'à une époque reculée, une église exista dans cet emplacement. 
Il y eut un fief à Vernois, dont quelques seigneurs de Montjoie prirent le nom. 
Huit familles seulement habitent ce village. 

Le Fol, ou plutôt le Foz (qui est dans Us bois), est un hameau de la commune 
de Vernois situé dans le Lomont, au couchant de ce village, habité par six mé- 
nages. 

Montursin, autrefois Montoursin (montagne des ours), est un village de sept 
maisons, dans la montagne, au-dessus de Vaufrey.' Il y avait autrefois un fief dont 
les Monijoie ou leurs alliés portèrent le nom. 

Breraoncourt (habitation autour de l'eau) est une section de la commune de 
Montancy située sur la rive gauche du Doubs, aux confins des terres de l'ancien 
évêché de Baie. Ce village, composé actuellement de dix familles, fut affranchi 



Digitized by Google 



- 40 - 

celle seigneurie s'accrut des terres que les évèques de Bâle et les 
princes d'Autriche donnèrent à ses possesseurs dans le SundgawO). 
Ce sont les villages d'Hirsingen, Heymersdorf, Bisel en partie, 
Hundelingen, Ruederbach, canton d'Hirsingeu, Bruebach, can- 
lou de Landser, Muspach, canton de Ferrette, arrondissement 
d'AIlkirch, département du Haut-Rhin, sans parler de quelques 
autres villages de l'arrondissement de Belfort, tels que Beson- 

peu de temps après les bourgs de Montjoie et de Moron, et aux mêmes conditions. 
Cet affranchissement fut renouvelé le 22 février 1683. Les habitants Turent déchar- 
gés de la traque dans les chasses seigneuriales, si ce n'est lorsqu'elles avaient lieu 
sur le territoire de leur commune. Au xiv e et au xv« siècle, il y eut à Bremoncourt 
un ou deux fiefs possédés par les Montjoie, quelquefois par d'autres seigneurs. 

Les Chéseaux [case, ou habitation de serfs), hameau de Glère, qui n'a mainte- 
nant que deux maisons. Au-dessus du monticule des Chéseaux, qui domine le 
Doubs, exista jadis un château qui servait probablement de prison seigneuriale, 
car les fourches patibulaires existaient dans un canton rapproché, dit le Cran-des- 
Fourches. 

Le Bail [lieu habité), hameau de trois maisons, à la limite de la Suisse. Il est 
situé sur les plateau et territoire de Burnevillers. 

Bichebourg (bourg fort ou supérieur), hameau de Burnevillers , entre cette 
commune et le Bail; il n'a que cinq mnisons. 

Burnevillers, autrefois Bornevillers (habitation proche une fontaine ou un tor- 
rent); vingt-neuf maisons forment ce village. 

Indevillers (Ayndivillars dans une bulle du pape Alexandre III, de l'an 1177) 
est situé dans une petite vallée et à l'extrémité méridionale de l'ancienne seigneurie 
de Montjoie. S'il est vrai, comme le porte la tradition, que saint Lrsanne aurait 
béni Indevillers depuis le haut d'une pâture mu nord de ce village, il remonterait 
au vu» siècle. Quoi qu'il en soit, Indevillers avait déjà, en 1177, une chapelle 
dédiée à saint Lrsanne; elle dépendait de la paroisse de Fessevillcrs, qui fut au 
moyen âge la mère église de tous les villages do cette contrée. 11 y a soixante-dix- 
neuf maisons à Indevillers. 

Chauvilliers (habitation au milieu des pâturages), village bâti au pied d'un châ- 
teau fort, chef-lieu de la seigneurie de ce nom, qui fut la propriété de l'évêque de 
Bâle jusqu'à 1789. Chauvilliers est maintenant une section de la commune d'Iu- 
devillers; elle comprend vingt familles. 

Mont-Noiron (montagne noire, à cause des sapins qui la couronnent), section 
d'Indevillers, composée de dix ménages. 

Fuesse [au bas des collines, sur l'eau), hameau de dix-huit ménages, dépendant 
de la commune d'Indevillers. 

Surmont (au-dessus de la montagne); cette section d'Indevillers comprend six 
ménages. 

Les Bois-de-Montjoie ou le Plain-du-Bois. Ce hameau, situé sur la rive droite 
du Doubs et la Suisse, est une dépendance de la commune des Pommerais. 

(1 ) Sundgaw signifie contrée du sud ou des défilés, des mots gaw, contrée, et 
iud, midi, ou sund, défilé. C'est la partie de la haute Alsace la plus méridionale 
avoisinantla Suisse et la Franche-Comté. Le Sundgaw est délimité au nord-est par 
la rivière de Thur, qui se jette dans 1*111 proche d'Uorbourg. La ville d'AIlkirch se 
trouve au centre du Sundgaw. 



Digitized by Google 



- 11 - 

court, Grosne, Perouse, Rccouvrance, où les sires de Montjoie 
possédèrent des droits seigneuriaux. Les communes d'Hirsingen, 
où existait un château fort, et d'Heymersdorf, défendue par une 
tour, donnèrent chacune leur nom à deux branches de la famille 
de Montjoie. Celles-ci jouirent en commun et indivisément, jus- 
qu'au milieu du xviii" siècle, des terres d'Alsace et de Bour- 
gogne sous le titre unique de baronie et ensuite de comté de 
Montjoie. 

Au momcul de la révolution française de \ 789, ce comté faisait 
partie de la province d'Alsace ; aussi appelait-on terre d'Alsace 
ou te terrotte, c'est-à-dire petite terre, la vallée et les montagnes 
de Montjoie. Au vu* siècle, la haute Alsace s'étendait jusqu'aux 
gorges de Mouthier-Grauval , Saint-Imier et Saint Ursanne, car 
les ducs d'Alsace les concédèrent à l'abbé de Luxeuil pour y fou- 
der des monastères. Aussi, celle de Montjoie, n'étant que la con- 
tinuation de la vallée de Saint-Ursanne , peut avoir appartenu à 
l'Alsace dès cette époque reculée. Mais dans le siècle suivant, Mont- 
joie faisait partie de l'EIsgaw , possédé par les comtes de Montbé- 
liard (*). Celte contrée, qui dépendit elle-même primitivement de 
l'Alsace, fut réunie à leurs Etats par les derniers rois de Bour- 
gogne. On a d'ailleurs toujours regardé comme appartenant à la 
haute Bourgogne les lieux mêmes de la Suisse, à l'est du dépar- 
tement du Doubs, où la langue française est en usage. C'est pour- 
quoi la vallée de Montjoie n'est devenue irrévocablement terre 
d'Alsace qu'au commencement du xv* siècle, époque à laquelle 
les barons de Montjoie, déjà vassaux de l'empire pour les terres 
qu'ils possédaient dans le Sundgaw, lui offrirent en fief leurs 
possessions de la haute Bourgogne. 

La famille de Montjoie ancienne et primitive descend de l'an- 
tique maison de Glère, ou plutôt n'est autre que cette maison-là 
même. En effet, elle a constamment porté ce nom, auquel elle 
ajouta celui de Montjoie après la construction du château ainsi 
nommé, ce qui a eu lieu jusqu'au commencement du xv e siècle, 

(1 ) Voyez Duvernoy, Ephémérides, p . ÎO de l'introduction, et Perreciot, Aima • 
nach de 1789, article Bethoncourt, p. 143. 

Eltgatv, contrée de Y EU ou deYAllan, dite autrement le Pays d'Ajoie, compre- 
nait la région qui forma le doyenné d'Ajnie au diocèse de Besançon, c'est-à-dire 
l'ancien comté de Montbéliard, les seigneuries de Délie, Porrentruy, les cantons 
de Blamont, Sainl-Hippolyle, Maîche et Pont-de-Roide. 



- 12 - 

époque où s'étant éleiute dans ses héritiers mâles, les barons de 
ThuiUières en Lorraine relevèrent le nom et les armes de Mont- 
joie et formèrent la seconde et moderne maison du nom de Thuil- 
Uères de Montjoie 0). C'est pourquoi les barons de Monljoie sont 
désignés dans toutes les chartes, jusqu'en ikih, sous les noms 
de Glère-Montjoie, et depuis cette époque, sous ceux de Thuil- 
lières de Montjoie. Selon des savants franc -comtois ( 2 ), la rue de 
Glère, à Besançon, aurait donné son nom à une famille noble qui 
y possédait un hôtel. Mais ne son l ce pas plutôt les seigneurs du 
village de Glère qui, ayant fait bâtir une maison dans ce quar- 
tier, à Besançon, lui auront communique leur nom? C'est ce qui 
nous parait probable, à moins que les nobles de Glère à Besan- 
çon ne soient une famille autre que celle de Glère en Montagne. 
Celle-ci existait déjà au x e siècle (3). Si nous recherchons son 
origine, nous croyons ne pas nous tromper eu la découvrant dans 
la famille comtale de Montbéliard, ou dans celle de Ferrelte qui 
en était une branche cadette (*). Les lois et les coutumes de Mont- 
béliard sont en vigueur dans la baronie de Monljoie dès les temps 
les plus reculés ; les sires de Glère sont vassaux des comtes de 
Montbéliard au xui* siècle ; ceux de Ferrelte les appellent leurs 
cousins à la même époque; enfiu, ils vivent dans une intimité 
d'affection et d'intérêt qui ne peut exister qu'entre parents, 
avec les comtes de la Roche en Montagne, que tous les historiens 
présentent comme une branche cadette de la maison de Montbé- 
liard. Si nous avions à ajouter encore quelques nouveaux indices 
à toutes ces preuves, nous dirions que plusieurs savants histo- 
riens de la Lorraine pensent aussi que les sires de Glère-Montjoie 
descendent des familles de Ferretle ou de Franquemont, qui 
avaient la même origine. 

L'ancienne maison de Montjoie portait de gueules à la clef d'ar- 
gent posée en pal, et la moderne écartela à la clef d'or, armoi- 
ries des Thuillières-Lorraine, de telle sorte qu'au xvui* siècle les 
armes des Montjoie étaient composées comme il suit : de gueules, 

(1) Schoepflin, Alsatia illustrata, v« Frobcrg. 

(î) Documents inédits publiés par l'Académie de Besançon, II, p. 33i ; ibidem, 
III, p. 57. 

(3) Labbey de Billy, Histoire de l'université du comté de Bourgogne, II, p. 89 ; 
Mémoire sur procès, 1773, p. 4. 
(*) Voyez Dcvernoy, Ephéméridts de Montbéliard, introduction, p. J8. 



Digitized by Google 



-r 



- 1.1 - 

écartelées au I* et 3* à la clef d'argent tournée du côté dextre ; 
au 2* et k* à la clef d'or aussi en pal tournée du côté séneslre , 
accompagnées de quatre pièces carrées d'or taillées en pierres 
précieuses, entassées en pal du côté dextre de la clef d'or, et de 
cinq boules d'argent rangées en sautoir du côté séuestre de la 
clef d'or. L'écu était timbré d'une couronne de marquis ayant 
pour suppôts deux satires, l'un au pied d'homme et l'autre au 
pied de chèvre, celui du côté dextre soutenant la clef d'argent de 
la main gauche, et l'autre du côté séneslre tenant une massue 
posée sur le pied d'homme, et en cœur un écu plus petit , porté 
et coupé de deux, surmonté d'une couronne comtale (*). 

Si dans la baronie de Montjoie les charges féodales furent plus 
dures et plus multipliées que dans d'autres terres , au moins les 
serfs n'eurenl-il jamais à craindre de manquer du nécessaire ! La 
servitude personnelle et réelle , la mainmorte, pesèrent sur eux 
jusqu'à la fin du xvm e siècle ( 2 ). La dime était à la sixième gerbe 
sur les terres anciennes, et à la dixième ou onzième sur celles qui 
étaient acensées ou nouvellement défrichées , avec un cens annuel 
de 4 sols bàlois ( 3 ). Elle formait le principal reveuu des barons 
de Montjoie, qui, du reste, eu cédèrent une partie aux curés de 
Glère, de Vaufrey et d'indevillers. Les comtes de Montbéliard , 
les barons de Grammont , les jésuites de Porrentruy, le prieur 
de Dannemarie, avaient aussi la dime sur les terres à eux cé- 
dées dans le ressort de la baronie. Si les serfs vendaient, échan- 
geaient les terres acensées ou données à bail emphytéotique, ce 
n'était que sous la clause expresse du consentement du seigneur 
et moyennant le paiement des droits de sceau et de lods au de- 
nier dix et de tabellionnage au denier vingt-cinq, avec le tiers de 
la somme stipulée pour les vins. Ils devaient aussi au seigneur 
cinq corvées annuelles pour la culture de ses terres et les répara- 
tions à ses châteaux , la comparution à trois ou quatre traques 
dans ses chasses (*), les droits d'octroi dits YumbgeU sur toutes 

(i) Voyez le Dictionnaire de la noblesse, par la Chesnaye- Desbois, article Mont- 
joie; la Généalogie de la maison de Saint-Mauris,y. 8 ; l'empreinte en cire rouge 
des armoiries de Montjoie que nous possédons. • 

(S) La servitude personnelle des serfs de Montjoie est formellement exprimée 
dans des titres de 1297, 1306, 1815, 1835 et 1426. L'affranchissement personnel 
laissait subsister la mainmorte sur les terres non affranchies. 

(3) Le sol bàlois valait 8 deniers de France. 

(4) Ces chasses avaient pour objet non-seulement le plaisir du seigneur, mais 



■ 



Digitized by Google 



- 44 - 

les marchandises dont on trafiquait dans ses terres, ceux à'hab- 
wein, de rechelwein sur le débit du vin 0). Les sires de Montjoie 
laissaient les familles de leurs terres couper dans les forêts le bois 
nécessaire au chauffage , à la construction cl réparation des mai- 
sons et pour les instruments d'agriculture , mais sous la surveil- 
lance du forestier et eu acquittant un droit de forestage. Ils per- 
mettaient aussi aux communautés de défricher certains cantons 
de broussailles , pour y faire paître leur bétail ; quelquefois ils 
autorisaient des familles pauvres à cultiver pendant six ans , en 
payant la dlme à la sixième gerbe , quelques portioos de ces can- 
tons défrichés dits les Communaux, après quoi elles retournaient 
à l'usage de la communauté , car la propriété des forêts , terres 
cullivéeset pâturages, cours d'eau,. etc., appartenait au seigneur. 
Ce droit lui compélait non-seulement d'après les lois communes 
de la féodalité, mais encore par la concession primitive qui lui en 
avait été faite, par l'investiture qu'il en recevait des empereurs, 
et enfin par la reconnaissance des serfs eux-mêmes, qui n'avaient 
aucune propriété et ne pouvaient parvenir à la jouissance d'im- 
meubles dans la baronie qu'en l'obtenant et en l'achetant en 
quelque sorte du seigneur par le paiement de la dime et des 
autres droits féodaifx. Les traités d'Osnabruck en et de 
Munster l'année suivante, qui réunirent définitivement l'Alsace à 
la France, reconnurent de la manière la plus formelle , aux ba- 
rons de Montjoie, la propriété de leur baronie : disons encore la 
même chose de l'édil de septembre 1657, par lequel Louis XIV 
créa le conseil souverain d'Alsace. 

Si la maison de Montjoie comprend les deux familles de Glère et 
de Thuillières, son histoire présente aussi deux époques bien dis- 
tinctes, l'une que nous appellerons bourguignonne, et l'autre alsa- 
cienne. De là , nous y trouvons deux sortes de lois et de cou- 
tumes, celles de la haute Bourgogne et du comté de Montbéliard, 
et ensuite celles de l'Alsace ou plutôt du comté de Ferrelte, qui 
fiuirent pary dominer. Perrcciot a écrit (*) que la terre de Mont- 
joie, d'après une charte du xiv* siècle, se régissait selon les us et 

encore la destruction des ours, des sangliers et des loups existant alors en très 
grand nombre dans les vastes forets de Mouljoie. Ces animaux étaient très nuisibles 
aux serfs cl à leurs propriétés. 

(1) Habivein, le ban vin ; rechetwtin, l'angal. 

(i)Almanach pour 1789, p. 130. 



Digitized by Google 



_ 18 - 

coutumes du comté de Bourgogne, qu'elle était patrimoniale et hé- 
réditaire, même disponible. Au commencement du xvm* siècle, 
les usages du comté de Bourgogne étaient encore invoqués dans 
les contrats de mariage lorsqu'un des époux était Bourguignon (*). 
Les lettres de franchise concédées à leurs bourgs par les sires de 
Monljoie n'étaient que la copie de celles de Monlbéliard , les 
poids et mesures de cette ville ne cessèrent d'être en usage dans 
leur terre qu'à la révolution de 1789. Lorsqu'elle lut devenue 
un fief de l'empire d'Allemagne , la coutume non écrite de Fer- 
relte et de la haute Alsace et le droit romain , suivi dans celte 
province, y furent adoptés. Aussi avons-nous trouvé dans les 
actes du labellionage de Monljoie (*), les usages suivants : 1* le 
droit tfabzug ou d'émigration, qui consistait en ce qu'un habitant 
qui voulait quitter celle seigneurie , devait laisser au seigneur le 
dixième de ses biens ; 2° la coutume de Ferrelte quant aux con- 
trats de mariage. Elle prescrivait qu'à défaut des conventions 
matrimoniales, il se formait entre les époux une communauté uni- 
verselle des biens meubles et immeubles , quelles qu'en fussent 
l'origine et la nature. Par là, tous les apports étaient mobilisés, 
soit qu'ils vinssent du côté du mari ou de la femme , et le mari 
était seul mailrede la communauté, à la dissolution de laquelle la 
femme, ou ses ayants cause, après le paiement dé toutes les dettes, 
participait pour un tiers aux biens liquidés et francs, et le mari ou 
ses héritiers aux deux autres tiers. En renonçant à la commu- 
nauté devenue mauvaise, la femme cessait d'être tenue de sa par- 
ticipation aux dettes, et elle affranchissait ainsi les biens qui pou- 
vaient lui advenir dans la suite. Après le décès de l'un des époux, 
la communauté continuait à subsister jusqu'à la confection de 
l'inventaire. 3° Les conjoints pouvaient modifier à leur gré leurs 
conventions matrimoniales durant la communauté, faire leur tes- 
tament dans un seul et même acte. Nous n'avons pas trouvé de 
traces dans la seigneurie de Monljoie des autres coutumes de la 
haute Alsace, telles que le droit d'accès, qui donnait dans les par- 
tages aux cadets de famille la faculté de retenir, de préférence 
aux ainés, la maison paternelle et ses dépendances ; ni l'usage 

(1) En 1715; minutes du labellionage de Monljoie. 

(2) Ces minutes, très bien conservées, sont déposées dans l'étude de H. Eugène 
Prélot, notaire à f ont-de-Roide. Elles ne remontent qu'au milieu du xvn« siècle, 
époque de la réunion de l'Alsace à la France. 



D 



- 46 - 

qui accordait aux pères et aux mères la succession de leurs en- 
fants morts sans laisser de postérité et de testament, à l'exclusion 
de leurs autres enfants. 

Comme toutes les terres nobles considérables , la baronie de 
Monijoie avait un bailliage seigneurial des sentences duquel il y 
avait appel au conseil souverain d'Alsace siégeant à Colmar. Le 
bailli nommé par le seigneur exerçait ses fonctions sous son au- 
torité à Monijoie, et depuis la destruction du château, à Indevil- 
lers. Ce magistrat était assisté d'un procureur fiscal ou d'un pré- 
vôt, d'un greffier qui cumulait le labellionage général de la terre 
et prenait quelquefois le titre de bandelier. Un commis-greffier 
qualifié tabellion substitut provisionné juré de la seigneurie le rempla- 
çait de temps à autre. Quatre ou cinq notaires avaient leur résidence 
dans les divers villages ; mais lorsque leurs actes devaient être 
produits hors des limites de cette circonscription , le tabellion 
général pouvait seul en expédier les grosses. Le châtelain ne 
remplissait aucune fonction judiciaire , il était le fermier général 
du seigneur et le surveillant chef de ses forêts. Toutes les com- 
munautés avaient chacune un maire dit quelquefois syndic ou éche- 
çin, nommé par le seigneur, ainsi que le forestier; ils étaient les 
agents inférieurs chargés de la police , et recevaient les ordon- 
nances et règlements administratifs , à l'exécution desquels ils 
étaient préposés, du grand maire de la seigneurie domicilié à 
Monijoie et ensuite à Vaufrey. Ces officiers civils furent placés 
sous la direction de l'intendant d'Alsace après la réunion de celle 
province à la France. 



Digitized by Google 



CHAPITRE II 



Commencements de la maison de Glère et son illustration. — Hugues, Richard l«\ 

— Libres barons. — W... est duc de Limbourg et comte do Luxembourg dans 
les Pays-Bas. — Construction de la forteresse de Montjoie. — Branche de la 
famille de Glère qui a perpétué le nom de Montjoie. — Wuillames I er , vassal de 
Renaud, comte de Monlbéliard. — Affranchissement des bourgs de Monljoic et 
de Moron, et construction d'une forteresse en ce dernier lieu. — Vuillaume ou 
Guillaume II, vassal de Thiébaud V, sire de Neuchatel-Bourgogne. — Dons de 
fiefs dans le Sundgaw aux sires de Montjoie par les évéques de Bâle et les princes 
de la maison d'Autriche, à la fin du xm e et au commencement du xiv« siècle. 

— Louis I er de Montjoie, ses guerres. — Il élève sa famille au plus haut degré 
d'illustration. — Vassaux des Montjoie au xiv» siècle. 

Selon des mémoires, Jean de Gliers, premier seigneur connu 
de cette maison noble, vivait au milieu du x* siècle (*). Guerrier 
distingué, il aurait aidé puissamment Henri I er dit l'Oiseleur, em- 
pereur d'Allemagne, à faire la conquête de l'Alsace après la dé- 
chéance de Charles le Simple, roi de France, possesseur de celle 
province. La terre de Glère passa eusuite à Berthod, qui, à son 
tour, servit l'empereur Olhon 1" dans les guerres qu'il eut à sou- 
tenir contre Louis d'Outremer, fils du roi Charles, aspirant à 
reconquérir l'Alsace enlevée 5 son père. Les empereurs d'Alle- 
magne auraient concédé la vallée de Glère aux seigneurs qui en 
prirent le nom, comme une récompense de leurs services mili- 
taires. 

Quoi qu'il en soit de l'antiquité de cette origine, qui a sa vrai- 
semblance, elle laisse pourtant à désirer les preuves qui l'éta- 
blissent indubitablement. L'historien ne peut avancer comme 
vrais que les faits dont des titres ou des monuments constatent 
l'authenticité. Or, la famille de Glère n'est bien connue que plus 
de deux siècles après l'époque qu'on assigne à ses commence- 

(1) Voyez le Mémoire sur procès pour les comtes de Montjoie, de Tan 1778, 
page 4. 

2 



Digitized by Google 



- 48 - 

menls. Ses premiers seigneurs sont qualifiés des simples titres de 
chevaliers, de sires; ils sont les humbles vassaux des nobles du 
voisinage, et toutes leurs possessions se bornent à la vallée de 
Glère et des montagnes voisines, à l'extrémité du Sundgaw. Au 
reste, la modeste origine de cette maison ne fait que rehausser 
davantage le mérite de ses membres qui surent s'élever à l'illus- 
tration la plus brillante. Habiles dans l'art de la guerre et des 
traités, ils amènent sous leur bannière des vassaux nombreux. 
Ils s'allient aux premières maisons de l'Europe , aux comtes de 
Ferrctte, de Ncuchatcl en Suisse, de Genève, de Fribourg et de 
Bourgogne; aux princes d'Orange, d'Arberg; aux ducs de Lor- 
raine et de Savoie, etc. Tous les grands noms de l'Allemagne s'ho- 
norent de joindre leur éclat à celui des Montjoie. 

Nous dirons la même chose des premières familles de la haute 
Bourgogne, de la Lorraine. Les Rougemont, la Roche-Saint-Hip- 
polyle, les Saint-Mauris en Montagne, les Monlureux-sur-Saône, 
les Thuillières-Hardemonl dans les Vosges, etc., recherchèrent 
avec empressement l'alliance des Montjoie. Les membres de cette . 
famille furent admis de toute ancienneté dans les chapitres nobles 
de Lyon, Remiremont, Bâle et de l'Allemagne, ainsi que dans 
les confréries de la noblesse. De celle maison sortirent des di- 
plomates habiles, des guerriers valeureux, des prélats, des digni- 
taires ecclésiastiques el religieux; mais la vertu fut toujours la 
plus belle auréole de ces personnages. 

Labbey de Billy prétend (*) que Richard I er du nom, de la fa- 
mille de Saint Mauris en Montagne, épousa vers l'an 1400 une 
Adcline de Montjoie , ce qui démontrerait l'existence de cette fa- 
mille à celte époque. Quoi qu'il en soit, Hugues, chevalier de 
Chilirs, est le premier seigneur de Glère mentionné par un mo- 
nument certain. Le 6 août 1185, il est témoin de l'acte par lequel 
Bourkard d'Asuël (*) donne le droit de patronage de l'église de 
Glovelier, au val de Dclémonl, au chapitre de la collégiale de 
Saint-Ursannc. Richard 1 er de Cliers, son fils, prenait la qualifi- 
cation de libre ( 8 ) dans divers actes. Il donna une partie du do- 

(1) Histoire de l'université au comté de Bourgogne, II, 450. 

(2) Le château d'Asuël existait au-dessus du village de ce nom, dans le district 
et non loin de Porrentruy. Il est distant de 4 kilomètres d'un autre château dit le 
Monterri (Mont-Terrihle) et Camp de Julcs-Cé*ar, territoire de Cornol. 

(8) Liber. 



Digitized by Google 



- 19 - 

maine de Gerdwillers au monastère de Grangour en 4487 (*), et . 
il fui témoin, en 4255, de la donation faite à l'église de Bàle des 
domaines de Volschwillers et de Dirlinsdorf par le comte Ulrichde 
Ferretle. Le titre si remarquable de libre que portait Richard de 
Glère, fait voir que sa terre était de franc-alleu, et qu'il vivait 
dans une entière indépendance. Ses successeurs furent appelés 
libres barons, dynastes, et ils jouissaient en quelque sorte d'une 
entière souveraineté dans leur terre. Leurs ancêtres avaient reçu 
d'Olhon 1 er ou d'un autre empereur les droits régaliens , comme 
le démontre irréfragablemenl celui de battre monnaie , que les 
barons de Monljoie exerçaient encore au xvi" siècle (*),ce qui est 
encore un indice de l'existence de la famille de Glère au x e ou 
du moins antérieurement au xu* siècle. Elle jouit de cette dynastie, 
c'est-à-dire de celle petite souveraineté, plus d'un siècle avant Ja 
noblesse de l'Alsace, car Schoepflin ne fixe qu'à l'an 4268 pour 
celle-ci l'ère de la liberté et de l'indépendance. « En celte année, 
dit-il, avec Conradin s'éteignit le duché d'Alsace, et les seigneurs 
. de cette contrée ne relevèrent plus que des empereurs » 
Richard I er de Glère fit élever la forteresse de Monljoie vers la 
fin du xti e siècle. Nulle part signalée avant ce seigneur, elle n'est 
mentionnée pour la première fois qu'en 4253. Sa position sur les 
limites de la Bourgogne annonce assez que le motif de sa cons- 
truction n'était autre que de protéger et défendre de ce côté la 
seigneurie de Glère. Aussi Schœpfliu a t-il écrit que le plus an- 
cien et le premier seigneur connu de la maison de Monljoie s'ap- 
pelait Richard. 

Un seigneur que nous ne connaissons que par la lettre double 
W..., initiale de son nom, duc de Limbourg et comte de Luxem- 
bourg dans les Pays-Bas, était le frère ou le fils de Richard I er . On 
lit effectivement dans dom Calmel (*) une attestation donnée par 

(1) Le prieuré de Grangour, de l'ordre de Prémonlré, dépendant de l'abbaye de 
Beilelay, existait dans le village de ce nom, près Délie, sur la parois.-e de 
Mutigney. 

(i) Le 18 juillet 1554, l'empereur Charles V dérendit de recevoir dans le comté 
de Bourgogne la monnaie de iMontjoie, comme n'étant pas de poids et d'aloi ; ce qui 
a donné lieu en Franche-Comté au proverbe , encore répété de nos jours : Les 
mauvais payeurs paient en monnaie de Monljoie. 

(3) Alsatia illustrai a, I, p. 625, 666; 11, p. 10, 539 et 688. 

(4) Uenricus de Montjoie et Val. junior de Lcmburg frater ejus, testamur quôd 
nos pro matrimonio Katharinaî sororis nostra?, quam dominusMatheus, dux Lolha- 



Digitized by Google 



- so - 

Henri de Montjoie et Val... de Limbourg, son frère, à l'occasion 
du mariage de leur sœur Catherine avec Mathieu II, duc de Lor- 
raine, où est mentionné leur père, W..., comte de Luxembourg 
et duc de Limbourg. C'est par cette alliance que, dès les pre- 
mières années du xm" siècle, la famille de Montjoie devint l'in- 
time parente de celle qui régnait sur la Lorraine, et à laquelle elle 
n'était pas d'ailleurs inférieure en position sociale. Nous n'avons 
pu découvrir les descendants d'Henri de Montjoie et de Val... de 
Limbourg, son frère (*). Mais leur sœur Catherine, tutrice de 
Ferri dit le Chauve, son fils, gouverna la Lorraine pendant trois 
ans (de 4251 à 1254) avec non moins de fermeté que de sagesse. 

Richard II de Glère , fils de Richard I" , qualifié noble , 
épousa, vers 1250 au plus tard, Marguerite de Ferretle, sœur du 
comte Ulrich I er , car les enfants de celui-ci appelèrent cousins 
ceux de Richard de Glère. Du consentement de son épouse , il 
vendit en 1267, pour 30 talents de deniers bâlois, à la femme 
d'un bourgeois de Râle, un domaine situé à Mittelmuespach, dans 
le canton de Ferrette. L'acte de cette vente, à laquelle consenti- 
rent aussi ses enfants, fait connaître leurs noms. Ils étaient au 
nombre de six : Henri, Berthod, Guillaume, Anne, nonne à Sec- 
kingen ; P... ou C..., dite abbesse, et Adélaïde. 

Ce n'est qu'à dater de la construction du château de Mont- 
joie que quelques-uns des nobles de Glère prirent le nom de 
sires de Montjoie. Avant de présenter la généalogie de ceux qui ont 
porté constamment cette qualification de père en fils, faisons con- 
naître leurs parents qui paraissent avoir été une branche séparée, 
parce qu'ils se nommèrent simplement de Glère. C'est d'abord 
Berlhod / ,r , fils de Richard II; Jean de Glère, chevalier, sire de 
Montjoie, mentionné dans divers actes de janvier 1326 et d'oc- 
tobre 1335. Il épousa en 1330 Agnès de Saint-Mauris en Mon- 

ringiae duxit in uxorem, ipsum de mandato et voluntate patris nostri W., ducis 
de Lemburg et cornes de Luxemburg, etc., etc. (Communiqué par M. Friry, de 
Remiremont.) 

(1) Nous ne connaissons d'autre alliance des Montjoie avec les ducs de Lor- 
raine que celle de Catherine sœur d'Henri de Montjoie. Comme tous les histo- 
riens donnent les Montjoie d'Alsace pour alliés à la famille de Lorraine, nous 
pensons que W...., Henri et leurs descendants ont formé une branche des Montjoie 
dans les Pays-Bas. Ils ont laissé ce nom à un village des provinces rhénanes, 
près de Cologne, dont l'électeur honora toujours les Montjoie d'Alsace de sa bien- 
veillante confiance et de son intimité. 



Digitized by Google 



— îi - 

tagne 10, qui lui donna trois fils : Ulrich, d'abord prieur de Mou- 
ibier-Hautepierre et ensuite de Chaux-lez-Clerval en 1356; Ri- 
chard, abbé de Baume -les -Moines en 4367, et noble donzeli*) 
BerlhodIldeGlère, sire deMonijoie. Il consentit, en janvier 4371, 
à la vente d'un fief que Jean Simonin de Cœuve retenait de lui. 
Il était vassal lui-même de l'évéque deBàle pour les dîmes d'IIir- 
pingen et de Grentzingen, un chasal à Porrentruy, le quart de la 
dime deBisel, de Seppois, de Friessen, et les bois situés sous le 
village des Pommerais, avec une partie des champs et des prés 
tenus par les habitants de ce lieu. Berthod III de Glère , sire de 
Heymersdorf, engagea vers 4 389 la forteresse de Moron à Louis 
de Montjoie, son cousin. Il fonda son anniversaire dans l'abbaye 
de Lu ce Ile en 4398, moyennant la rente annuelle de 4 livres 
3 sols, et donna en fief à Jean de Boncourt, écuyer, des terres si- 
tuées sur le territoire de Cœuve (4400). Enfin, Louis est le der- 
nier seigneur de Glère, et ce nom ne parait plus dans les chartes 
à dater des premières années du xv« siècle. 

Yuillaume ou Guillaume I" du nom, chevalier, sire de Mont- 
joie en 4294 , a laissé une lignée dont tous les membres, de père 
en fils, ont constamment porté jusqu'à nos jours le litre de Mont- 
joie, Candis que la descendance dès autres seigneurs de Glère 
n'est point parvenue jusqu'à nous. C'est pourquoi nous commen- 
çons la généalogie de la maison de Montjoie dont la filiation est 
connue et appuyée de titres authentiques, depuis Guillaume K. 
Ce seigneur, né en 4265, épousa en avril 4296 Jeanne de Rou- 
gemont ; deux fils et deux filles sortirent de ce mariage : Jean, 
mort sans enfants ; Guillaume II* du nom : Béalrix, qui épousa 
en 4344 Vaulhier de Varé; et Emerande, qui s'allia à Guil- 
laume III, comte de Genève. Malgré l'illustration de l'alliance de 
ses enfants, le sire de Montjoie était pourtant déchu de l'état 
d'indépendance dont avaient joui ses ancêtres. Dès l'an 4294, on 
le voit possesseur du péage de Delémont. Un an après son ma- 
riage, il était vassal de Renaud, comte de Monlbéliard. Dans uu 
traité du lundi après l'Invention de sainte Croix (6 mai 4297), ce 

(1) Voyez la Généalogie de la maison de Saint-Mauris, et Labbet de Billt, 
Histoire de l'université, t. Il, p. 33. 

(2) Le mot don%el signifie la même chose que damoiseau, petit seigneur, du 
latin domicellus, diminutif de dominus. Ce titre se donnait aux jeunes gentils- 



- 2* - 

seigneur appelle le sire de Monljoie mon amé et féal chevalier (*). 
Par cet aclc, ces seigneurs abolirent la coutume existante dans 
leurs terres, en vertu de laquelle les enfants, après la mort de 
leur père, suivaient la condition de la mère et devenaient les 
hommes du seigneur de celle-ci. Ce n'est pas tout : le même Re- 
naud résigna, le 20 septembre 4300, à l'évéque de Bàle le châ- 
teau de Monljoie avec ses dépendances , comme Vuillerme (le 
Gleires les tient de lui (*). Nous ignorons la suite de cette résigna- 
lion, et nous n'avons trouvé nulle part des reprises de fief de leur 
château, faites par les sires de Monljoie aux évêques de Bàle. 
Mais dès le commencement du xiv* siècle, ils étaient les féaux de 
ces prélats pour divers droits seigueuriaux qui leur avaient été 
inféodés dans la haute Alsace. Otlon de Grandson donna en fief 
dès 4308 , à Guillaume, sire de Monljoie , les dîmes épiscopales 
dans les paroisses de Grentzingen cl d'Hirsingen dans le Sundgaw, 
à charge qu'il habiterait Porrenlruy et défendrait celle ville en cas 
d'attaque. Ce fief masculin, quoique hérilable par les mâles, devait 
pourtant retourner à l'église de Bâte en cas d'extinction de ceux-ci. 

La valeur militaire caractérisa le sire Guillaume 1 er , car 
Edouard 1 er , roi d'Angleterre, paya un subside annuel à messire 
et à noble homme Vuillames de' Monljoie pour qu'il fil la guerre à 
Philippe le Bel, roi de France. Il marcha donc pendant trois à 
quatre ans, avec les seigneurs comtois mécontents du traité de 
Vincennes, contre les troupes du roi de France, et se distingua 
par son courage dans toutes les rencontres ( 8 ). A la même époque, 
Guillaume rendit aussi des services bien importants à Thiébaud, 
comte de Ferrelte, puisque celui-ci s'engagea en 4298 à lui payer 
60 marcs (*) d'argent à titre de récompense et lui engagea 60 quar- 

(1) Noster fidelis et amabUis miles dominusdeMontegaudio. (Voyez Pièces jus- 
tificatives, n» t.) 

(2) Castrum de Montjoie cum suis pertinentiis sccundùm quod dominus Vuiller- 
mus de Gleiret tenct ab ipso. 

(3) Le « mars 1294, Otton IV, comte de Bourgogne, céda son comté à Philippe 
le Bel, roi de France, dont un des fils devait épouser Jeanne, l'unique héritière 
d'Olton. Ce traité fut conclu sans le consentement des nobles comtois, qui, fâchés 
de voir leur pays cédé à la France, se liguèrent contre le souverain de ce royaume. 
Edouard I", roi d'Angleterre, alors en guerre avec Philippe le Bel, subventionna 
l'association des barons comtois et leur promit 30,000 livres par an tant que dure- 
rait la guerre. C'est de cette époque qu'eut lieu en Franche-Comté le cours des 
tterlins et des êdouards, monnaie anglaise. 

(4) Le marc d'argent valait i francs 30 centimes 3/4. 



Digitized by Google 



- 23 - 

taux (*) de froment sur le village de Riespach, canton d'Hirsiogen. 
Dans l'acte de cet engagement , le comte de Ferrelte nomme le 
sire de Monljoie, nostre bien amez coisins Willames de Gliers, 
chevalier sire de Monljoie, ce qui démontre la parenté qui unissait 
ces deux seigneurs, car la qualification de cousin ne s'employait 
encore, à celle époque, que pour rappeler la parenté. 

L'établissement de saint Ursanne sur les bords du Doubs au 
commencement du vu* siècle , la présence des nobles de Glèrc 
un peu plus bas dans la même vallée trois siècles après, y avaient 
amené sans doute quelques habitants; mais ils étaient encore peu 
nombreux même au commencement du xiv' siècle . Est-il sur- 
prenant qu'on ne voie que dix à douze habitants à Moutjoie et à 
Moron, quand à la même époque Saiul-Hippolytc n'en avait que 
vingt? Ces gorges tristes et sauvages, encore toutes couvertes de 
ronces et de broussailles, avaient peu d'attrait pour des êtres hu- 
mains. D'un autre côté, la dime à la sixième gerbe et les autres 
charges féodales qui pesaient sur les serfs appelés par les nobles 
de Glère pour les défricher, ne pouvaient qu'en éloigner les co- 
lons. C'est pourquoi le sire Guillaume de Monljoie songea à chan- 
ger la politique de ses ancêtres et à adoucir la position de ses 
serfs. Il s'entend d'abord avec son cousin Jean de la Roche , sei- 
gneur de Saint-Hippolyte et deChàlillon, et conclut un traité avec 
lui en 4507 pour statuer qu'ils recevront gratuitement les hommes 
qui s'établiront dans leurs seigneuries respectives en passant 
de l'une à l'autre. Il avait accordé déjà des lettres de franchise 
à sou bourg de Monljoie en décembre 4306; Moron fut affran- 
chi à son tour le lundi avant la fêle saint Jean-Bapliste 4315. 
Voici les clauses de ces affranchissements, qui sont identiques, 
aux indications des localités près : 

4° Les hommes des bourgs du sire de Monljoie furent affran- 
chis à perpétuité des tailles, prises et corvées comme les bourgeois 
de Montbéliard, et le seigueur s'obligea à les garder et défendre 
selon les us el coutumes de Montbéliard, se réservant ainsi qu'à 
ses successeurs le lost, la chevaulchie el toute justice comme à 
Montbéliard, à charge par les bourgeois de résider continuelle- 
ment dans les bourgs et non ailleurs. 

2° Les bourgeois furent chargés de payer annuellement au 

(1) Le quartul, ou 4 quartes de 10 livres l'une, se venduit 33 centimes. 



_ 24 - 

seigneur par chaque toise de la façade de leurs maisons, 42 de- 
niers de la monnaie courante au diocèse de Besançon (*), par moi- 
tié à la féle de la Nativité saint Jean-Baptiste et l'autre moitié 
à Noël. Les hommes qui n'avaient point de maisons et de chasaux 
furent dispensés de ce cens , mais il leur fut interdit de posséder 
chènevières et jardins. 

3° Aux époques précitées, les bourgeois devaient encore au 
seigneur 42 autres] deniers par chaque journal de labour et 
faulx de pré, et un quarlal de vin par chaque muid (mesure de 
Montbêliard) s'ils plantaient des vignes. 

4° Tout étranger autre qu'un habitant du comté de la Roche- 
Saint-Hippolyle, qui s'établissait dans la terre de Mon tj oie, payait 
42 deniers en entrant et prélait serment de fidélité au sei- 
gneur. 

5° Si on quittait la seigneurie , il fallait encore payer la même 
somme et recommander à Dieu, c'est-à-dire faire ses adieux au 
seigneur et à sa famille. L'émigrant devait mettre en vente sa 
maison dans le cours de l'année de sa sortie. S'il ne trouvait pas 
à la vendre, le seigneur devait l'acheter aux enchères, en concur- 
rence avec quatre bourgeois de la ville ; si ceux-ci en devenaient 
les adjudicataires, ils payaient les cens jusqu'à ce qu'ils la reven- 
dissent. Le seigneur devait aussi accompagner et garder pendant 
un jour et une nuit , mais sur ses terres seulement, le bourgeois 
qui s'en allait ; celui-ci pouvait emmener ses meubles ; ses terres 
restaient la propriété du seigneur. 

6° Un bourgeois parti sans recommander le seigneur à Dieu 
et payer les 42 deniers, et sommé de rentrer daus la seigneurie, 
s'il n'y revenait dans la huitaine encourait la déchéance de tous 
ses biens ; le seigneur pouvait s'en emparer, où qu'ils fussent 
situés. 

7° À la mort d'un bourgeois, ses biens passaient à ses parents 
d'après les lois sur les successions, ou au seigneur, à la réserve 
du douaire viager des femmes, s'il voulait en disposer autrement. 

8° Enfin, les bourgeois ne pouvaient acquérir par échange et 
donation des maisons et des héritages qu'après avoir obtenu le 
consentement du seigneur. On voit dans ces mêmes lettres que 
les limites du territoire de Moron comprenaient les terres dès Mè- 

(1) Ces 12 deniers valaient un sol eslovenant ou 8 deniers de France. 



Digitized by LaOOQle 



- 25 - 

télire (*) jusqu'à la moite derrière la maison Vuillet, de Vaufrey, 
et le terraiu en culture sur le Doubs en suivant le contremont de 
cette rivière par devers et jusqu'au chemin de Moron. Ce territoire 
ne devait s'étendre plus loin, si ce n'est par la volonlédu seigneur. 
Le sire de Montjoie s'obligea aussi à faire construire à ses frais 
quelles fortifications il lui plairait à Moron dans le délai des vingt 
années suivantes, à charge par les bourgeois de les entretenir; 
mais les grosses réparations étaient pour une moitié au compte 
du seigneur. Les bourgeois furent encore obligés de payer cha- 
que année, à la Saint-Michel, un quarteron de froment (mesure 
de Montbéliard), au prêtre qui desservirait la chapelle de Moron. 
Nous ignorons si elle exista jamais , mais la forteresse fut cons- 
truite de 4315 à 4335. Au reste , le sire Guillaume, de concert 
avec Jean de Saint-Mauris, seigneur de Montursin et co seigneur 
h Montjoie, fonda, dès l'an 4304, dans l'église du château de ce 
lieu, deux chapelles dédiées à saint Nicolas et à sainte Catherine. 
Colin de Saint-Mauris et son épouse Clémence de Montjoie (*) 
donnèrent à ces chapelles des revenus qui se prélevaient sur la 
seigneurie de Montursin. Elles étaient des bénéfices auxquels les 
Montjoie, en leur qualité de fondateurs, nommèrent toujours les 
titulaires. Guillaume de Montjoie figura encore comme témoin 
dans des actes faits en janvier 4344 et en mars 4347, et mourut 
vers 4325. 

Son fils Guillaume II* du nom, sire de Montjoie et de Moron, 
se permit vers 4 327 de ravager les terres de la comtesse de Bour- 
gogne, Jeanne, devenue reine de France par son mariage avec 
Philippe le Long. Cette expédition eut une triste issue pour le 
sire de Montjoie. Ce seigneur fut fait prisonnier, mis en bonne 

(1) Mètéltre signifie, à ce que nous croyons, le mi-tertre ou le contrefort de la 
montagne au-dessus duquel la forteresse de Moron fut bâtie. 

(2) Clémence de Montjoie, sœur de Guillaume I er , était, en 1303, dame sacris- 
taine et administratrice du spirituel et temporel de l'insigno chapitre de Remire- 
mont. Elle est signalée dans des titres par les initiales P ou C, avec la qualification 
d'abbe&se. Celle dame épousa en 1318 Colin de Saint-Mauris, qui était le frère 
du co-fondateur des chapelles de Montjoie. Un autre frère de ces seigneurs, pareille- 
ment du nom de Jean III de Saint-Mauris, reçut, à l'occasion de son mariage, 
divers dons de Jean comte de la Roche et de Marguerite de Neuchatcl-Bour- 
gogne, son épouse, à raison, disent-ils, de leur affinité de lignaiges et de parenté 
avec les deux parties, ce qui indique identité d'origine des Saint-Mauris avec les 
sires de la Roche et de Montjoie. (Voyez Labbey de Billy, t. Il, p. Î2, Généalogie 
de Saint-Mauris.) 



\ 



Digitized by Google 



- 26 - 

forteresse, d'où il ne put sortir qu'après avoir donné une juste 
satisfaction pour les dégâts qu'il avait faits. Guillaume n'était ni 
puissant ni riche. Eu 1340, il est vassal de Thiébaud V de Neu- 
chalel-Bourgogne et lui fait hommage de sa forteresse de Mont- 
joie avec un accroissement de fief. Les archives d'Autriche le pré- 
sentent comme possesseur d'un fief de la dynastie d'AUkirch. Il 
avait reçu en effet, en 1336, de l'archiduc Rodolphe, adminis- 
trateur du comté de Ferretle, la tour et le bourg d'Hcyraers- 
dorf (*), canlou d'Hirsingen, avec le quart du fief et le patronage 
de la cure de ce dernier lieu , Ruederbach, les mairies de Millel- 
muespach et d'Hundelingen. Au xvn e siècle (1630) , ce fief fut 
accru d'un quart en compensation de ce que la famille de Mont- 
joie avait rendu aux nobles de Délie. Schœpflin s'est trompé en 
écrivant que ce don avait été fait à Jean fils de Louis de Mouljoie, 
qui n'existait pas encore. Tous les traités conclus par Guillaume 
de Monljoie annoncent la gène dans ses finances; nous ne pou- 
vons assigner d'autre cause à cette position que les indemnités 
qu'il eut à payer à Jeanne de Bourgogne. Le 15 octobre 1330, il 
fait un accord pour les forêts des côtes du Doubs vers les Pom- 
merais avec Jean de Chalon , évéque de Langres , administra- 
teur de l'évèché de Bàle, qui l'appelle noble homme momire Guil- 
laume, seigneur de Monljoie, mon bien-aimé et féal cheçalier. Le 
30 décembre 1335, il vend àJèhannenat deRocourl, écuyer, fils 
de Henri de Rocourt, le village de Monlaucy, alors dépendant de 
la paroisse de Brcssaucourt , avec tous les droits seigneuriaux 
qu'il y possédait, pour 100 livres de bons bàlois monnaie cour- 
sante au marché de Porrentruy, qu'il avait touchés par ci- 
devant. Il lui fil encore la cession de 10 livres de la même 
monnaie à prélever chaque année sur le produit de ses moulins 
de Bremoncourt. Il y avait en ce lieu des nobles qui eu portaient 
le nom, puisque le 24 août 1345 le sire de Monljoie fit un ac- 
cord avec Guillaume de Bremoncourt, cheçalier, pour les forêts 
de la Cernie auprès de ce village. 

Guillaume II de Monljoie avait épousé Catherine, fille de 
Rodolphe IV, comte de Neuchatel en Suisse, et d'Eléonore de 
Savoie. De ce mariage sortirent deux enfants, Rolin devenu évéque 
de Viterbe, et Louis qui continua la liguée. Bien jeunes encore 

(1) En français Eméricourt. 



Digitized by Google 



- 27 — 

ils perdirent leur père, mort avant 4350, car un acte du 2 nt- 
veuibre de celte année mentionne Guillaume de Glère , jadis sire 
de Montjoie, et Catherine de Neuchatel son épouse , avec leurs 
deux Gis, dont Louis comte de Neuchatel fut le tuteur. 

Dès la On du xin* et pendant le xiv 6 siècle, on voit la maison 
de Montjoie altirée vers l'empire d'Allemagne par les terres et les 
droits féodaux qu'elle reçoit des princes de la maison (T Autriche 
et des évéques de Baie leurs feudalaires. Durant la dernière de 
ces périodes, ceux-là travaillent constamment à s'attacher la no- 
blesse alsacienne et celle des contrées limitrophes. Déjà en 4275, 
l'empereur Rodolphe de Habsbourg avait donné à partager la 
succession de Nicolas de Halstatt aux comtes de Ferrelte et aux 
sires de Schavembourg et de Montjoie. Les comtes de Ribeau- 
pierre, les plus riches et les plus puissants seigneurs de l'Alsace, 
contribuèrent le plus efficacement à amener la uoblesse alsa- 
cienne à reconnaître lu souveraineté des Habsbourg t 1 ). Ainsi,- par 
suite de leurs sollicitations, les Montjoie, les Reinach, les d'An- 
dlaw, les Schavembourg, les comtes de Ferrelte, se soumirent aux 
archiducs d'Autriche. De leur côté, les évéques de Bàle, princes de 
l'empire depuis le xi* siècle, et dont le diocèse comprenait pres- 
que tout le Haut-Rhin actuel, sauf la partie occidentale du canton 
de Belfort qui dépendait de celui de Besançon, travaillaient à re- 
hausser l'éclat et la force de leur priucipauté en mullipliant le 
nombre de leurs vassaux par la concession en fiefs de leurs terres , 
dîmes et autres droits seigneuriaux, aux nobles du voisinage. 
Telles sont les causes qui ont préparé pendant plus d'un siècle et 
produit enOn l'annexion définitive de la vallée de Montjoie à l'Al- 
sace et à l'empire d'Allemagne. 

Pendant le cours du xiv e siècle , les comtes de Montbéliard 
furent encore les suzerains du fief de Montjoie , mais ils le cédè- 
rent à Thiébaud V de Neuchatel. Le sire Guillaume II reprit de 
fief son château de ce seigneur le 29 décembre 4336. Jeanne, 
comtesse de Montbéliard, lui céda de nouveau en 4344 ces 
mêmes seigneuries , à elle acquises définitivement depuis 4332 
par le partage des biens de son père le comte Renaud de 
Montbéliard. A celle époque, par conséquent, la maison de 
Montjoie n'avait eucore qu'un rang iuférieur parmi la no- 

(1) Voye* Laguille, %• partie, livre xx. 



Digitized by Google 



- 28 - 

blesse. Mais Louis de Monijoie , 61s de Guillaume , la tira de 
cette humble position pour l'élever au plus haut degré d'illus- 
tration. Ce seigneur occupa les premières places à la cour des 
princes, fut grand maréchal de l'Eglise romaine, chevalier de 
l'ordre de l'Annonciade, conseiller et chambellan du roi de 
France et vice-roi des royaumes de Sicile et de Naples. Sa vie 
s'écoula au milieu de guerres continuelles avec alternative de 
succès et d'insuccès. Ces 'guerres fréquentes, souvent injustes, 
toujours accompagnées de cruautés , attestent la grossièreté et 
la barbarie des mœurs au xiv* siècle. 

Au mois de septembre 4360, Louis de Monijoie épousa Jaco- 
bée de Cly, sœur ou fille de Pierre de Cly, seigneur deRochedor. 
Peu de temps après (4364), il marche à la suite d'Henri de Mont- 
béliard, gardien du comté de Bourgogne, et de Thiébaud VI de 
Neuchalel, confédérés avec d'autres seigneurs bourguignons afin 
de défendre les droits de Marguerite de Flandre à la possession 
de la Franche-Comté, que lui contestait Philippe le Hardi , duc 
de Bourgogne. Le sire de Montjoie continuait à être dans la vas- 
salité de Thiébaud de Neuchatel, car la suzeraineté sur sa terre 
de Jeanne de Montbéliard, veuve en premières noces d'Ulrich 
comlc de Ferretle et remariée au marquis de Bade , étant passée 
à sa fille Alice de Bade, épouse de Valerand de Thicrstein, ceux- 
ci la vendirent le 4 avril 4369 à Etienne comte de Montbéliard, 
pour 2,000 florins. Ils mandent à Thiébaud, qui tenait ce fief 
avec ceux de Bclmont, Cusance et Champterin, de faire les foi 
et hommage à l'acheteur. Sur ces entrefaites, les archiducs d'Au- 
triche Léopold et Albert, neveux d'Alice de Bade, usant du droit 
de retrait sur ces seigneuries , en transportent la suzeraineté au 
sire de Neuchatel Thiébaud VI pour la même somme, et à condi- 
tion qu'il les servira pendant deux ans avec dix cavaliers armés 
et qu'il leur donnera l'entrée dans'tous ses châteaux tenus en 
propre ou en fief. Ceci amena un grave débat, qui dura plusieurs 
années, entre Etienne comte de Montbéliard et le sire Thiébaud : 
il fut terminé le 23 août 4375 , par la médiation de l'évèque de 
Toul et de Jean, seigneur de Ray. 

Pendant ce temps-là, Louis de Monijoie était en guerre avec 
l'évèque de Bàle Jean de Vienne, son suzerain; il lui enleva le 
château de Soyères près Delémont, qu'il conserva pendant trois ans. 
Thiébaud de Neuchatel prit le parti de l'évèque de Bàle , et le 



Digitized by Google 



• - 29 - 

sire de Montjoie se vengea en commettant de grands dégâts dans 
la terre de Neuchatel. Thiébaud vint à bout de s'emparer de son 
ennemi, qu'il fit enfermer dans la forteresse de Blamont, où il le 
réduisit à une rude captivité. Isabelle de Neuchatel en Suisse , 
comtesse de Nidau, cousine de Louis de Montjoie, intervint en sa 
faveur; la paix fut conclue le 20 mai 1373. Le prisonnier, selon 
l'usage de ce temps , s'obligea à ne tirer aucune vengeance des 
mauvais traitements qu'il avait subis. L'évéque de Bàle , Egon 
comte de Fribourg, et Guillaume Estenauwer, se portèrent cau- 
tion pour lui et envoyèrent chacun un otage dans les forteresses 
de Thiébaud jusqu'à l'entier paiement de l'indemnité qui lui 
avait été promise. Louis de Montjoie sortit de prison le 26 juin, 
et le 8 juillet il reconnut le château et le bourg de Montjoie fief 
rendable de Neuchatel 0). L'acte de cette reconnaissance fut ré- 
digé dans la chapelle de Blamont, devant le grand autel, en pré- 
sence de plusieurs seigneurs. A la fin du siècle, Louis de Montjoie 
était encore sous la dépendance du sire de Neuchatel, et celui-ci 
ne manqua pas de faire respecter ses droits avec une recrudes- 
cence de fermeté depuis la révolte de son vassal. Nous en avons 
la preuve dans la manière dont il fil acte de suzeraineté, le 49 fé- 
vrier 4398; elle mérite d'élre signalée. Thiébaud envoya Jean 
le Camus, seigneur d'Asuël, se présenter aux portes du château 
de Montjoie avec deux notaires et des témoins. Lâ , le sire d'A- 
suël et les agents qui l'accompagnent s'arrêtent. On appelle le 
châtelain Jean de Montjoie et on lui demande s'il n'est pas vrai 
qu'il tient son château et sa terre comme un fief rendable de 
Neuchatel. Jean répond affirmativement, ouvre les portes dont il 
présente les clefs au sire d'Asuël, à qui il prèle serment de garder 
la forteresse pour et au nom de Thiébaud. L'envoyé du suzerain 
remet les clefs au portier, et les notaires rédigent l'acte de la re- 
connaissance qui vient d'élre faite, sous la porte principale du 
castel. 

Si Louis de Montjoie succomba sous les armes du sire de Neu- 
chatel, il resta vainqueur dans les combats qu'il livra â Verner, 
évéque de Bâte, et aux nobles qui le soutenaient en 1374. Sous 
cette date, on voit dans les prisons de Montjoie Petreman Schal- 

(1) Les fiefs vendables étaient ceux dans les forteresses desquels le suzerain 
pouvait entrer à volonté. 



Digitized by Google 



- 30 - 

1er, frère de l'évéque, Aymon de Domprel et Valter de Colombier, 
appelés ses complices. Vingt seigneurs, parmi lesquels figurent 
les comtes de Habsbourg, de Neuchalel, de Hocberg, de Thiers- 
tein, se portèrent caution pour obtenir l'élargissement de Pétre- 
man Scballer, et huit gentilshommes se constituèrent en otages 
afin qu' Aymon et Valter fussent rendus à la liberté. Le sire de 
Monljoie ne fit la paix avec l'évéque deBàle qu'en 4385. Dans 
le traité fait à ce sujet, le prélat l'appelle noble, courageux 
baron Louis de Glère, maréchal du pape Clément VII à Avignon. 
C'est le premier titre où nous ayons trouvé le sire de Montjoie 
qualifié baron: ses successeurs n'ont discontinué de prendre cette 
qualification jusqu'au milieu du xviii" siècle M. 

Par sa mère Eléonore de Savoie, le baron de Monljoie était 
le petit-neveu du pape Clément VII, résidant à Avignon. Nous 
rappellerons que presque aussitôt après le couronnement du pape 
Urbain VI, en 4378, les cardinaux , sous le prétexte de l'inva- 
lidité de cette promotion, élurent un autre pape : ce fut Robert, 
des comtes de Genève, qui prit le nom de Clément VII. Cette 
double élection occasionna un schisme dans l'Eglise , on l'a sur- 
nommé le grand schisme d'Occident : il a duré quarante ans, puis- 
qu'il ne cessa qu'en 4414 au concile de Constance. Urbain resta 
à Rome, et Clément vint habiter Avignon. Le baron de Monljoie 
conduisit en Italie les troupes de Savoie pour combattre celles 
d'Urbain VI, compétiteur de son oncle (4379). Victorieux d'a- 
bord sous les murs de Rome, il fut vaincu à son tour et fait pri- 
sonnier à la bataille de Marino. Celle haute parenté et les ser- 
vices rendus au pape Clément expliquent la brillante position à 
laquelle il parvint à la cour papale et à celle de France, dont le 
souverain était le principal appui du pape d'Avignon. Ce pontife 
avait investi Louis I er , duc d'Anjou, prince français, des royaumes 
de Sicile et de Naples, possédés par Ladislas, grand partisan d'Ur- 
bain, et il fallait l'en déposséder. Louis II d'Anjou traita avec le 
baron de Montjoie pour lui aider à conquérir ces royaumes, dont 

(1) Ce» mots ben, faron, baron, signifient la même chose, c'est-à-dire un grand 
seigneur vassal du souverain. Pour être titré simple baron, il fallait posséder au 
moins trois châtellenies, et pour être comte deux baronies et trois châtellenies, ou 
une baronie et six châtellenies. Le père de Louis de Montjoie portait déjà le titre 
de tire ou de baron ; mais tous leurs ancêtres se qualifiaient seulement de noble» 
ou de chevalier*. 



Digitized by Google 



- 31 - 

H lui conféra la vice-royauté. Pour cette expédition lointaine, 
Louis de Montjoie avait besoin d'argent, et Galéas, duc de Milan, 
lui créa une rente viagère de 1 ,000 florins qu'il hypothéqua sur 
ses biens : celte somme fut tenue en fief par le sire de Montjoie, 
qui en fit hommage le 3 février 1403. L'année suivante il était 
en guerre avec Hesso marquis d'Hocberg et Thuring de Rames- 
tein, à l'occasion de la seigneurie de Heymersdorff; mais ce diffé- 
rend fut terminé par une transaction. 

D'après le testament deXouis de Montjoie, divers titres et tous 
les généalogistes, il ne laissa que deux fils. L'alné, appelé 
Guiliaume, reprit de fief, en 1390, de Thiéband de Neuchatel, 
les seigneuries de Vaufrey, Blanlereine, Seigne, Chàlel-Montjoie 
et les dépendances. Elu évéque de Béziers eu 1424 , il mourut 
le 3 avril en 1451. Le cadet, nommé Jean, fut l'héritier univer- 
sel de son père. Avant de repartir pour l'Italie, Louis de Mont- 
joie passa, en 1408, procuration a son fils Jean pour faire un 
traité de combourgeoisieavecla ville de Bàle ; il voulut par la lui 
assurer un appui et un soutien pendant son absence. Le sire de 
Montjoie contribua activement à la victoire que Louis II d'Anjou 
remporta en 1410 sur Ladislas. De ses voyages en cour de Borne, 
le baron Louis rapporta la statue en pierre de la Vierge vénérée 
encore de nos jours dans la chapelle de Montjoie, sous le titre de 
Notre-Dame d Avignon. Selon toutes les probabilités, les reliques 
de saint Joyeux 0), qu'on y voit aussi renfermées dans un buste 
de jeune homme, ont encore la même origine. Ces objets religieux 
sont noo moins respectables par leur antiquité que par la con- 
cession que le souverain pontife en aura faite. 

Louis de Montjoie testa le 21 septembre 1424, et nomma pour 
exécuteurs testamentaires le roi et la reine de Sicile et de Naples. 
Il légua par préciput le château de Montjoie à son fils Jean, et 
mourut à Avignon le 23 juin 1425. Il fut inhumé dans l'église 
des frères Prêcheurs de celle ville, où un mausolée superbe lui 
fut érigé (*). 

(1) Reliquiœ sancli Gaudii. 

{i) Autour de la grille de fer qui entourait le mausolée de Louis de Montjoie, 
on lisait l'épitaphe suivante : Ci-gît messire Louis, tire de Montjoie, maréchal de 
N. S. P. le pape Clément VU, conseiller chambellan du roi de France, et, par 
l'ordonnance de notre dit saint-père, sans changer son office de maréchal, vice- 
roi de Sicile et de Naples pour les rois Louis I" et Louis II, qui trépassa de ce 
siècle le $3 du mou de juin im Dieu veuille avoir son âme! 



Digitized by Google 



- 3Î - 

La puissance de la maison de Montjoie commence sous le sire 
Guillaume II. Dès 1354, ce seigneur donne un fief à un nommé 
Meillan de Chalé (O. La même année, les Maillard de Châtel- 
Vouay reprennent de lui la maison forle de ce nom (*). Le lundi 
après la Saint-Martin (1332), un Girard, dit moine de Trévillers, 
reçoit en fief 40 livres estevenantes, elles Voglensberg deviennent 
ses vassaux en 1339. Mais à ces premiers féaux, son fils en 
ajouta un grand nombre d'autres. Louis de Montjoie donne en 
fief à Marguerite de Bremoncourt, veuve de Bouchard Sporer d'Ep- 
ting, et à Henneman de Bremoncourt, son neveu, les biens qu'ils 
retenaient de lui en ce lieu (10 décembre 1 383) ; il reçoit l'hom- 
mage des Dupray (1400), de Stokard, éeuyerà Porrenlruy, pour 
une rente de 10 livres estevenantes et différentes pièces de terre 
en cette ville (22 juin 1403) ; des DoroiiA et des Zurheim (1404), 
des Marchalxde Delémonl (1411), des Hungeslein (1414) ( 8 ), etc. 
Toutes ces reprises de fiefs furent fuites selon les us et coutumes 
de Bourgogne, à cause de la forteresse de Montjoie. Les iuféoda- 
tions concédées à ces nobles curent pour cause les services ren- 
dus au baron de Montjoie pendant les guerres qu'il cul à soute- 
nir. Elle est expressément mentionnée dans celle qui fut faite à 
Perrin Jacquemard, écuyer à Lavans, qui reçut en fief tous les 
biens qu'Henri la Grue retenait de lui au territoire de Cœuve. 

(1) Quel est ce ChdU? nous l'ignorons. Nous présumons que c'est Chaiiel t près 
Grond-E$sert , mentionné sous l'an 1312. (Voyez Ephémêrides de Duvernoy, 
5 avril.) 

(9) Châtel-Vouay ou Mont-Vouay [Montvoie] était un château fort situé plus 
bas que Saint-Ursanne, sur la rive droite du Doubs, non loin du village de la Motte. 
Il en existe encore des vestiges imposants : c'était, croit-on, une fondation des 
templiers. 

(3) Guillaume de Hungettein reçut du fils de Louis de Montjoie la permission de 
reprendre son douaire de veuf \vidualilium) sur les dîmes de Hochstatt. 



Digitized by Google 



CHAPITRE UI. 



Mariage de Jean I er de Montjoie. — Il soutient l'archevêque Guillaume de Vergy 
contre le duc de Bourgogne. — La baronie de Montjoie flef oblat de l'empire. 
— Différends du sire de Montjoie avec Thiébaud de Neuchatel. — Confédération 
contre le» archiducs d'Autriche. — Mort de Jean de Montjoie ; ses enfants. — 
Extinction de la maison de Glère-Montjoie. — Commencement des Thuillières- 
Moiitjoic. — Jean-Louis, lige de cette seconde maison de Montjoie; son mariage; 
il reçoit l'investiture du duc d'Autriche; ses guerres avec ce prince; ses enfants, 
sa mort. — Didier de Montjoie. — 11 reçoit l'investiture, même pour les filles, 
fait des acensements ; ses vassaux, sa mort. 

Jean I er de Gliers, donzel, fils de Louis de Monljoie , maréchal 
du pape, passa son contrai de mariage le 49 février 1386 avec 
Jeanne, fille de Henri comte de la Hoche, sire de Villersexcl. Son 
épouse reçut en dot 2,000 francs d'or, 500 francs d'or (*) de 
Guillaume de Vergy, archevêque de Besançon, et pareille somme 
de Jean de Vergy, sire de Fonvent. Il fut stipulé dans cet acte 
qu'an cas où Louis de Montjoie aurait d'autres enfants mâles, les 
chàtel et bourg de Monljoie appartiendraient en entier à son fils 
Jean. Le 27 février de la même année, Jean de Vergy, sire de 
Champlilte, reconnut à son tour devoir à ces futurs époux 
500 francs d'or au coin de France. La mère de la future épouse 
était Guillemelle de Vergy, sœur de l'archevêque de Besançon. 
Celte circonstance explique pourquoi Jean de Monljoie prit dès le 
mois d'avril 1591 le parti de Guillaume, archevêque de Besançon, 
contre Philippe le Hardi, duc-comte de Bourgogne, qui attaquait 
le privilège de bat Ire monnaie appartenant à ce prélat et à son 
chapitre. Plus lard (1417), Jean de Monljoie éleva aussi des pré- 
tentions sur le château de IIoën-Eguisheim , berceau , selon la 
tradition, du pape Léon IX , de la famille duquel les comtes de 
Dagsbourg et de Ferrelle avaient recueilli les biens. Les comtes 

(1) Le franc valait à cette époque 13 sols 4 deniers. 

3 



Digitized by Google 



- 34 - 

de Ribeaupierre s'opposèrent à ses réclamations; de là, un diffé- 
rend qui fui terminé par l'arbitrage de Charles, duc de Lorraine, 
de Conrad , comte de Fribourg , et de Rumelhard , duc de 
Veslingen. 

Jean de Montjoie partage déjà du vivant de son père tous les 
honneurs de sa haute position. Le duc de Bourgogne l'appelle 
messire Jean de Montjoie, fils de notre amé et féal chambellan Lois 
de Montjoie, maréchal de N. S. père le pape (4391), et en 1405 il 
était conseiller et chambellan de Louis d'Anjou, roi de Sicile. Pen- 
dant les séjours de son père à la cour d'Avignon et ses campagnes 
d'Italie, il eut en main l'administration des biens de sa maison. 
Le 8 août 1406, il vend la ville et le château de Beauverasse à 
Jean de Chalon, son cousin (*) ; mais son père les racheta deux 
ans après. Il fonde en 1408 son anniversaire dans l'abbaye de 
Lucelle, moyennant une rente annuelle de k livres 12 sols, 
2 poules, assignée sur des biens à Hirsingen. Le 15 juin, il vend 
à Marguerite d'Iffenthal, veuve d'Herman de Landerbcrg, toute 
sa part des dîmes que les sires de Glèrc avaient eues autrefois à 
Grentzingen, Oberdorf, Walligophen et Henflingen (Haul-Rhiu). 
Ces dîmes étaient, comme nous l'avons dit, un ûef tenu de l'é- 
véque de Bàle. Elles furent vendues pour 40 marcs d'argent ( a ), 
dont Jcau de Montjoie donna quittance en 1427 à Jean Thuringue 
d'Epling, époux de Vérène de Landerberg, fille d'Herman. 

Ces ventes annoncent les grandes dépenses de la famille de 
Montjoie; elles étaient occasionnées par le haut rang qu'elle tenait 
à la cour des princes et par ses expéditions guerrières. Celles-ci 
nécessitaient de fréquentes absences pendaut lesquelles leurs in- 
térêts avaient besoiu de protecteurs et de défenseurs dans la 
haute Bourgogne ; ils les trouvèrent dans les princes de la maison 
de Habsbourg, qui depuis longtemps aspiraient à l'exercice de 
ces fondions officieuses. Louis de Montjoie et Jean, son (ils, firent 
donc de la barouic un fiefoblat (3) à l'empire et à lui réversible en 

(1) Les Montjoie et les Chalon devinrent alliés par des mariages dans la maison 
des comtes de Genève. 

(2) Le marc d'argent était alors l'équivalent de 9 francs 4 gros. 

(3) Les fiefs oblats étaient volontairement offerts par le vassal au suzerain. Les 
fiefs donnés, au contraire, étaient concédés par le suzerain au vassal. Dans les uns 
et dans les antres, le suzerain avait la propriété du fief, et le vassal l'usufruit. 

Les fiefs oblats étaient masculins ou féminins. Les premiers retournaient au 
suzerain après l'extinction de la lignée mâle du vassal, et les seconds après celle 



- 35 - 

cas d'extinction de leur postérité mâle. Par là, ils s'obligèrent aux 
foi et hommage envers les empereurs, en conservant l'usufruit de 
leurs terres et de leurs droits féodaux. En échange, les empereurs 
étaient tenus de protéger et de défendre ces vassaux. Pendant le 
cours du xiv* siècle, la maison d'Autriche travailla à attirer à elle 
les barons de Montjoie. Dès 4554, lorsque Jeanne, la dernière 
héritière du comté de Ferretle alliée aux Montjoie, eut porté les 
vastes domaines de son père Ulrich II à la maison d'Autriche, par 
son mariage avec Albert II, fils de l'empereur, ce prince et son 
épouse donnèrent à leurs parents de Glère , Jean et Guillaume , 
rinvestilurc de leurs terres pour fils et filles. 

Cet acte de suzeraineté, dont la réalité est certaine, n'eut pas 
de suite, puisqu'on ue trouve aucune reprise de fief des Montjoie 
faite aux empereurs pendant le cours du xiv* siècle, et que Thié- 
baud VII, sire de Neuchalel -Bourgogne, faisait encore, comme 
nous l'avons dit, reconnaître sa domination sur le château de 
Monijoie en 4598. Tout ce qu'on peut supposer, c'est que la fa- . 
mille de Monijoie aura peut-être repris de fief du prince Albert 
d'Autriche quelques-unes de ses terres dans le Suudgaw alle- 
mand. Quoi qu'il en soit, on ne peut douter que la fusion de la 
famille des comtes de Ferretle dans la maison impériale d'Alle- 
magne n'ait puissamment coulribué à placer son alliée de Mont- 
joie sous la suzeraineté des empereurs. C'est par la forteresse de 
Moron qu'ils commencèrent à établir leur autorité dans la vallée 
de Monijoie. Eu 1582, le jour de Pâques, Louis de Monijoie, 
maréchal du pape, donne une réversale 0) à Léopold d'Autriche, 
par laquelle il s'oblige à tenir constamment à sa disposition la 
forteresse de Moron, qu'il possède par engagement de Berlhod 
de Glère, son cousin. Le jour de la fêle de saint Jude 1404, Louis 
de Monijoie reçoit de Frédéric d'Autriche l'investiture de la même 
forteresse pour lui et ses héritiers mâles. Le dimanche avant la 
Saint-Jean 4412, par lettre donnée à Ensisheim, le même prince, 
tant en son nom qu'eu celui de Léopold d'Autriche , son frère, 
investit Jean 1 er de Monijoie et Louis de Gliers son cousin, pour 
eux et leurs héritiers, des châteaux suivants : 1° le fort de Moron* 

des femmes. Labaronie île Montjoie fut d'abord un fief masculin seulement ; mais, 
par une grâce spéciale, elle devint, comme nous le verrons, un fief féminin. 

(1) Lettre réversale, attestation pur laquelle on déclarait que tel ou tel acte 
qu'on faisait ne portait aucun préjudice au droit d'un tiers. 



Digitized by Google 



- 36 - 

avec le bourg et les dépendances, sujets , terres et juridictions, 
contrainte, eau et village qui en dépendent ; 2° Heymersdorf avec 
toutes ses dépendances, sujets, terres et villages ; 5° le quart des 
biens situés dans la juridiclion d'Hirsingen, Ruederbach , avec 
toutes ses dépendances, droits en justice, sujets, foréls, pâtu- 
rages, eaux, pèches, communaux, impôts sur le vin ; 4° la mairie 
de Mittelmuspach, Nidermuspach, Odermuspach , canton de Fer- 
rette ; 5° les villages de Recouçrance, Grône, canton de Belfort, 
avec toutes les appartenances, hommes et terres comme ils leur 
reviennent de l'ancien temps ; 6° enOn la ferme de Riespach avec 
ses dépendances. Ces lettres d'investiture de Frédéric constituent 
encore les sires de Glère et de Montjoie féaux et vassaux de sa 
chère sœur, Catherine de Bourgogue, duchesse d'Autriche (*), 
Tel est le premier titre qui constate la dépendance féodale de 
l'empire, au commencement du xv e siècle, d'une partie des pos- 
sessions des seigneurs de Montjoie. 

A la même époque, Jean de Montjoie était en discorde avec 
Thiébaud VIII de Neuchatcl, soit ou qu'il ne voulût plus recon- 
naître la suzeraineté de celui-ci, ou soit qu'il s'opposât au retrait 
féodal des seigneuries de Seigne et de Courtefontaitie, moyennant 
le remboursement de la somme pour laquelle son père Louis les 
avait achetées. Ce différend, dont on ignore la solution, fut soumis 
à la décision- du duc de Savoie. Dès l'an 4423, le baron de Mont- 
joie est associé â Jean de Fleckenslein, évêque de Bàle , et au 
comte de Thierstein, pour faire la guerre au même Thiébaud de 
Neuchatcl. Voici à quelle occasion. Imicr de Rameslein, prédé- 
cesseur de l'évéque Fleckenslein, avait engagé en 1388 à Thié- 
baud de Neuchatel les châteaux de Saint- Ursanne , Spiégelbert et 
de Kallenbcrg (*). Ce seigneur, après les avoir possédés pendant 

(1) Cette princesse, fille de Philippe le Hardi, était veuve de Léopold d'Autriche, 
frère de Frédéric. Son mari lui avait légué la jouissance pendant sa vie de tous 
ses biens dans te Sundgaw et la haute Alsace; voilà pourquoi elle en fut établie 
co-suzeraine. 

(2) Spiégelbert est le château de Muriaux. Il existait au-dessus d'une créle de 
rocher taillé à pic sur la rivo droite du Doubs, non loin du village de Muriaux, 
dans l'ancien évêché de Bàle; il y a encore en ce lieu un p.m de muraille de dix- 
huit pieds de hauteur, qui est le débris d'une tour carrée, et les restes d'un bâti- 
ment de soixante pieds de longueur sur vingt de largeur, dont l'entrée était 
taillée dans le roc. On voit l'entaille des poU'aux de la porte. 

Kallenberg est le château de Chauvilliers, sur le territoire delà commune d'In- 
deviller». Celte place forte, avec le hameau et la petite seigneurie qu'elle protégeait, 



Digitized by Google 



- 37 - 

trente-cinq ans, refusait de les rendre contre le remboursement 
de l'emprunt. Contraint d'en venir aux armes, le prélat, secondé 
par ses alliés, reconquit en peu de temps ses forteresses , entra 
dans les terres de Thiébaud, prit d'assaut la ville d'Héricourt, 
qu'il réduisit en cendres après l'avoir livrée au pillage: Thiébaud 
demanda la paix. 

Jean de Monijoie et Thiébaud de Neuchatel sont à peine récon- 
ciliés qu'ils se liguent avec le sénat de Fribourg (*) contre les ar- 
chiducs d'Autriche. Tels furent les barons au moyen âge. Hommes 
remuants et infatigables guerroyeurs, ils enfreignent facilement 
les lois de] la dépendance féodale et des traités, et sont aussi 
prompts à se raccommoder qu'à se brouiller pour les causes les 
plus futiles. Celles qui déterminèrent la ligue dont nous 
parlons ne sont point parvenues à notre connaissance; elle 
fut funeste aux princes d'Autriche et aux seigneurs du Sundgaw 
qui tenaient leur parti. Jean de Monijoie et Thiébaud de Neucha- 
tel entrèrent dans leurs terres à la léte de 2,500 hommes, brû- 
lèrent Dannemarie et dix autres villages, massacrèrent les habi- 
tants , commirent le plus horrible ravage dans celle partie de 
l'Alsace, d'où ils amenèrent soixante notables bourgeois qu'ils 
entassèrent dans les cachots de la forteresse de Monijoie. En vain, 
Jean, comte de Thierstein, bailli de Ferrelte, vient-il assiéger 
cette forteresse; en vain écrit-il (10 août 1428) à Antoine de 

appartinrent à l'évêque de Bàle jusqu'à la révolution de 1789, quoique la souve- 
raineté en eût été échangée avec le roi de France neuf ans auparavant. Le château 
de Chauvilliers ne remonte qu'au XI v« siècle. L'évêque de Bàle, Jean de Vienne, 
l'hypothéqua à son homonyme et parent le sire de Roulans, amiral de France, 
vers 1379. Son successeur Imier de Rameslcin le dégagea pour l'hypothéquer 
d'abord à la ville de Bàle en 1384, puis à Thiébaud de Neuchatel en 1888. 
Celui-ci ne voulut pas s'en dessaisir contre le remboursement offert. L'évêque Jean 
de Fleckenstein, aidé des Bàlois, le reprit de force en 1 445 et en confia la garde 
à Humbcrt, comte de la Roche, moyennant une somme de 675 florins. Les Bour- 
guignons s'en emparèrent et l'incendièrent en 1475. Nicolas de Thuillières solli- 
cita en 1529 de l'évêque Philippe de Gundelsheim l'investiture de la terre de 
Chauvilliers, à charge de reconstruire le château. Cette demande n'aboutit pas. 
Thomas Sur gant, prévôt de Saint-Ursanfie, reçut en fief de l'évêché cette seigneurie 
en 1561, et ne releva pas, contrairement à son engagement, la forteresse. Guillaume 
Bairet, bailli à Saint-Ursanne, le reçut en fief en 1567, son fils Léonard en 1607; 
Adam, Pierre et Jean-Jacques, fils de ce dernier, le reprirent de fief à leur tour 
en 1611, et après leur mort, il retourna à la mense capitulaire. 

(1) Dans l'acte de confédération signé le 20 mai 1428, le sénat de Fribourg 
qualifie le baron de Montjoie de noble et puissant seigneur, son chier sire et bon 



Digitized by Google 



— 38 — 

Toulongeon, maréchal de Bourgogne, pour le sommer, au nom de 
l'amitié que son maitre porte aux princes d'Autriche, de mander 
au bailli d'Amont de venir l'aider, avec vingt ou trente hommes, à 
poursuivre ce siège: toutes ces tentatives restèrent sans résultat, 
Montjoie ne put être forcé! Faible encore et peu redoutée de ses 
voisins et même de ses vassaux, la maison d'Autriche fut réduite 
à dépêcher des envoyés des cantons suisses de Bàle ,. Berne et 
Soleure, pour satisfaire les confédérés et les apaiser. 

Jean de Montjoie testa le Kh février 1419 et mourut avant le 
18 juillet 4438, sans laisser d'héritiers mâles pour lui succéder. 
En lui s'éteignit par conséquent l'antique maison de Glère, dont, 
au dire de Schœpflin, il n'est plus question dans les chartes de- 
puis ihiU. En vain tous les généalogistes , sous le prétexte que 
Vaultrinei Jean-Louis de Thuillières sont nommés dans son tes- 
tament, avancent-ils qu'ils étaient ses fils... C'est une grossière 
erreur: Jean-Louis de Thuillières, époux de Guillemelle de Mont- 
joie, fille de Louis de Montjoie (*), était son neveu par alliance, et 
fut établi héritier de ses biens dont il donna l'usufruit à sa veuve 
Jeanne de Villerscxel. Ce fait est démontré de la manière la pins 
certaine 1° par la cession que la veuve de Jean de Montjoie fait à 
Jean-Louis de Thuillières, son neveu; de tous les droits qu'elle 
avait sur les château et bourg de Montjoie, par suite du testament 
de son mari et de son contrat de mariage, moyennant une rente, 
annuelle de 50 florins d'or, 6 bichots de froment, 10 livres de 
cire, 30 gelines et 12 glanes de poisson 2° par le rachat ef- 
fectué le 28 septembre 1447 par Jean-Louis de Thuillières d'une 
rente annuelle de 120 florins d'or assignée sur les dîmes d'Hir- 
singeu par feu son oncle Jean de Montjoie, vendue à réméré à 
Guillaume de Masse vaux. De pareilles preuves sont sans ré- 
plique. Aussi verrons-nous un évêque de Bàle revendiquer pour 
son église, en 1474, la propriété des fiefs concédés par ses pré- 
décesseurs aux barons de Montjoie, parce qu'ils n'ont laissé d'hoirs 
mâles de leurs armes, ni de leur nom, ni de leur famille. 

(1) D'après le nobiliaire manuscrit de l'insigne église Saint-Pierre de Remiremont 
(1751), Jean-Louis de Thuillières n'a pu être le neveu de Jean de Montjoie qu'en 
épousant la fille d'un de ses frères ou d'une de ses sœurs; peu importe son nom, 
du reste. Cette Guillcmetle, ou toute autre nièce de Jean de Monljoie, n'a pas été 
connue des historiens. 

(2j Celte cession est du 18 juillet 1438. Le florin avait alors une valeur de 
15 sols actuels. 



Digitized by G 



- 39 - 

Jean -Louis de Thuillières a donc relevé le nom et les armes 
des Montjoio, est devenu la souche de la maison moderne de ce 
nom, dite Thuillières de Montjoie, et a remplacé le nom de Glère 
par celui de Thuillières. C'est sans doute ce que Schœpflio a 
voulu indiquer en disant que Jean-Louis de Thuillières reçut Jean 
de GliersW. La famille de Thuillières, Tune des premières de l'an- 
cienne chevalerie de la Lorraine , alliée aux Monlureux-sur- 
Saône et aux autres maisons de la première noblesse de celle 
province, avait pris son nom du village de Thuillières, chef-lieu 
d'une seigneurie de ce nom dans le canton de Vitlel , arrondisse- 
ment de Mirecourl, déparlement des Vosges. Depuis son alliance 
avec les Monljoie, Jean-Louis de Thuillières écartela à la clef d'or 
tournée du côté séneslre et aux neuf billelles de même mêlai qui 
leur appartenaient. Les autres branches de sa famille restées en 
Lorraine les ont conservées avec les diverses écarlelures indica- 
tives de leurs alliances. Jean-Louis de Thuillières était le Clsaiué 
de Guillaume de Thuillières et de Jeanne de Monlureux-sur- 
Saôue, fille de Didier de Monlureux et d'Eve de Pudligny ; il 
portait le titre de sire de Hardemont, château existant dans l'an- 
cienne préfecture de Remiremonl. Celte forteresse était située au 
milieu d'un petit plateau marécageux , sur le flanc d'une mon- 
tagne voisine de la ville de Bains, arrondissement d'Epiual, et 
servait de lieu de retraite et d'asile aux habitants de la contrée 
pendant les guerres du moyen âge. 

Vaullrin, frère cadet ëe Jean- Louis de Thuillières, était avec lui 
co-seigueur de Hardemont. Si ce seigneur se confédéra, en U3ï>, 
avec d'autres nobles pour le maintien de la paix publique, il 
n'en fut rien moins que le partisan. Aussi voit-on la noblesse de 
la Lorraine se réunir, en 1438, afin d'assiéger Monlureux-sur- 
Saône el Thuillières, pour punit Vaullrin et le bâtard de Thuil- 
lières des ravages qu'ils ont faits dans la contrée. Cela n'empô- 
che pas Vaullrin d'attaquer le comte de Vaudcmont et de s'em- 
parer du château d'Harouë à l'aide de Guillaume de Dammartin , 
qui y était détenu. L'année suivante, le château de Hardemont 
est assiégé , et le sort des armes fait tomber Conrad Bayer-Bap- 
pard, évéque de Metz, enlre les mains de ces deux guerroyeurs. 

(1) Excepit Joannem de Gliers. V<> Frobery, Alsatia illustrata. C'est par erreur 
que Schœpflin a écrit Joseph Louis. 



- 40 - 

Peu après, Vaaltrin apporte la guerre dans le comté de Montbé- 
liard, à laquelle met (in un traité conclu avec la comtesse Hen- 
riette en 4442. En 1443 , aidé du bâtard de Vcrgy , il attaque le 
seigneur de Commercy, et ils continuent à guerroyer avec l'évé- 
que de Metz jusqu'en 4460. Alors le prélat, à la téledescs troupes 
et d'un corps de soldats lorrains, vint assiéger Thuillièrcs, et, 
quoique faiblement secondé par ces auxiliaires , il prit d'assaut 
cette forteresse et la rasa. Vaultrin avait été marié à Hedwige 
d'Haussonville, sénéchal de Lorraine, dont il n'eut pas de lignée. 

Son frère Jean-Louis, de son côté, ne déployait pas en Bourgo- 
gne, pendant ce temps- là, moins d'ardeur guerrière; il tint le 
parti de son parent Louis de Chalon dans ses différends avec 
Philippe le Bon. A la bataille livrée le il juin 4450, entre Anlhon 
et Colombier, il fut fait prisonnier avec d'autres seigneurs ; 
Louis de Chalon paya cent mille écus pour leur rançon. Peu 
après , le baron de Monljoie , refusant de faire hommage et de 
rendre le devoir de fief aux princes d'Autriche, s'associe avec 
Jean de Fribourg et le comte de Neuchatel pour leur faire la 
guerre. Avant d'ouvrir la carrière des combats, il fait un accord 
avec Louis de Chalon en 4438 et prend en fief du duc de Savoie 
un revenu de 500 florins; il guerroie pendant deux ans. Mais le 
sort des armes se déclare contre lui, et les archiducs s'emparent 
de ses terres et de ses forteresses. Le vaincu fait ses soumissions, 
et le duc Frédéric mande à Guillaume de Hoppech, marquis et 
seigneur de Roeseln et de Succembourg,*son bailli et gouverneur 
de Ferretle, de rendre au baron de Montjoie, tant comme héritier 
de Jean I w que comme son vassal , les seigneuries de Monljoie 
et Moron avec leurs appartenances et rièrefiefs en hommes , 
femmes , justice haute et basse , sans en rien excepter, sur les- 
quelles il avait ouvert la commise par suite des guerres que 
Jean-Louis et ses complices lui avaient faites précédemment. 

Sur ces entrefaites , l'archiduc Ferri (Frédéric) vint à mourir. 
Néanmoins, le 28 novembre 4459, le marquis de Roeseln, en 
présence de Jean de Montreulx, chevalier, Pélreman de Morimonl, 
écuyer trésorier, Jean de la Maison , messire Hugues Brias, cha- 
noine de Belfort, et autres membres du comité administratif, donna, 
à Massevaux , à Jean-Louis de Montjoie l'investiture tant pour 
mâles que pour femelles , fils et filles, conformément aux lettres du 
duc Albert et de Jeanne de Ferretle , son épouse , de Van 4354, des 



Digitized by Google 



- 41 - 

fiefs de Ferrette et de la Roche de Bel fort, comme ses prédécesseurs 
les avaient eus et tenus, sans que l'omission d'aucun objet put 
préjudicier au seigneur de Montjoie. Au détail énuméré dans l'in- 
vestiture de 4442 , celte nouvelle lettre ajoute les forteresses de 
Montjoie, Gliers, des pièces de terre au territoire de Chèrremont , 
les villages de Perouse, Besoncourt, Charmoille près Froide fontaine, 
dépendances de la seigneurie de Belfort (*). Jean-Louis de Mont- 
joie s'obligea par serment prêté entre les mains du bailli de 
Roeseln , d'être obéissant aux ducs d'Autriche , à leurs succes- 
seurs ou à leur commandement, comme à son prince , tant pour 
les maisons de Montjoie que pour les autres fiefs leur apparte- 
nant ou qui leur adviendraienl. 

Le 49 novembre 1440, les bailli et administrateurs de la sei- 
gneurie de Ferrette , conformément aux ordres que l'archiduc 
Frédéric leur avait donnés avant sa mort , rédigèrent les articles 
des paix et accord faits avec messire Jean Louis de Montjoie. Dans 
cet écrit, ce seigneur demande pardon pour lui et ses complices 
des dommages qu'il a faits à la maison d'Autriche , et le bailli de 
son côté déclare qu'il lui a rendu franchement les forts de Mont- 
joie, Moron et Eméricourt , etc., etc., comme en ont joui précé- 
demment les seigneurs et dames de Montjoie , et même messire 
Jean dernièrement trépassé. Le baron de Montjoie s'oblige ensuite 
à être homme vrai et féaul de la seigneurie de Ferrette , de ser- 
vir les princes d'Autriche en toutes manières que les servent 
les barons et seigneurs du pays de Ferrette; que dans toutes les 
discussions qu'il aurait avec des seigneurs ou sujets de ladite sei- 
gneurie , il prendrait l'avis et le conseil des bailli et administra- 
teurs de ce comté, et se conformerait à leurs prescriptions; 
enfin que si le duc d'Autriche le mandait pour faire la guerre 
aux Vénitiens, en ses pays détachés, il s'y rendrait sur-le-champ, 
avec vingt hommes d'armes devant servir à ses propres dépens 
pendant un mois lui et ses gens, et, passé ce terme, aux frais du 
duc s'il retenait son vassal à son service ( 2 ). 

L'investiture de 4459 et le traité de paix de l'année suivante 
révèlent dans Jean-Louis de Montjoie un grand esprit d'indépen- 
dance, des dispositions peu favorables pour la maison d'Autriche, 

(1, Voir le texte de cette investiture aux Pièces justificatives, n° 3. Nous ne don- 
nerons pn< celui des autres investiture*, qui ne sont que ta répétition de celle-ci. 
(2; Voir aux Pièces justificatives le n° 4. 



qui ne ménagea aucun moyen pour l'attacher à son service. On 
voit aussi que les forteresses de Glère cl de Mou ij oie avec leurs 
dépendances ne passèrent sous la suzeraineté des princes autri- 
chiens que de 1412 à 1439, non-seulement comme fiefs mascu- 
lins, mais encore comme féminins, ce qui fut un grand avantage 
pour la famille de Monljoie. C'est sans nul doute à l'époque de la 
réunion définitive de cette buronie à l'empire d'Allemagne, c'est- 
à-dire quelques années avant le milieu du xv siècle , qu'il faut 
rapporter la ligne de séparation du Sundgaw avec le comté de 
Bourgogne. Elle consistait dans un fossé semblable à celui dit le 
Latulgraben, entre Colmar et Schélesladt, pour. délimiter la haute 
et la basse Alsace. Ce fossé , dont on voit encore les vestiges à la 
limite du territoire d'Indevillers et de celui des villages bourgui- 
gnons des Plains Grands-Essarls et Courtefonlaiuc , traversait en 
ligne direcle le plateau dans toute sa largeur, et correspondait 
avec la plus grande précision à la grosse pierre borne qui existe 
encore sur la rive gauche du Doubs , à moius de deux kilomètres 
plus bas que la forteresse, dans la vallée de Monljoie C 1 ). Celle-ci 
se peuplait lentement , car vers le milieu du xv e siècle (4447), 
Jean-Louis de Thuillières-Montjoie se plaint amèrement à Frédé- 
ric Zé-Rhein, évèque de Bàle, de ce qu'il reçoit sur ses terres des 
habitantsqui désertent les siennes. Un grave différend" s'était élevé 
entre eux à ce sujet, mais une transaction le termina. Le baron 
de Monljoie consentit que ses sujets des deux sexes s'établissent 
sans nul empêchement dans la principauté de Bàle. Nous avons 
dit comment il racheta la rente de 120 florins vendue par feu son 
oncle Jean de Montjoie à Guillaume de Massevaux ; il la revendit 
pour le même prix à Henri Varnoy , bailli de Rochedor, du con- 
sentement de l'évêque de Bàle. L'année suivante (1448), Jean 
de Saint- Priest de Monlfaucon ravagea les terres de Montjoie ; 
mais le baron Jean-Louis le fil prisonnier et le remit en liberté 
après que Guillaume de Tournon et de Beauchàlci , Guy et 
Léonard de Saint-Priest et de Saint-Chamon , se furent portés 
cautions pour lui (8 juin). 

Nos généalogistes donnent pour épouse à Jean -Louis de 
Thuillières, baron de Montjoie, les uns Isabelle de Thuillières, 

(1) Il sufllt d'avoir vu les restes de ce fossé, dans l'enclos dit des Terreaux, pour 
être convaincu qu'il n u pu servir d'enceinte ni à un camp ni à une forteresse. 



Digitized by Google 



- 43 - 

les autres une Isabelle de Tilleux (*). Pour nous, nous pensons, 
avec le généalogiste de Bemircmont , qu'il épousa Guillemetle de 
Montjoie ou , en toul cas , une nièce de Jean I" de Monljoie. 
Nous ne reviendrons pas sur les preuves irréfragables de noire 
opinion. Il eul cinq enfants, trois garçons et deux filles : Dié- 
trich^), Etienne, marié à N..., et Guillaume, mort sans alliauce. 
Une des filles épousa Jacques de Blamont en Lorraine. Après 
avoir testé le 24 septembre 4452 , il mourut en 4454 , au mois 
de décembre. Le 42 juillet 4451 , il avait assisté au contrat de 
mariage de son fils Diétrich avec Marie , fille d'Arberg , sire de 
Valengin , et lui avait donné les seigneuries de Montjoie , Gière 
et Moron. Jean d'Arberg, de son côté, donna à sa iillc 4,400 
florins du Rhin ( 3 ) assignés sur la seigneurie de Valengin , avec 
JO °/ 0 d'intérêt pour les paiements non effectués, selon la cou- 
tume usitée entre les nobles au comté de Bourgogne. Il s'enga- 
gea à habiller sa fille bien et honnêtement , tandis que l'époux 
(levait Yenjoailler scion son état et chevance, et lui assigner, s'il 
y avait lieu , 400 florins du Rhin sur la terre de Montjoie. 

Aussitôt après la mort de son père, Didier 1 er (*) de Mont- 
joie reçut l'investiture de l'archiduc Albert II , qui la donna tant 
pour lui que pour son frère le roi des Romains et leur cousiu 
Sigismond. Elle comprit les fiefs dépendants du comté de Fer- 
relle et de la seigneurie de Belforl, avec celte clause, que par 
une grâce spéciale ils seraient possédés même par les filles. Didier 
de Monljoic s'obligea par celle lettre à tenir en lout temps ses 
forteresses ouvertes pour les princes d'Autriche , de les y laisser 
séjourner et en sortir à leur volonlé, mais sans supporter aucune 
dépense. Il s'engagea encore ù suivre ses suzerains, après réqui- 
sition, avec trenle cavaliers, appelés en allemand Glénien , à 50 
lieues à l'enlour, mais à leurs frais cl dépens, contre lous, à l'ex- 
ceptiou des ducs de Bourgogne , de Lorraine, des comtes de Va- 

(1) Ttlleux, hameau de la commune de Certilleux, canton de Neuehâleau (Vosges). 
Cette Isabelle de Thuiltières ou de Tilleux aurait-elle été la nièce de Jean de 
Montjoie? Nous ( ignorons. 

(î) Diétrich, nom allemand qui veut dire en français Didier et Thierri. 

(3) Le florin du Rhin valait au xv e siècle 85 centimes de la monnaie actuelle. 

(4) Le bénédictin Bucelin a commencé la généalogie des Thuillières-Montjoio 
par Diétrich ou Didier. Le sceau de ce seigneur, appendu à un acte de vente à 
Granvillars, en 1448, a pour timbre un chien couché sur la partie dextre de l'écu, 
et pour suppôt un autre chien au côté scuestre. 



Digitized by Google 



- 44 - 

lengin , de Neuchalel en Suisse , de Thiébaud de Neuchatel- 
Bourgogne èt de ses fils , enfin de ses propres parenls. 

Après avoir guerroyé pendant quelque temps avec Georges de 
Badcn , évéque de Metz , nous ne savons à quel sujet , Didier de 
Montjoie porta secours à Albrecht, duc de Bavière, évéque de 
Strasbourg, qui revendiquait les biens de son Eglise contre les 
bourgeois de celle ville el avait de graves difficultés avec le duc 
de Savoie. Elles étaient occasionnées par les plaintes de quelques 
marchands savoyards, qui avaient été dépouillés à leur retour 
de la foire de Strasbourg, tandis que, d'un autre côté, des Stras- 
bourgeois avaient été volés en s'en revenant de celle de Genève. 

L'accroissement de la population marchait bien lentement dans 
les montagnes de Montjoie et de l'évéché de Bàle , puisque Didier 
de Montjoie (4457) renouvela avec Rolberg, évéque de Bàle, 
la convention faite entre son père et le prédécesseur de ce prélat 
dix ans auparavant. Le 47 juin 1462, il reçoit l'hommage de 
Jacques Hennequin de Rambevaux , écuyer, pour tous ses biens 
situés à Bremoncourl; monsieur Amez, fils d'Etienne de Thuil- 
lières, el Jean bâtard de Thuillières, châtelain de Montjoie, furent 
témoins de cet acte. Jusqu'alors on ne voit pas que les serfs de 
la baronie de ce nom aient possédé aucune propriété, mais les 
acensements de terrains commencèrent à y créer des propriétaires 
un peu après le milieu du xv« siècle. En 4462, aux fêtes de la 
Pentecôte, Didier acensa à un Simon Frézard, de Ccmiévillers, la 
quatrième partie de la Joux dite la Malnuit, avec réserve de loule 
justice, la chasse, les épaves, ladimeà la dixième gerbe, d'un cens 
de deux bons florins d'or à la valeur de 23 sols bàlois et 4 deniers 
pour chaque florin, et un bon gros fromage de douze livres, payables 
et livrables à chacune Saint-Martin d'hiver, d'une rente de deux 
gros chapons ou de trois sols bàlois pour chaque maison qu'on 
construirait en ce lieu , des lods à un sol bàlois par 40 , el enfin 
le consentement du seigneur pour l'aliénation des terres en ladite 
Joux ; telle est l'origine du hameau dit les Bois de Montjoie. Un 
quart de la même Joux fut acensé, le 44 mars 4465, à un Ro- 
berty de Présallay, à des conditions semblables à celles exprimées 
dans les acensements du Plain dit le Champ-du-Doubs, et des 
bois d'Indevillcrs en 1485 el 4505. Il n'y eut d'affranchissements 
réels dans la seigneurie de Monljoie qu'au milieu du xvi e siècle: 
celui du meix Pahon, en 4555, est le premier qui soit connu. 



- 43 - 

Le 44 décembre 4474 , Jean de Venningen, évéque de Baie , 
éeril à Didier de Thuillièrcs qu'il relient des biens et des cens 
qui relèvent des propriétés de l'Eglise de Bàle ; que lui Didier 
n'en jouit ni à titre héréditaire ni à litre de possession légitime , 
puisque les sires de Montjoie, en leur qualité de vassaux-nés de 
l'Eglise de Bàle, ont possédé ces biens à litre de /frfmd/e, et qu'étant 
morts sans laisser d'héritiers mâles de leurs armes, de leur nom ni 
de leur famille, ces biens sont revenus à l'évêché de Bàle. En con- 
séquence, le prélat invile Didier à laisser rentrer son Eglise dans 
la possession de ces biens ; faule de quoi, il se verra obligé d'aviser 
aux moyens de sauvegarder ses droits. Les biens dont il est ici ques- 
tion sont les bois silués sous la ville des Pommerais , apparte- 
nant au fief castrai de Porrentruy , une parlie des champs et prés 
tenus par les habitants des Pommerais , le quart des dîmes de 
Bisel, de celles de Friessen, d'Hirsingen, de Grenlzingen 
(Haut- Rhin) , et un chèsal dans la ville de Porrentruy. Didier 
ne déféra pas à l'invitation de son suzerain , puisque son fils 
Etienne fut traduit, le 44 juillet 4494, devant l'offiL'ialité de Bàle, 
pour la même cause, qui occasionna de nouveaux débats enlre 
Jean-Nicolas et Jean-Louis de Thuillièrcs, autres fils de Didier, 
et lévèque Zé-Rhein, en 4490. Une transaction y mit fin le 
27 octobre de celle année. Les Montjoie avaieut négligé le devoir 
de fief envers l'archiduc Sigismond , puisque ce prince fit main- 
mise sur leur seigneurie en 4470 et la donna à Jean, comte 
d'Eberslein. Celte donation, comme nous le verrons, fut rappor- 
tée dans la suite. 

Didier I er de Montjoie était mort avant 4494 , laissant trois 
fils et deux filles. Les premiers portèrent les noms d'Etienne , 
écuyerW, de Jean Louis, seigneur de Montjoie et Hardemont, 
à qui le duc de Lorraine René donna la tour de Valfroicourt , et 
de Jean-Nicolas. Les filles s'appelaient Caroline et Jacobée. Ca- 
roline de Thuillièrcs, fille de feu Didier, jadis sire- de Montjoie et 
de Heymersdorf, femme de noble Guillaume de Maigly, sire dudit 
lieu elde Chargey, cède du consentement de son mari à ses frères 
Nicolas el Jean Louis de Thuillièrcs , pour eux et les enfants de 
fou leur frère Elienue, lout son droit, part el partage dans les 

0) Le sceau d'Etienne de Montjoie, en cire verte, pendant à un acte de 148Î, 
Préstnle l'écu de sa famille, timbré d'un casque. 



- 46 - 

biens de ses pèreet mère, Didier de Thuillières cl Marie d'Arberg, 
moyennant une somme de 1,000 francs, qui lui sont comptés 
(26 mai M94). Sa sœur Jacobée de Thuillières vend à son tour 
(5 mai 4505) à son frère Nicolas tous les biens meubles et 
immeubles qui lui sont échus de la succession paternelle et ma- 
ternelle dans les seigneuries de Montjoie, Moron et Heymersdorf. 

La maison de Montjoie acquit plusieurs vassaux pendant la 
dernière moitié du xv e siècle : les Vandeloncourt (1451 ); les 
Déchaux (1480); les Desbois (1483); enfin les Tavunnes (4487). 

Etienne et Nicolas de Thuillières-Montjoie furent la tige de 
deux branches de leur maison qui prirent les noms d'Heymers- 
torf et de Froberg , ou simplement de Montjoie : nous les ferons 
connaître successivement. 



ized by Google 



■ 



CHAPITRE IV. 



Branche des Thuillières-Monljoie d'Heymerstorf. — Son origine. — Les barons 
Nicolas Philippe, Nicolas II, Jean-Claude, Jean-Georges, François-Paris. — 
Extinction de celte branche vers 1686. — Branche de Froberg ou de Montjoie. 

— Etienne, Marc, Jean, Jean-Simon, Jean-Georges le Jeune, barons de Froberg. 

— Claudine de Monljoie, morte en odeur de sainteté. — Destruction du château 
et du bourg de Montjoie. — Misère et renouvellement de la population. — Suites 
de la guerre de dix ans. — Entreprises contre l'autorité seigneuriale. — Etat 
de l'industrie dans le val de Montjoie au xvi« et au xvn« siècles. 

La branche des Montjoie dite d'Heymerslorf n'a pas subsislé 
deux siècles; nous rappellerons ce qui la concerne avant de parler 
de celle de Froberg, dont les descendants subsistent encore de 
nos jours. 

Jean-Nicolas, I er du nom, baron de Monljoie, fils de Didier, a 
commencé la branche de sa maison dite d'Heymerslorf; il vivait 
déjà en 1474, époque où il est mentionne dans des litres. Ce 
seigneur apporta un soin tout particulier à l'administration de ses 
domaines. Il parvint à faire rapporter la mainmise que l'archiduc 
Sigismond avait faite sur les terres de Monljoie. La donalion que 
ce prince en avait faite au comte d'Ebcrslcin fut annulée, et une 
nouvelle investiture donnée à Nicolas de Monljoie, le mercredi 
après la féle de sainte Agnès de l'an 1500. On voit par cet acte 
que les villages de Pérouse, Besoncourt, Bauvillers et autres de 
la seigneurie de Belforl, avaient été remis en sous-fiefs à d'autres 
maisons nobles par les barons de Montjoie. Le 46 septembre 
1520, l'empereur Charles V renouvela celle investiture non-seu- 
lement pour Nicolas, mais encore pour ses co-vassaux. Ce sei- 
gneur fui moins heureux dans ses sollicitations du fief de Chau- 
villiers; il ne put l'obtenir de Philippe de Gundelsheim, évéque 
de Bâle. Les acensemeuts le servirent mieux pour faire prospérer 
ses affaires. Dès 4508, il donne en acensement le canlon du 
Sappoîs, dit maintenant Labrechaite, au cens annuel de 8 sols à 



Digitized by Google 



- 48 - 

chaque Sainl-Marlin d'hiver, et moyennant les corvées, la dime 
à la dixième gerbe, les lods, les ventes à (0 sols l'un. Trois ans 
plus lard, de concerl avec Marc de Monljoic, son neveu, il acense 
les montagnes de Glère et de Fuesse moyennant 20 florins d'or, 
h deniers bàlois pour chaque faulx de pré, 20 livres de fromage 
et la dîme à la dixième gerbe sur les terres à défricher. 

Nicolas 1 er de Monljoic épousa, en 1500, Toinetle Radegonde, 
dernier rejeton de la maison de Mercenetle , selon les uns , et 
plus probablement, d'après d'autres généalogistes, Radegonde 
d'Oiselay. Trois enfants sortirent de cette alliance, à savoir deux 
filles : Catherine, mariée à Hitguenin de Saint-Mauris en Mon- 
tagne; «Varie, épouse de Claude de Franqucinonl (déjà veuve, 
elle testa en 1523), et un fils appelé Philippe. Nicolas de Monljoie 
fil partie de la confrérie de Saint-Georges de Rougemont dès 
1504 jusqu'en 1537, époque de sa mort. Son fils Philippe épousa 
en 1530 Marie, baronne dellallstal, qui, selon certains historiens, 
lui apporta en dot le château de Hoën Eguisheim, berceau du 
pape Léon IX, et les villages en dépendant. Deux fils naquirent 
de ce mariage, Frédéric et Nicolas. Ils reçurent eu 1552, avec 
leur cousin Jean 11 de Froberg, l'investiture des fiefs de l evéque 
de Râle. 

Nicolas II e du nom amodia, en 1551, tant pour lui que pour 
Népomucène, fils d'Etienne de Thuillières , son cousin, à Idas- 
Humbert Frézard le quart de ia terre de la Malnuit. Il épousa 
en premières noces Jeanne Dularlre en 1553, et en deuxièmes 
noces Jeanne, comtesse de Mailly, qui ne lui donna point d'en- 
fants. Mais de sa première épouse il eut trois fils : Ferdinand- 
Georges, marié à Jeanne-Catherine de Rheinac; Eustache, lieute- 
nant général des armées de France, et Jean-Claude, qui lui suc- 
céda. Nicolas de Monljoie mourut le 10 décembre 15GG, et fut 
inhumé dans la chapelle des Monljoie à Hirsingen, où est encore 
sa tombe Jean-Claude, son (ils, gouverneur des châteaux et 
villes de Délie et de Relfort, membre de la confrérie de Saint- 
Georges, reçut avec ses eousius, le 7 décembre 1573 et le 8 août 
1579, l'investiture des fiefs de l'église de Bàle, et s'associa avec 
eux pour soutenir les droits de leur famille sur les dîmes du vil- 

(1) Voici l'épilaphc qu'on lit sur cctlc pierre tumnlaire : L'an 4366, le X dé- 
cembre, alla de vie a Irespas messtre Nicolas.. , baro... de Monljoie, à qui Dieu 
pardoine. 



Digitized by Google 



- 49 - 

lage de Fahi. Les princes de la maison d'Autriche renouvelèrent 
aussi à ces seigneurs Pinféodalion de leurs terres avec réversibi- 
lité aux femmes, en 1587 et 1598. Jean-Claude de Monljoie 
épousa en 4586 Anne-Eléonore de Velsperg et Primor, qui lui 
donna seize enfants, parmi lesquels on dislingue Erard, chanoine 
de Constance ; Eusèbe, grand-doyen du haut chapitre de Salzbourg 
et chanoine d'Augsbourg ; Georges, baron de Monljoie, et Jean- 
Georges dit le Vieux, qui continua la lignée. Leur père mourut vers 
1610. Jean-Georges dit le Vieux, qui du côté de sa mère porta 
le titre de baron de Velsperg et Primor, était bailli des seigneuries 
de Délie et de Belfort. Honoré de la charge de camérier de l'ar- 
chevêque de Salzbourg, il fut encore gouverneur de Raschem- 
bourg. De concert avec sa mère et son oncle Georges de Thuil- 
lières , comme tuteur des enfants de Jean-Simon de Monljoie, il 
soutint le procès intenté à sa maison à l'occasion des dîmes de 
Fahi. Le plus ancien membre de la famille de Monljoie recevait 
ou requérait l'investiture de ses fiefs tant en sou nom qu'en celui 
de ses parents co-vassaux, à chaque changement de suzerain ou 
à la mort de celui gui portait le fief auparavant. Aussi le baron 
Jean-Georges reçut-il pour lui et ses co-vassaux l'iuvestilure des 
fiefs dépendant de l'Eglise de Baie , de l'évêque Rhine de Bal- 
denstein (1614), d'Henri d'Ostein (1620), et après la mort de ce 
dernier, il la requit de son successeur. L'empereur Maximilien, 
de son côté, lui avait donné eu 161 4 et 1623 l'investiture des 
terres impériales tenues par la famille de Monljoie. Jean-Georges 
intervint avec son frère et ses parents dans l'accord fait le 8 no- 
vembre 1623 entre l'évêque deBàle et le prévôt de Sainl-Ursanne 
pour la délimitation de leurs seigneuries respectives dans le clos 
du Doubs (*). Le baron Jean-Georges épousa en premières noces 
une comtesse de Rechherg( s ), et en deuxièmes Jacobée, comtesse 
de Kiembourg, nièce de l'évêque de Kiamsée, dont il eut deux 
fils, François -Paris et François-Joseph, el irois filles, Françoise- 
Henriette, dame sourière de Rerairemout ( 8 ) ; Joséphine, épouse de 

(1) On appelle clos du Doubs le territoire renfermé dans le circuit de cette rivière 
depuis sa parlie supérieure à Saint-Ursanne jusqu'à Bremoncourt. 

(2) Elle était de la même famille que le ministre actuel des affaires étrangères 
de l'empire d'Autriche. 

(3) Sonrière, dignité à laquelle était attachée l'administration et la recette des 
droits seigneuriaux. 

4 



Digitized by Google 



- 50 - 

son cousin Didier II, de la branche de Froberg, et Marie-Anne, 
mariée au comte de Monckenlhall, grand- maréchal du duc de 
Bavière. Jean Georges de Thuillières mourutavant le 1 er décembre 
4648. Son fils François-Joseph vécut très peu de temps. Son frère 
François-Paris et ses parents reprirent de fief successivement des 
évéques de Bàle Béat-Albert de Rameslein, Jean-François de 
Schoeneau en 4649 et 4652, et Jean-Conrad de Roggenbach 
en 4657. François-Paris de Monljoie épousa en 4 680 sa cousine 
Jeanne-Ursule, de la branche de Froberg, dont il n'eut point 
d'enfants, et mourut lui même avant 4686. Par là, la branche de 
Montjoie dite de Heymerslorf se trouva éteinte. L'histoire n'a 
conservé, en quelque sorte, que le souvenir des seigneurs qui la 
formèrent et des hautes alliances qu'ils contractèrent. Nous allons 
voir non moins d'illustration dans la branche de Froberg, dont 
les seigneurs ont une biographie mieux connue et plus intéres- 
sante. 

Etienne de Thuillières, sire de Moron, frère de Nicolas, fut le 
chef de la branche de Froberg, c'est-à-dire de Montjoie sans addi- 
tion. Il conclut, le 6 avril 4506, un traité avec Jean-Louis de 
Chalon, son cousin, chargé, pour Marie de Bourgogne, du gouver- 
nement de la Franche-Comté au nom du roi de France Louis XL 
Selon toutes probabilités, l'objet de celle convenlion fut de mettre 
le baron de Mouljoie dans le parti français; mais il s'en détacha 
bientôt avec la noblesse comtoise. Il épousa en 4500 Catherine 
d'Haraucourt, et mourut au plus tard vers 4540, laissant deux 
fils, Népomucène et Marc. Celui-ci, baron de Montjoie, Moron, 
Heymersdorf, se maria en 4532 avec Jeanne de Monlmarlin, 
dont il eut quatre enfants : Claudine, mariée en premières noces 
à Georges d'Asuèl, et en deuxièmes à Guillaume de Grammont, 
sire de Vezet, décédée avant 4574 ; Didier, époux de Guillemelle 
de Viry, morts tous les deux sans postérité, de 4580 à 4587, 
inhumés dans la chapelle de Montjoie, où l'on voit encore leur 
tombe; Tltéodore, selon quelques généalogistes, mais qui parait 
avoir été le même personnage que Didier, et enfin Jean W du 
nom, baron de Monljoie, Moron, Grône, Heymersdorf. Son père 
n'exislail plus en 4554, car, le 4 février 4552, il reçul avec ses 
cousins fils de Nicolas I er , de l'évéque de Bàle Philippe de Gun- 
delsheim, l'inveslilure des fiefs d'Hirsingen, Heymersdorf, Bisel, 
Seppoi3, Freissen, Grenlzingeu, Oberdorf, Niderdof, Valtigophcn, 



- 51 - 

Henflingen , et on chésal à Porrenlruy. Jeanne de Montmarlin 
vivait eucore en 4571, puisque Meichior de Liechlenfelds, évéque 
de Bàle, ralifla la donation qu'elle fil à Antoine de Grammont, 
son cousin, sire de Gisaus, de la dimc de Fuhi et d'autres biens 
dont elle avait hérité de sa fille Claudine (44 juin 4574). Le 
45 novembre suivant, le même prélat renouvela l'investiture aux 
barons de Monijoie, ce que fit de son côté l'archiduc Ferdinand 
en 4572, pour les terres et fiefs qu'ils tenaient de l'empire et 
dont ils firent l'aveu et le dénombrement. Ces seigneurs étaient 
alors gênés dans leurs finances, car ils engagèrent à Jacques 
Respinger, bourgeois de Bàle, le quart des dîmes de la paroisse 
de Grentzingen pour 440 marcs d'argent. 

Jean II de Monijoie s'allia en 4569 à Perronne, fille du comte 
Michel de Viry, et de Pauline, comtesse de Vergy, fille de Guil- 
laume IV de Vergy, comte de Champlilte, et d'Anne de Roche- 
chouart. Pauline de Vergy mourut le 40 janvier 4575, au château 
de Monijoie, chez son gendre, qui trépassa lui-même dans le 
coure de l'année 4578, puisque le 7 décembre de celle année 
l'évéque Liechlenfelds donna l'investiture a deux des fils de 
Jean II, Michel et Siméon, ainsi qu'à leur oncle Didier. Le 
25 aoùl de l'année suivante, Jacques-Christophe Blazer, nouvel 
évéque de Bàle, renouvela l'investiture aux mêmes personnages, 
mais sous la réserve expresse que les dîmes engagées par leur 
père, et que Didier refusait de dégager, fussent assurées et 
ne risquassent pas de se perdre au préjudice de l'Eglise de 
Bàle. 

Avec Michel et Siméon, Jean II de Monijoie laissa encore un 
fils appelé Jean-Simon, et deux filles, Jeanne, et Claudine qui 
mourut en odeur de sainteté. Les abondantes aumônes de Clau- 
dine sont devenues l'objet d'une pieuse légende qui s'est transmise 
jusqu'à nos jours. Celle charilable lille était la providence vivante 
des pauvres de la contrée; ils accouraient en foule aux portes du 
château, et plus d'une fois la maison seigneuriale se trouva sans 
provisions alimentaires. Sa générosité inépuisable atlire d'abord à 
Claudine des représentations douces el tendres, bientôt suivies de 
réprimandes sévères de la part de ses parenls. Elles ne fonl point 
tarir sa charité. Certain jour, le baron rencontre sa fille qui des- 
cendait au bourg : elle portail aux pauvres des morceaux de pain 
dans son tablier. Son père, qui soupçonne quelque charilable 



Digitized by Google 



- 52 - 

larcin, veut voir ce qu'il contient; mais, ô merveille ! aussitôt que 
la fille déploie son tablier, un tas de belles roses s'offre aux re- 
gards du père élonné! Il reconnaît l'approbation manifeste du 
Ciel aux aumônes de sa fille, et ne met plus d'entraves aux bien- 
faits de sa charité. Claudine mourut en odeur de sainteté et fut 
inhumée dans la chapelle de Montjoie. Son corps, dont les chairs 
sont conservées sans corruption, repose dans une châsse placée 
dans la muraille, à droite de la nef. On voit aussi dans cette cha- 
pelle un tableau peint à l'huile représentant sainte Claudine avec 
une rose à la main gauche , et donnant de la droite un morceau 
de pain à une vieille femme accompagnée d'un petit enfant. Ce 
monument confirme la vérité de la légende, non moins que la 
sainteté de Claudine, dont les restes mortels sont visités depuis 
bientôt trois cents ans par de nombreux pèlerins. Ainsi Claudine 
de Montjoie vérifie-t-elle celte parole du prophète : « Le juste 
» qui compatit aux malheureux et les soulage dans leurs besoins 
» vivra éternellement dans le souvenir des hommes. » 

Jean-Simon, baron de Moron, sire de Montjoie, Grône, Hey- 
mcrsdorf, Bruébach, était devenu, après la mort de son père, le 
chef de sa famille. Elle continuait à éprouver le besoin d'argent, 
car, le 18 mars 4597, il engagea pour six années les dîmes de 
la paroisse de Grenlzingen à Léonard Respinger, marchand à Bàle, 
pour la somme de 'lOO florins. La part que prirent les seigneurs 
de Montjoie aux guerres de la fin du xvi° siècle, les procès qu'ils 
eurent à soutenir alors pour la conservation de quelques-uns de 
leurs droits féodaux, leur occasionnèrent de grandes dépenses. 
Jean Guyot, prévôt de Délie, et d'autres prétendants leur dispu- 
taient vivement la dime de Fahi, près Porrcntruy. Jean-Simon de 
Montjoie et son cousin Jean-Claude d'Heymerstorf passèrent pro- 
curation, le 5 juillet 4595, à François Godin, châtelain de Mont- 
joie, à l'effet de soutenir leur propriété de celle dime. 

Le baron Jean-Simon épousa en 1591 Ursule de Rheinac, fille 
de Nicolas de Rheinac, gouverneur d'Altkirch. Elle lui donna 
trois fils et une fille. Deux de ces garçons furent tués à la guerre, 
Jean-Paul à la bataille d'Ascliaffen bourg, et Ambroise en Italie. 
Jean-Georges et sa sœur Ursule, qui leur survécurent, étaient 
jeunes encore à la mort de leur père, arrivée au commencement 
de 1610. Ils eurent pour tuteur Ferdinand-Georges, de la branche 
d'Heymcrstorf, qui aussitôt prit en main leurs inléréls, par le 



Digitized by 



- 53 - 

fait du notaire Jean Jacquelin, bourgeois de Porrentruy, dans le 
procès des dîmes de Fahi. Ursule de Montjoie devint l'épouse du 
baron deDaog. Quant à Jean-Georges dit le Jeune, baron de Mont* 
joie, son frère, revêtu à Inspruck, en 4624 1 de la dignité de grand- 
chambellan de l'archiduc Léopold d'Autriche, il se maria en 4634 
avec Marie Françoise, fille de son tuteur Ferdinand-Georges. Dès 
le 44 mai, il avait reçu, tant pour lui que pour ses parents, l'in- 
vestiture des fiefs de l'Eglise de Baie de l'évéque Guillaume Rhine 
de Baldenslein, que ses successeurs renouvelèrent, comme nous 
l'avons dit ci-devant. 

Jean-Georges, chef de la maison de Montjoie, eut à subir les 
tristes effets de la guerre de dix ans, et vil la destruction de sa 
forteresse et de son bourg. Dès le 22 mars 4634, le rhingrave 
Otto Louis, général des Suédois, après avoir défait les troupes du 
marquis de Bade, allié du duc de Lorraine, qui soutenait les Es- 
pagnols, arriva bientôt sur les frontières de la Franche-Comté et 
somma le baron de Montjoie de lui livrer passage, sous peine 
d'être traité en ennemi. Le baron en réfère aux gouverneurs du 
comté de Bourgogne, ainsi qu'au marquis deConflans, et réclame 
leur secours, sans quoi, disait-il, il ne pouvait se défendre et était 
contraint d'accepter la protection de la France, qui lui était offerte. 
Le marquis lui répond sur-le-champ qu'il n'a rien à craindre, 
puisqu'il est placé sous l'égide de l'empereur; que si le rhingrave 
attaque les montagnes, il a 40,000 hommes de milice et des mon- 
tagnards armés pour voler à son secours. Celte réponse encourage 
le baron de Montjoie, qui, comprenant que la défense des mon- 
tagnes lui appartient, envoie au rhingrave la réponse du marquis 
et lui refuse le passage. Otto-Louis n'ose s'avancer plus loin. Le 
baron de Montjoie est moins heureux Tannée suivante. Le maré- 
chal de la Force, commandant un corps français de 4 2,000 hommes, 
vient camper à la fin de mai 4 635 sous le château de Montjoie. 
Saint-Belmont, capitaine lorrain, s'était jeté dans la forteresse, 
dont l'assise sur un roc élevé au milieu d'une vallée profonde 
était la meilleure défense. Une sommation esl signifiée à Saiut- 
Belmonl, et il refuse de se rendre. Pour attaquer la forteresse 
avec avantage, le maréchal avait à loger son canon sur un tertre 
incliné de l'autre côté du ravin, au couchant; mais pour y arri- 
ver, il n'y avait qu'un chemin dans l'étroit espace de cette cou- 
pure, au pied même des murs du château. Saint-Belmont tuait à 



- 5-4 - 

coups de mousquet les bœufs et les chevaux attelés pour monter 
les canons; et tant qu'il eut des munitions, jamais l'ennemi ne 
put occuper avec son artillerie le point dominant la forteresse. 
Quand la poudre vint à manquer, le capitaine lorrain ne se rendit 
pas encore : il subit plusieurs volées de canon et ne capitula 
qu'après que la brèche fut praticable, après plus de trois semaines 
d'une honorable défense. Les vainqueurs firent sauter les tours 
et les murailles du château, en brûlèrent les maisons, ainsi que 
celles du bourg; la chapelle seule fut épargnée, et ses murailles, 
rougies par le feu à l'extérieur, attestent encore de nos jours l'in- 
tensité de l'incendie. 

La chapelle de Montjoie remonte à l'époque de la transition du 
style romau au gothique, et son architecture annonce la seconde 
moitié du xu 6 siècle plutôt que la première. Cet édifice comprend 
trois travées; les voûtes et les deux croisées ouvertes au sud-ouest 
pour éclairer les deux premières sont ogivales à tiers points. Des 
colonneltes rondes, d'un mètre de hauteur, d'un diamètre de 
deux décimètres, avec chapiteaux et bases sans sculptures, enga- 
gées dans les murailles, supportent les nervures des voûtes, qui 
sont pentagones. La troisième fenêtre , qui éclaire la dernière 
travée, très étroite et à arcade aiguë, fait voir qu'elle a été 
surajoutée aux deux premières au xiv» siècle ( il n'y en a point 
au nord-est , car la muraille de la chapelle est appuyée contre 
la montague ) ; sa voùle est à plein cintre , ce qui nous fait 
croire qu'elle aurait élé restaurée dans les premières années du 
xvin« siècle, en même temps que la façade occidentale de l'édi- 
fice, comme l'indique le millésime de 4736, qu'on lit sur le 
manteau de la porte d'entrée. Une grande fenêtre ogivale existait 
au chevet , mais elle a été murée. Un vaste caveau voûté servant 
à la sépulture des seigneurs de Montjoie existe sous le pavé de 
la chapelle, qui ne présente plus que deux pierres tumulaires 
bien conservées et portant des inscriptions. Si on y voit encore 
d'autres débris de tombes, elles ne présentent que divers signes 
hiéroglyphiques gravés en creux, tels que -croix, ancres, instru- 
ments de la Passion de Notre Seigneur en partie mutilés. Ces 
restes informes servent à faire connaître les ornements des 
tombes au xm* et au xrv* siècle. La chapelle de Montjoie est 
entretenue dans un étal de décence et de propreté qui permet 
à M. le curé de Vaufrey d'y célébrer la sainte messe. On y voit 



Digitized by Google 



- 53 - 

dans le chœur, du côté de l'épitre, une slalue colossale de saiut 
Christophe, protecteur des voyageurs; elle est eu bois peint de 
diverses couleurs. Le saint est debout , avec des traits quelque 
peu rébarbatifs, appuyé de ses deux mains sur un énorme bâton, 
paraissant se reposer et tout à la fois prêt à marcher. Il est re- 
produit , il faut l'avouer, tel que notre aimable et spirituel com- 
patriote M. X. Marmier l'a dépeint dans une légende à l'occasion 
du culte qui lui est rendu dans la chapelle de la montagne de 
l'Alberg, sur les limites du Tyrol et du VorarlbergO). Nous ne 
croyons pas nous éloigner de la vérité en avançant que la dévo- 
tion à saint Christophe a été importée dans le val de Monljoie 
par les Tyroliens qui y furent appelés et s'y établirent dans la 
seconde moitié du xvu e siècle. 

Après la destruction de sa forteresse, le baron Jean-Georges 
habita sa maison de plaisance de Vaufrey et transporta le siège 
de la justice seigneuriale à Indevillers. Il présenta l'aveu et le dé- 
nombrement de ses seigneuries et de celles des autres membres 
de sa famille à la chambre royale de Brisach. Il mourut à la fin de 
4659 ou au commencement de4G60. La guerre, la famine et les 
maladies épidémiques avaient moissonné presque tous les habitants 
de la baronie de Monljoie; il les remplaça par de nouveaux colons 
tirés de l'Alsace, de la Suisse, du Tyrol et de quelques contrées 
de l'Allemagne. Le type de cette nouvelle population fut la sim- 
plicité accompagnée de la dureté allemande ; mais à des mœurs 
humbles, elle réunissait une rare énergie de caractère (*). L'accent 
particulier du langage des Terroliers ( 8 ) se conserve encore de 
nos jours; mais depuis uu demi-siècle, leurs habitudes se con- 
fondent avec celles de la grande famille française. Peuple et sei- 
gneur étaient réduits alors à la misère. Le collège des Jésuites de 
Porrentruy, qui possédait des terres considérables à Monlancy 

(i) Voyez le feuilleton curieux et intéressant du journal le Nouvelliste. 

(3) En 1789, Vaufrey possédait des registres de l'état civil remontant à la An du 
xvi e siècle; ceux d'Indevillers dataient seulement du xvn« siècle. Maintenant on 
ne trouve plus à Vaufrey que les registres des naissances de la dernière moitié 
du xvm* siècle. 

Les noms de famille les plus anciens de la baronie de Monljoie sont ceux des 
Caffotz, Delphis, Dubail, Vurpillat, Berthod, Breschet, Brisechoux, Garnichet, 
Choflat, Buessard, Voisard, Fiérobe, etc., etc. 

(3) Terroliert. nom donné aux habitants de la seigneurie de Monljoie, appelée 
vulgairement la Terrote. 



- Sfl - 

et à Indeviliers, les vendit à vil prix vers 4640. La veuve du 
baron Jean-Georges était débitrice de sommes considérables à cet 
établissement; elle Ini abandonna des propriétés en paiement 
après la mort de son mari. Celui-ci, pour attirer de nouveaux 
cultivateurs, avait dû, quoique obéré, reculer l'exigence de la 
dime à la onzième gerbe. Deux ans après sa mort, les tuteurs de 
ses enfants en bas âge la rétablissent sur l'ancien pied, c'est-à-dire 
à la sixième gerbe (1662). Dès l'année suivante, les habitants ré- 
clament, suppliant qu'on la laisse encore pendant quelques années 
à la réduction faite après les guerres, et se soumettent pour cêla 
à payer au seigneur une indemnité pécuniaire. Ils ne sont pas 
écoutés. L'esprit de révolte contre l'autorité seigneuriale éclate 
alors et se traduit, pendant l'espace d'un siècle (1680 à 4780), 
en actes les plus blâmables. A quoi bon en exhumer ici le souve- 
nir et en retracer le sombre tableau (*)? A Hirsingen comme dans 
le val de Monljoie, les droits féodaux sont attaqués tantôt en 
masse, tantôt isolément. Aux yeux des serfs , ils ne sont que la 
plus inique. des usurpations. Aujourd'hui ils refusent de payer la 
dlme, demain d'acquitter les corvées ou d'autres redevances 
payées au seigneur de temps immémorial. Souvent ils pénètrent 
dans ses forêts la hache à la main, et comme à leur gré le fer ne 
les détruit pas assez promptement, ils y joignent le feu, comme 
l'élément le plus efficace pour les anéantir. Le seigneur les traduit 
devant les tribunaux, et de leur côté ils y traduisent le seigneur, 
attaquant ses droits de propriété les mieux établis, lui disputant 
jusqu'au mode de jouissance de ses biens, et pendant qu'on plaide, 
ils se livrent à des voies de fait peu conformes à la civilisation. 
Quand, sans parler des sentences rendues par le bailliage de 
Monljoie, on compte vingt-deux arrêts du conseil souverain de 
Colmar, quatre ordonnances de l'intendant d'Alsace, trois déci- 
sions du conseil d'Etat, dans les procès des communes de la sei- 
gneurie de Monljoie avec le seigneur, on se fera difficilement une 
juste idée du chiffre des dépenses énormes occasionnées aux deux 
parties, et des frais qui retombèrent sur les populations, qui 
succombèrent devant toutes les juridictions. Combien, dans leur 
propre intérêt, elles auraient bien fait de se tenir en garde contre 

(1) Voyez les Mémoires publiés à l'occasion des procès entre les comtes de 
Montjoie et leurs serfs, pendant ce laps de temps. 



Digitized by Google 



- 57 - 

les mauvais conseils et l'effervescence que des agitateurs tra- 
vaillaient à soulever et à entretenir parmi elles ! 

Louis XIV, craignant d'être contrarié par l'empereur d'Alle- 
magne dans ses projets de conquête de la Franche-Comté et de 
la Hollande , faisait travailler à la fortification de Belfort et des 
rives gauches du Rhin. Le baron de Montjoie dut envoyer trente 
ouvriers coopérer à ces travaux (mai 4668). On leur avait promis 
un salaire de 10 sols par jour, et à peine si on leur en payait 
k tous les quinze jours!... Depuis dix ans, 420 chefs de famille 
de la baronie fournissaient chaque année 400 sacs d'avoine, 
4,000 rations de foin et de paille au magasin de Belfort, 24 
setiers d'avoine à celui d'Huningue , et une somme de 900 fr. 
pour la pension des officiers. Ces corvées et ces fournitures, la 
levée des deniers royaux, n'étaient guère propres à contenter une 
population pauvre, qui payait déjà malgré elle les droits sei- 
gneuriaux. Aussi de tous côtés n'entendait-on que plaintes et mur- 
mures !.. 

Au xvn* siècle , il n'y avait presque point d'industrie dans la 
terre de Montjoie. A part les moulins Jeannotat sous les bois de la 
joux de la Malnuit, ceux de Bremoncourt , de Glère , de Vaufrcy 
et de Monljoie , on n'y voyait d'autres établissements industriels 
qu'une verrerie à la Caborde, commune d'Indevillers, une forge 
et une teinturerie à Fuesse, et uue tuilerie à Vaufrey. Les froma- 
geries n'y existaient qu'en germe, puisqu'on nommait bon gros un 
fromage de douze livres. Le commerce n'y était guère plus prospère. 
Cependant les foires de Vaufrey , les 42 mai et 8 septembre, et 
d'Indevillers, du 25 septembre , existaient déjà à celte époque. La 
vente du bétail en était le principal objet (*). Au siècle suivant, 
l'exploitation des forêts et le flottage du bois sur le Doubs pour 
l'approvisionnement delà villede Besançon, amenèrent quelque peu 
de vie dans ces gorges solitaires (2). Aussi les communautés, res- 
tées indifférentes jusque-là à la création et à l'entretien de la via- 

* 

(1) La foire du lundi de Pâques, à Indevillers, est d'une institution plus récente. 
Au xviii» siècle, le blé se vendait dans cette conlréo 3 livres la quarte, l'orge 
S livres, et le boige 80 sols. 

(2) Les morts tragiques occasionnées par l'industrie forestière furent assez 
nombreuses. Parmi les hommes qui s'y adonnaient, les uns furent écrasés par la 
chute des arbres, les autres tombèrent en bas des rochers ; il y en eut qui se 
noyèrent dans le Doubs. 



Digitized by LjOOQle 



- 58 - 

bililé, se mirent enfin en devoir d'établir des chemins publies. Elles 
se partagèrent en effet en quatre sections , de Vaufrey, de Glèrc, 
de Bremoncourl et d'Indevillers. Ce village et celui de Vaufrey 
possédèrent dès le xvi« siècle des ermitages habités par des pré- 
Ires disciples de saint Paul, premier ermite. LcR. P. PaulTruche 
desservait celui de Vaufrey , et Abraham sou frère celui d'Inde- 
villers; ils étaient originaires de Saint-Germain, dans la terre de 
Nanlua. L'ermite d'Indevillers tenait un pensionnat de jeunes 
garçons ; son habitation existait en partie sous un rocher et en 
partie en dehors de celle grotte. La chapelle était dédiée à saint 
Antide, évéque de Besançon , et avait une statue de Notre-Dame 
des Sept-Douleurs. A la féte de saint Antide les paroisses voisines 
se rendaient en procession à l'ermitage. Il a élé détruit par un 
incendie, et en 4791 le jardin et les terres adjacentes furent 
vendus comme étant des biens nationaux. Abraham Truche avait 
habité cet ermitage pendant plus de quarante ans. A sa mort, ar- 
rivée en 1693, il légua le produit des dons considérables qu'il 
avait reçus , pour l'entretien de la chapelle et la célébration de 
quatre messes aux fêles de la Conception , Nativité , Purification 
et Assomption de Noire-Dame. 

Pendant le xvi* siècle, la famille de Montjoie reçut de nouveau 
vassaux, les Demmeling (1516); les Steiubourg, seigneurs de 
Verchamps (4 521); les Valter d'Andelaw (1524), et les barons 
de Grammonl (1596). Le baron Jean-Georges le Jeune eut treize 
enfants, parmi lesquels Paris Charles- Joseph t chanoine de la 
cathédrale d'Augsbourg , mort à Vaufrey en mars 1721; Di- 
dier //•; Ursule, épouse de François-Paris, de la branche d'Hey- 
merslorf; Béat- Albert et Jean-François - Ignace , qui divisèrent la 
maison de Froberg en deux nouvelles branches , dites de Vaufrey 
et d'Hirsingen. Ces deux seigneurs , arrière-petils-fils au dixième 
degré de mâle en mâle de Catherine princesse de Neuchatel, et ar- 
rière-petils-fils au sixième degré, pareillement de mâle en mâle, 
de Marie princesse d'Arberg et de Valengin, avaient des droits à la 
souveraineté des comtés suisses de Neuchatel et de Valengin. Ils 
protestèrent pour leur conservation le 9 septembre 1707 , quand 
les trois états de ce pays adjugèrent celle principauté au roi de 
Prusse. Béat- Albert et Jean-Frauçois-Ignace de Montjoie renou- 
velèrent aussi de concert, en février 1683, l'affranchissement de 
Brcmoncourl. Par cet acte les habilauts ne furent plus tenus au 



paiement des droits de poule , de chapons , a la dime si ce n'est 
qu'à la onzième gerbe , aux corvées , à la réserve que pour la 
réparation du château , et à la truque que dans le seul cas où 
les chasses seigneuriales auraient lieu sur le territoire de leur 
commune. 



CHAPITRE V. 



Les Montjoie-Vaufrey. — Béat-Albert achète le comté de la Roche. - Didier II 
rend de grands services à l'évéque de Bâle. — Sa mort. — Béat-Jean-Baptistc. 
— Il achète et échange des seigneuries. — Les comtes de Montjoie font exploi- 
ter par leurs domestiques des domaines dans le val de Vaufrey. — Reconstruc- 
tion de leur château et de l'église dans cette commune. — Beclification des 
limites des terres de l'évèchéde Bâle et de la seigneurie de Vaufrey. — Biens 
et droits seigneuriaux des Monljoie dans le val de Delémont à la fin du 
xvin* siècle. — Ferdinand-François-Fidèlc-Haman de Monljoie-Vaufrcy. — Son 
émigration. — Sa rentrée en France. — Vente de ses forêts. — Ses descen- 
dants fixés dans le royaume de Bavière. — Indevillers chef-lieu de canton. 

Béat-Albert de Moutjoie- Vaufrey prit l'investiture des Gefs 
de l'Eglise de Bàle des mains de l'évêque Conrad de Roggenbach , 
en octobre 4681. La famille de Moutjoie, si belle par la nom- 
breuse multiplication de ses rejetous et bien plus admirable 
encore par la parfaite union qui régnait entre eux , ne pouvait 
résider en entier dans le même château, quoiqu'elle continuât à 
posséder ses biens dans l'indivision. C'est pourquoi, Béat-Al- 
bert se fixant à Vaufrey et son frère Jean-François-Ignace à Hir- 
singen , il en résulta pour la maison de Froberg deux nouvelles 
branches, dites la première de Vaufrey, et la seconde d'Hirsingen. 
Faisons d'abord connaître la première. 

Béat-Albert représente , le 9 août 1686, à Jean Conrad de 
Roggenbach, évéque de Bàle, que les barons de Montjoie 
tenaient en commun comme fief mâle de son Eglise , le quart des 
dimes de la paroisse d'Hirsiugen , que celte maison s'était par- 
tagée en deux branches (de Montjoie et d'Heymersdorf ) ; que lui, 
descendant de la première, avait toujours possédé ce fief,- mais 
que les descendants de la branche d'Heymersdorf ayant engagé 
leur part de ces dîmes et s'élant éteints dans la personne de 
François-Paris , décédé sans hoirs mâles , le droit de ces dimes 
lui était revenu ainsi qu'à ses frères. Il réclame en conséquence 



Digitized by Google 



- 61 - 

à l'évéque an certificat constatant qne ces biens ont été donnés 
en fief à la maison de Montjoie , qu'une branche de celle-ci n'a 
pas le droit d'en engager ou d'en aliéner une portion sans le con- 
sentement de l'autre branche, « ainsi qu'il en conste, ajoule-t-il, 
de la teneur et des termes des lettres , qui n'établissent aucune 
distinction de personnes dans les possesseurs de ces fiefs. » Le 
prélat délivra, le 46 décembre 4692, ce certificat aux deux frères 
Béat-Albert et François-Ignace de Montjoie. 

L'année suivante, Béat-Albert, colonel d'un régiment d'infan- 
terie, écrit de Béthune à l'évéque de Baie, que, se trouvant depuis 
six jours seulement à la défense des lignes à Lille , il n'a pu se 
présenter pour reprendre les fiefs que sa maison lient de lui , 
qu'il veuille bien lui accorder jusqu'à son retour pour effectuer 
celle reprise, qui eut lieu en avril 4694. Elle fut renouvelée à 
l'évéque de Baie, en mars 4697 el en mai 4705, par les Irois 
frères, Béat-Albert, Charles-Paris et Ignace de Monljoie. 

Occupé qu'il étail aux guerres de celte époque, Béat-Albert 
abandonna à son frère Ignace la jouissance pour cinq ans de 
plusieurs revenus de la terre de Montjoie , à la réserve toutefois 
des échules et des biens de mainmorte qui lui arriveraient pen- 
dant celle période. Ce seigneur jouissait de grands revenus , 
puisque le 47 juin 4703, il acheta de M ma la comtesse d'Arem- 
berg les seigneuries du comté de la Roche et de Malche, et 
contribua à l'établissement du couvent des ursulines de Saint- 
Hippolyte. D'après M. Duvcrnoy, le duc Léopold-Eberard, prince 
de Monlbéliard , avait le droit d'user du reirait féodal sur le 
comté de la Roche. Il se disposait même à l'exercer, puisqu'il fit 
déposer 400,000 francs chez un banquier à Besançon pour en 
effectuer le paiement. Nous ne savons jusqu'à quel point est 
fondé ce qu'ajoute l'hislorien de Monlbéliard , à savoir que les 
habitants de celte lerre, par la crainte de l'accroissement des 
charges féodales sur eux , sollicitaient le prince de Monlbéliard 
à faire cette acquisition, que des intrigues secrètes ourdies contre 
le duc Léopold, dont on redoutait l'agrandissement, l'empê- 
chèrent de réaliser. Celte propriété suffisait à Béat-Albert pour 
porler le litre de corale ; mais nous raconterons comment il lui 
fut déféré, ainsi qu'à tous les membres de sa famille, par le roi de 
France et l'empereur d'Allemagne. Ce seigneur fit sa déclaration 
de vassalité à la couronne de France et fournit son dénombrement 



Digitized by Google 



- 62 - 

en 4746. 11 avait épousé en 4669 Pauline, baronne de Rheinac- 
Hirtzbac, sœur des deux évoques Jean-Conrad de Rheinac, 
évéque de Bàle, el Jean-Baptiste son frère, évéque d'Abtéra. 
Trois enfants sortirent de ce mariage , Didier, Nicolas, capitaine 
au régiment de Quat, mort jeune, et une fille du nom de Marie- 
Françoise, qui épousa François-Joseph, baron de Schavembourg. 
Parvenu à une vieillesse avancée, Béat-Albert de Montjoie vit 
avant sa mort, arrivée eu 4725, les communautés de sa terre re- 
nouveler leurs entreprises contre l'autorité seigneuriale. Depuis 
trente aus elles avaient discontinué de l'attaquer , mais le xvm 6 
siècle apparaissait gros d'orages et pour la féodalité et pour la 
société. Didier II e du nom, fils de feu Béat-Albert de Montjoie, 
fit hommage, tant en son nom qu'en celui de tous ses parents, à 
Jean-Conrad de Rheinac des fiefs tenus de l'Eglise de Bàle 
(8 novembre 4725). il ne tarda pas à rendre à ce prélat, son su- 
zerain, réminent service de ramener à la soumission les habitants 
des franches montagnes des Bois, qui s'étaient soulevés contre 
leur prince. Pour connaître le prétexte de cette révolte , nous 
rappellerons que la franche montagne, dans le pays de Porren- 
truy, élail encore déserte vers la fin du xiv* siècle. L'évéque 
Imier de Ramestein, pour y amener des habitants, exempta, en 
4383, les familles qui s'y fixeraient, de toutes tailles, charges et 
impôts , moyennant le paiement annuel de 42 deniers par chaque 
ménage à l'évéché de Bàle ; celle concession fut accordée à per- 
pétuité. Néanmoins les habitants furent imposés à des taxes qu'ils 
payèrent d'abord sans murmurer. En 4726, le prince évéque 
promulgua une ordonnance générale pour l'administration des 
affaires, sous réserve des franchises de ses sujets. Cet acte fut 
accueilli assez favorablement dans tout l'évéché , à l'exception 
des franches montagnes, où trois citoyens influents, investis de 
fonctions publiques , en prirent occasion pour soulever leurs con- 
citoyens. Ils rédigèrent un cahier de doléances où ils se plai- 
gnaient, entre autres griefs, de l'impôt sur les boissons, préten- 
dant que personne n'avait le droit de les soumettre à des impôts. 
Des commissaires envoyés par l'évéché furent insultés. Des ras- 
semblements tumultueux eurent lieu , on se mit hautement en 
insurrection contre le prince el son bailli. Cet état de choses 
dura jusqu'en 4734 , où le baron de Montjoie ménagea la sou- 
mission des insurgés. Ceux ci, intimidés par une sentence de la 



Digitized by Google 



- 63 - 

cour de Vetzelar (*), qui les inculpait do crime de lèse-majesté , 
se soumirent à levèque, qui fit de son côté quelques concessions. 
Ainsi, les idées d'indépendance ne fermentaient pas seulement 
dans la terre de Montjoie, mais encore dans les montagnes voisines 
de l'évéché de Bàle. Cependant force resta à la loi dans Tune 
comme dans l'autre de ces localités. Le conseil souverain de 
Colraar rétablit à Montjoie, en 4728, la servitude personnelle, 
c'est-à-dire l'obligation d'acquitter les corvées en personne et non 
par des prestations pécuniaires. 

Didier 11 avait épousé, en mai 4702, sa parente Joséphine, 
baronne de Montjoie de la branche d'Heymersdorf. Il mourut en 
4756, laissant neuf enfants, parmi lesquels Georges, chanoine et 
grand écolàtre du haut chapitre de Bàle, Béat- Jean- Baptûle- 
Haltman, Marie- Xaçière , dame de Ucmiremonl, Marie-Anne- 
Ursule- Ludivine, mariée à son parent de la branche d'Hirsingen 
Magnus-Louis-Michel , et Joséphine, qui, après être entrée au 
chapitre de Remiremonl, le quitta pour se faire religieuse annon- 
ciade à Porrentruy. On voit encore dans le pavé de la chapelle de 
Montjoie une pierre lumulaire qui recouvre les cendres de Di- 
dier II , de son épouse baronne et comtesse de Montjoie et de 
ceux de leurs enfauts morts en passage devant Tréludans. 

Son fils Béat Jean-Bapliste-Hattraan , comte de Montjoie et de 
la Roche , administra avec beaucoup d'ordre ses seigueu ries, dont 
il accrut les revenus. Messire François-Joseph de Laviron,écuyer, 
seigneur de Trévillers , conseiller au parlement, avait acheté, en 
octobre 4755, de la comtesse de Lallemand les fiefs et seigneuries 
en moyenne et basse justice dits de Valengin, relevant du comté 
de la Hoche, et en avait fait l'hommage, le 4" novembre suivant, 
au comte de Montjoie. Celui-ci usa du retrait féodal et conserva 
pour lui l'acquisition de M. de Trévillers, aux lieux de Chamesol, 
Fessevillers , Charmauvillers , Courtcfoutainc , les Plains, Tre- 
meux, et lui relâcha en compensation une partie de la sei- 
gneurie qu'il avait acquise du conseiller Marquis dans les villages 
et territoires de Trévillers, Thiébouhans et Ferrières (4754). Le 
46 avril 4757, il partagea aussi la seigneurie de Maichc avec 
ses co-seigneurs , Desle-Alexandre Perrenot de Cernay, abbé 

(1) Vetzelar, ancienne ville impériale libre dans le duché de Francfort, où sié- 
geait la chambre chargée de juger toutes les difficultés qui s'élevaient dans les 
Etats de lu confédération germanique. 



Digitized by Google 



- 64 - 

commendataire de la royale abbaye de Saint-Sauveur de Mon- 
treuil, représenté par M. Roi, doyen de la collégiale de Saint-Hip- 
polyte, et Béat-Joseph Guyot de Bermont, dont M. Vannier, 
avocat au parlement de Besançon , était le mandataire, La sei- 
gneurie de Varambon continua à appartenir au comte de Mont- 
joie , moyennant la charge dont nous parlerons ci-après. Béat- 
Joseph Guyot avait les deux tiers des autres terres nobles de 
Maiche et des hameaux voisins, et le tiers restant revenait à l'abbé 
Perrenot. Après avoir fait mesurer et délimiter ces terres afin de 
prévenir toutes difficultés entre eux , ils en formèrent trois lots. 
Le 1 er fut composé de la partie du territoire et du village de 
Maiche dite de Granvelle, du Prélot, le Mont-du-Pré, les Joux; 
le 2% des villages des Ecorces et de Cernay-sur-Maiche ; le 3* enfin, 
de ce qui appartenait à la seigneurie de Granvelle dans les villa- 
ges et hameaux de Picrrefontaine, Vautrans, Rosureux, Breton- 
villers, Chamesey, Longevelle, Fremondans, Vàrin , Baltenans, 
Friolais, Mont-dc-Vougney , Longchamps, et d'une soulte de 
2,000 livres et 36 quartes de froment mesure de Maiche, assi- 
gnée sur le moulin de Varoli, payable par le comte de Mont- 
joie-la-Roche , possesseur à Maiche de la seigneurie de Varam- 
bon. L'abbé de Cernay eut la précaution de réserver le titre 
noble de ce village, au cas où le lot qui le comprenait ne lui 
arriverait pas dans le tirage au sort. La Providence donna 
elfeclivemenl les deux premiers lots à Béat-Guyot de Bermont, 
et le troisième à l'abbé de Cernay. Il le céda au comte de Mont- 
joie , qui l'échangea avec le chevalier François Guyot de Malsei- 
gne, contre les terres et droits dits la seigneurie de Malseigne, 
a Chamesol. Le chevalier de Malseigne reprit de fief, en 1762, 
du comte de Montjoie ce qu'il en avait reçu en contr' échange. 

Après les guerres des Suédois au xvn* siècle, la dépopulation 
avait obligé les comtes de Monljoie à tenir et à faire cultiver par 
des domestiques des domaines et d'autres terres : de là naquit 
pour les habitants la nouvelle charge de payer les gages des valels. 
Le comte Béat-Jean-Bapliste voulut remettre ses exploitations 
à des fermiers 0). Les terres des seigneurs étaient exemptes de 

(1) En 1756, le comte de Monljoie amodia ses pâtures de Bouveranee et de 
Récambet pour 624 livres; celle de la Brochette, 312 livres; sa moitié du moulin 
de Glère, 120 livres; le meix aux Bévolots de Réclère, 38 mesures de grains 
divers; les dîmes novales de Fessevillers, 64 quartes de grains; les herbes du pré 



Digitized by Google 



- 65 - 

contributions envers les communautés , mais la coutume et la ju- 
risprudence en Franche-Comté les assujettissaient à en payer tin 
tiers lorsqu'elles étaient cultivées par des fermiers (*). Cet usage 
n'était peut-être pas fixé en Alsace d'uue manière aussi déter- 
minée , puisque le comte de Montjoie crut devoir prendre le con- 
sentement des communautés de sa terre avant de remettre à bail 
les terres qu'il faisait cultiver. Elles répondirent que quelque 
mode d'exploitation qu'il adoptât, elles ne voulaient pas les porter 
aux rôles des contributions. Néanmoins le comte leur donna une 
somme de 100 francs pour leurs besoins généraux. Mû par un 
louable sentiment de bienfaisance , il fit la remise des amendes 
qu'ils avaient encourues pour dégradations dans ses forêts , en 
4755, aux habitants d'Iûdevillers , Burnevillcrs , Richebourg et 
Moutancy. A celte époque l'inclémence des éléments et les tem- 
pêtes semblaient rivaliser avec l'agitation morale des esprits, car 
uue gréle affreuse détruisit pendant l'été la moitié des récoltes, 
des vents impétueux renversèrent d'énormes sapins, et après les 
grands froids de l'hiver de 1756-1757, le dégel et les grandes 
eaux occasionnèrent d'affreux dégâts dans les villages du val de 
Montjoie. 

Le château seigneurial et l'église de Vaufrey tombaient de vé- 
tusté. Ce dernier édifice fut reconstruit daus le cours de l'année 
1758. Les décimaleurs payèrent la reconstruction du chœur, et 
les paroissiens contribuèrent à celle du corps de l'église ; mais ils 
ne montrèrent pas la même bonne volonté pour la récdificalion de 
la demeure du seigneur. Ils se refusèrent à faire les corvées aux- 
quelles ils étaient tenus : le conseil souverain d'Alsace dut con- 
traindre les habitants de Bremoncourt, qui prétendaient en être 
exempts ensuite de leur affranchissement ( â ). Au reste la four- 
niluredes denrées que la guerre de sept ans vint imposer aux ha- 

de Chamesol, 370 livres argent de France; les dîmes de h seigneurie de Mal 
seigne, au même lieu, 45 quartes de froment. Il fit couper aussi une grande 
quantité de bois dans ses pâtures de Bouverance et de Récambet. Le coupage et 
le transport de chaque corde empilée sur le bord du Doubs ne coûtaient que 1 franc 
40 centimes. 

(1) Voyez les Observations sur la coutume, par Dunod, p. 51. Un tiers, c'est- 
à-dire le tiers de ce qu'elles en auraient payé si elles étaient imposées entière- 
ment, au prorata des terres non nobles. 

(2) Du magnifique château de Vaufrey, composé de deux ailes et d'un corps de 
logis qui les unissait, il ne reste plus que celui-ci, habité actuellement par M. Mon- 
not. C'était le logement du châtelain. L'aile au nord-est, qui était la demeure du 

S 



Digitized by Google 



- 66 - 

bitants de la (erre de Montjoie , ne fit que les aigrir davantage. 
On exigea d'eux de conduire à Colmar 5,377 râlions de foin , à 
raison du poids de dix-huit livres l'une; mais un nommé Ursanne 
Voisard, de Morvillars, les livra pour eux moyennant 40 sols 
3 deniers par ration. Depuis la réunion de l'Alsace à la France, 
toutes les communes de la terre de Montjoie ne fournissaient 
qu'un seul soldat aux armées françaises. Si elles ne trouvaient 
pas de jeune" homme qui s'offrit volontairement moyennant 420 
francs , qu'on lui payait pour chacune de ses années de service 
qui durait six ans , alors le tirage au sort s'opérait entre tous les 
garçons du comté de Montjoie. 

Jean-Baptiste- Haltman, comte de Montjoie et de la Roche, 
épousa en 1736 Marie-Vicloire-Calherine Rinch de Baldenslein, 
sœur de l'évêque de Bàle : ils eurent neuf enfants, entre autres 
François-Ferdinand -Fidèle H aman, Marie Antoinette-Fidèle, mariée 
à Claude-Joseph-Nicolas, comte de Grivel-Sainl-Mauris, chevalier 
de Saint-Louis et de Saint-Georges, mestre de camp et major du 
régimeut dragons de Lorraine -Prince, et Marie Anne- Josèphe- Fi- 
dèle, dame de Remiremont. Les demoiselles de Montjoie conti- 
nuaient donc à peupler cet asile de la noblesse , et leur maison 
vécut toujours dans la plus grande intimité avec celle de Saint- 
Mauris. Dans le cours du xvm» siècle , trois religieuses de la fa- 
mille de Montjoie à Remiremont y appelèrent pour nièces trois 
demoiselles de Saint- Mauris. Béat-Jean-Baptiste de Montjoie 
mourut le 14 février 4761 , et sa veuve décéda à Porrentruy 
un au après. 

François-Ferdinand-Fidèle-Haruan succéda aux seigneuries 
de son père. Le jour méaie de l'enterrement de celui-ci , les 
communes lui fireut signifier qu'elles se refuseraient à faire les 
corvées tant que le seigneur ne nourrirait pas les travailleurs, et 
qu'elles exigeaient que tous ses biens acquis ou réunis à son do- 
maine depuis la paix de Munster (4648), fussent compris dans 
le rôle des impositions communales. L'intendant d'Alsace ordonna 
que les hommes de la terre de Montjoie feraient, les corvées 
comme par le passé , puisque le seigneur ne leur devait pas la 
nourriture. Quant aux impôts , il déclara que les biens du comté 

seigneur, a été démolie ; celle en face, où étaient los écuries surmontées des 
greniers, admirablement distribués, subsiste encore. 



Digitized by Google 



- 67 - 

de Montjoie étaient exempts de tous impôts, si ce n'est du 
vingtième, s'il les faisait valoir par lui-même, mais que s'il les 
donnait à bail , ses fermiers paieraient la portion colonique, c'est- 
à-dire le tiers des impôts auxquels ils auraient été sujets s'ils 
u'élaieut pas domaines nobles. Si le seigneur voulait' affermer ses 
biens, il devait en prévenir les communautés au mois de sep- 
tembre de l'année précédente. C'est surtout pendant les dernières 
années du xvm* siècle qu'elles employèrent tous les moyens , 
qu'elles réunirent tous leurs efforts afin de parvenir à l'abolition 
des droits féodaux. Àu désespoir de voir leurs tentatives inutiles 
à Colmar, elles traduisirent leur seigneur à la cour de Versailles. 
Là encore elles échouèrent. Le roi Louis XVI , par arrêt rendu 
en son conseil le 4" février 4774, débouta les communes 
du comté de Montjoie de toutes leurs demandes et les renvoya 
devaut le conseil souverain d'Alsace. Cette compagnie, par arrêts 
successifs des 4 4 décembre 4775, 7 juillet 4777 et 49 août 
4779, condamna de nouveau ces communautés et régla les dom- 
mages et intérêts qu'elles auraient à payer à leur seigneur. Ces 
décisions suprêmes et définitives portèrent au comble l'irritation 
des habitants. Les* nombreux procès-verbaux pour procédés et 
propos irrespectueux envers le comte de Monljoic constatent celte 
vérité (*). Cependant, de son côté il n'usait envers eux que de 
bienveillance, ajoutons même d'indulgence. C'est ainsi qu'en 
4779, il restreignit à 4,322 livres la part des dommages et inté- 
rêts que lui devait la commune de Bremoncourl par suite des 
procès , et qu'en janvier suivant il permit à celle de Glèrc d'a- 
modier pour quatre ans des cantons de communaux , afin de se 
libérer des dettes qu'elle avait contractées par le même motif. Il 
faisait aussi de fortes remises sur le droit d'abzug qu'il perce- 
vait des émigranls. 

Par un traité du mois de juin 4780 , le roi de France et I evé- 
que de Bàle échangèrent respectivement la souveraineté de cer- 
taines parties de leurs Etals enclavées les unes dans les autres. 

(1) En juin 1784, le garde des chasses et pêches du comte deMontjoie reçut 
un coup de fusil en plein visage. On faisait grand bruit de ses prétendus droits de 
prélibation, de faire ouvrir le ventre à ses serfs pour se réchauffer les pieds dans 
leurs entrailles fumantes pendant ses chasses en hiver, etc., etc. — Sur le champ 
de foire, les habitants se refusaient à acquitter le paiement des droits de vente 
sur le bétail, et ne faisaient entendre que propos injurieux jet menaces contre le 
seigneur. 



Digitized by Google 



- 08 - 

Le roi de France céda au prélat la portion du comté de Montjoie 
située sur la rive droite du Doubs et dans les terres de l'évéché 
par conséquent , c'est-à-dire le canton de la Malnuil ou des bois 
dits de Moutjoie, sous la mouvance de l'empire, avec réserve de 
la propriété et des droits seigneuriaux pour les comtes de Mont- 
joie, qui les reprirent de fief de l'évéque de Bàle, comme ils le 
faisaient auparavant du roi de France. L'évéque de Bàle céda à 
son tour au roi de France la souveraineté du château et de la 
terre de Chauvilliers, en conservant la propriété de cette seigneu- 
rie , avec les droits et franchises accordés aux autres domaines 
de l'Eglise de Bàle dans la haute Alsace , auxquels la seigneurie 
de Chauvilliers fut unie. Le comte de Montjoie régularisa aussi 
avec l'évéque de Bàle les limites de son comté (4747-4787). 
La partie supérieure des bois de la grande côte fut fixée comme 
la limite des territoires de Montancy du côté de l'Alsace, et de 
Cheveney de celui de l'évéché. Les bornes séparatives des deux 
Etats furent fixées et le plan des lieux levé en 4788. 

A la fin du xvui* siècle , le comte de Montjoie amodiait aux 
enchères pour un bail de trois ans la perceptipn de ses dîmes, à 
la réserve de celles de Vaufrey, Cray, Marchanvillcrs, qu'il faisait 
lever par ses domestiques; celles des autres lieux rapportaient 
4,800 quartes de blé, 480 sacs de pommes de terre et 420 fr. 
d'argent. Les adjudicataires , crainte du monopole , n'étaient 
jamais qu'au nombre de deux. L'adjudication tranchée, ils don- 
naient un repas à leurs concurrents. Dans la suite, le seigneur 
voulut en faire les frais , mais le conseil souverain d'Alsace sup- 
prima cette coutume en 4682. Aux temps de la moisson, les cul- 
tivateurs étaient tenus d'appeler par trois fois les dimeurs. Pen- 
dant les années qui précédèrent 4789, le seigneur de Montjoie 
afferma ses domaines de Vaufrey pour i ,300 livres, de Monlabry 
et de Bowerance, le premier pour 4,000 livres et l'autre au prix 
de 4 ,200 livres ; il percevait encore alors les droits de lods et de 
tabellionnagc au denier dix , et une corde de bois tout façonné 
sur dix dans les exploitations de foréls acensées. 

A la mort du chef de la maison de Montjoie, tous les censi- 
taires, sans nulle exception , étaient tenus de reprendre de nou- 
velles lettres et de payer 24 quartes de blé pour celle nouvelle 
reprise, sans préjudice du paiement de l'acensement courant. 
Celte charge était lourde et ne contribuait pas peu à enlre- 



Digitized by Google 



- 69 - 

tenir le mécontentement dans l'esprit de la population. Les Mont- 
joie- Vaufrey et Hirsingen possédaient encore en commun des 
propriétés , des dimes et d'autres redevances considérables dans 
le val de Delémont et dans l'Ajoie, entre autres dans les villages 
de Develier, d'Undrevilliers, d'Essarts, Rebervillers, du Saulci, 
deCoruoI, la Joux, Courtatelle. Le domaiue dit la Combe-aux-Mo- 
nins devint entre eux l'objet d'un procès pendant la durée duquel 
le comte de Montjoie- Vaufrey retirait, pour sa part des revenus 
de cette ferme, la somme de 456 livres, plus 22 livres 40 schel- 
lings bàlois qui lui étaient payés par ses parents d' Hirsingen et les 
Deiphis de Porrenlruy. Ces seigneurs accnsèrenl aussi d'un com- 
mun accord en 4786, à un particulier d'Altkirch, les débris 
d'un vieux moulin auprès de la source de YlUale, territoire de 
Glère, à charge d'y construire à ses frais un moulin neuf à trois 
tournants moyennant le rendage annuel de 48 quartes de blé ; 
les Montjoie s'obligèrent à ne pas laisser construire d'autres 
moulins sur le Doubs et ailleurs sur le territoire de Glère. 

Ferdinand-François-Fidèle-Haman épousa, au mois de sep- 
tembre 4760, Marie-Anne-Sophie de Kagenech, fille du baron de 
ce nom, demeurant à Fribourg, dans le grand-duché de Bade. 
Cette dame était la sœur de M me la princesse de Metternich, mère 
de l'illuslre ministre de l'empereur d'Autriche, et de M œ6 la ba- 
ronne de Schœneau, grand'mère maternelle du baron de Ghor. 
Ce mariage produisit cinq enfants : 4° Marie -Anne-Valburge, née 
en 4761 ; 2° Frédéric-Victor, en 4765; 3° Joseph-Vuillerme t en 
4774 ; h 9 François- Hcnri-Vandelin, en 4773; 5° enfin Charles- 
Népomucène- Fidèle, né en 4779 (*). La comtesse de Montjoie mou- 
rut de la petite vérole, à Vaufrey, peu de temps avant la révolu- 
tion de 4789, et fut inhumée dans l'église paroissiale. Son époux 
avait emprunté de son cousin Népomucène-Fortunal d'Hirsingen 
une somme de 20,000 francs pour payer ce qu'il devait encore à 
sa sœur la comtesse de Sainl-Hippolyte, dame de Remiremont, 
qui avait donné tous ses biens au monastère de la Visitation à 
Paris. Avant de partir pour l'émigration, il contracta de nouvelles 
dettes dans une maison de Montbéliard. En 4794, il se relira 
d'abord à Bàle, puis, bientôt après, dans le grand-duché de Bade, 
pour éviter les armées françaises qui étaient entrées eu Suisse. 

(1) Voyei les registres des naissances de Vaufrey. 



Digitized by Google 



- 70 - 

(I prit du service dans l'armée de Condé, et, après avoir essuyé 
toutes les vicissitudes de l'émigration, il fut accueilli dans la 
grande commanderie de Hoilersheim , dans le duché de Bade. 
Rentré en France avec son fils Joseph-Vuillerme à la suite des 
alliés, en 4844, il fut présenté avec les débris de la noblesse de 
la haute Alsace au duc de Berry, passant à Golmar la même 
année. Ce prince n'eut à offrir que des compliments flatteurs à 
ce vénérable vieillard, qui mourut en janvier 4848, dans la 
commanderie de l'ordre de Malle, où il s'était retiré, dans le du- 
ché de Bade. Son fils Joseph-Vuillerme était mort dès 4846, au 
château de Gelsfeld, et nous pensons que ses autres enfants sont 
aussi tous décédés. 

Après l'émigration du comte de Montjoic, tous ses biens, avec 
les cantons de ses foréls dont il lirait son affouage, furent vendus 
par la nation (*). Quant à celles où les communes exerçaient un 
droit d'usage, ces communes, aussitôt leur réunion opérée avec 
le département du Doubs, s'adressèrent au conseil général pour 
lui demander la propriété des bois et des communaux de l'ex- 
seigneurie de Montjoie, situés sur leur territoire respectif. Celte 
demande n'eut pas de suite. L'administration des domaines se 
mil en possession de ces forêts, réprima les nombreuses dégra- 
dations auxquelles s'y livraient les habitants, et régla les coupes 
affouagères de chaque commune conformément à l'arrêt du con- 
seil de Colmar de l'an 4748. Cet étal de choses subsista jusqu'en 
4844. Le comte de Montjoie, rentré en France à cette époque, 
sollicita cl obtint du roi Louis XV11I, le 24 janvier 4845, la res- 
titution de ses foréls invendues. Au retour de l'empereur à Paris, 
en mars de cette année, le comte de Montjoie s'expatrie de nou- 
veau, et ses forêts rentrent sous la main du gouvernement. Après 
la seconde reslauraliou, elles lui sont restituées uue seconde fois 
(9 octobre 4815). Lorsqu'il fut mort, ses pelits-eufants n'accep- 
tèrent sa succession que sous bénéfice d'inventaire, et, en confor- 
mité de la loi, un inventaire dressé le 44 février 4848 présenta 
les foréls comme l'actif de la succession. Elles étaient grevées des 
droits d'usage au profil des communes, ce qui en rendait la vente 
difficile. C'est pourquoi le mandataire de MM. de Montjoie se dé- 

(1) Le domaine de Montabry sur Montjoie ne fut vendu que le 17 prairial 
an il (5 juin 1794), et celui de Stigne le 9 germinal an m (19 avril 1795). 



Digitized by Google 



- 71 - 

termina, en avril 4818, à appeler eu justice les communes pour 
faire statuer sur ce droit et établir un cantonnement qui, deve- 
nant la propriété de chaque commune, déchargerait de toute ser- 
vitude les autres parties de ces forêts. Mais les créanciers de 
M. de Montjoie les firent saisir cl en poursuivirent l'expropria- 
tion. L'adjudication de 4 ,259 hectares de forêts fut tranchée, le 
22 août 4822, devant le tribunal de Monlbéliard, en faveur des 
quatre maires des communes de Vaufrey, Glère, Bremoncourt, 
Indevillers, pour la somme de 80,000 francs. On croyait géné- 
ralement que ces quatre fonctionnaires achetaient ces bois pour 
leurs communes ; aussi les concurrents ne se présentèrent- ils pas. 
Deux et trois ans après (1824 et 1825), les adjudicataires, après 
avoir soldé le prix de l'acquisition qu'ils avaient faite et s'être 
indemnisés de leurs frais par la vente de plusieurs taillis, firent 
transport-cession à quelques habitants de chacune des communes 
de l'ancienne seigneurie de Moutjoie des cautous de bois situés 
sur leurs territoires respectifs, moyennant un prix insignifiant. 
Cette mesure dut prendre cette forme parce que les communes 
n'étaieut poiufaulorisées à acquérir ces bois. Les cessionnaires, 
dit-on, leur eu ont fait la remise. En 4858, les héritiers bénéfi- 
ciaires du comte de Montjoie actionnèrent les communes de leur 
ancienne terre en cantonnement des communaux et pâturages 
non vendus pendant la révolution de 4 789. Les assignations qu'ils 
firent donner à cet effet, reconnues valables par le tribunal de 
Monlbéliard, furent déclarées nulles pour défaut de forme, en 
janvier 4840, par la cour d'appel de Besançon. MM. de Mont- 
joie, empêchés peut-être par la prescription, ou sous l'influence 
de quelque autre motif, n'ont pas fait donner suite à leur action, 
et maintenant les communes jouissent paisiblement des commu- 
naux situés sur leurs territoires. 

Joseph-Wuillerme de Montjoie, capitaine au Royal-Allemand, 
avait épousé en 4785 j Marie-Louise-Caroline, baronne d'Hcsperg 
et de Vayer. Trois garçons el uue fille sortirent de cette alliance. 
Celle dernière élait l'ainéc : elle naquit à Vaufrey le U août 4 786. 
Tenue sur les fonls du baptême par son grand-père paleruel et 
sa grand'mère maternelle, elle reçut les prénoms de Sophie- Amélie- 
Fidèle, et épousa M. Claude René Philippe Augier, demeurant à 
Dachslhull , grand duché prussien. Les garçons étaient : 4° Ca- 
mille-Népomucènc-Chrislophe, commandeur de l'ordre Teulonique, 



Digitized by Google 



— 72 - 

conseiller intime du roi de Wurtemberg, domicilié au château de 
Gersfeld, grand-duché de Wurtzbourg, dans le royaume de Ba- 
vière; 2° Ernest, qui vient de mourir dans le même lieu, où il 
résidait avec son frère. Pendant la Restauration, il vint en France 
et épousa la fille unique de M. le lieutenant général d'Ambrugeac, 
comte et pair de France. Un fils, seul rejeton de ce mariage, s'est 
marié lui-même depuis peu en Bavière. Ce sont ces trois enfants 
de Joseph-Wuillerme de Montjoie qui se portèrent héritiers béné- 
ficiaires de leur grand-père, comme nous Pavons dit. Quant à 
leur frère N..., il fut tue à Goumois eu rentrant en France, le 
dimanche 2 juillet 4815. Pendant les cent-jours (*), un corps de 
volontaires royalistes français s'était formé dans la franche mon- 
tagne de l'ancien évéché de Bâlc pour seconder la rentrée en 
France des princes de la maison de Bourbon. Après la seconde 
abdication de l'empereur, quelques régiments suisses se mettent 
en marche pour entrer en France par Ponlarlier et la roule de 
Moulins à Bàle. Le colonel Chambure, de Dijon, à la tête de 
400 fantassins et de 40 cavaliers, vient attaquer la colonne suisse, 
qui occupait déjà le village français de Villars-lez-Blamont. Là se 
donne un combat qui amène l'incendie presque général de celte 
commune. Le colonel Chambure, trop faible pour repousser un 
corps d'armée de plusieurs milliers d'hommes, se retire sur la 
petite ville de Saint-Hippolyte le samedi 4 ,r juillet. Dans l'après- 
midi de ce jour, les volontaires royaux descendent en chantanl la 
montagne de Saignelegier pour coucher dans la partie suisse du 
village de Goumois. Pendant la nuit, le colonel Chambure est 
averti. Il se met aussitôt en route avec sa petite troupe, et arrive 
k quatre heures du matin dans la partie française du village de 
Goumois. Après avoir enlevé la sentinelle royaliste à l'entrée du 
pont, il commande un feu roulant contre l'auberge où étaient 
réunis les officiers et l'élat-major du corps royaliste. Ces Mes- 
sieurs déjeunaient avanl de franchir la limite de la frontière fran- 
çaise. Le marquis de Ravigny et le jeuue comte de Montjoie 
sautent à cheval, franchissent le pont et sont accueillis par uue 
grêle de balles. Le marquis de Ravigny tombe raide mort, et 
l'infortuné comte de Montjoie a une caisse traversée par uu coup 

(1) On nomme ainsi les trois mois que l'empereur Napoléon !«■ passa en France 
au printemps de 1815, après sa rentrée de 111e d'Elbe. 



Digitized by 



- 73 - 

de feu. Emporté par son cheval à quelque dislance du village, il 
se retire sous une haie, au lieu dit Derrière- la-Toiture. Pendant 
ce temps-là, Chambure, voyant qu'on ne lui riposte pas, passe le 
pont, pille les bagages, brise les fusils et jette dans le Doubs un 
tonneau de poudre et une caisse de pierres à fusil. Aux premiers 
coups de feu, les royalistes, au nombre de plusieurs centaines, et 
les élites suisses qui les accompagnaient, avaient pris la fuite 
dans toutes les directions. Les soldats de Chambure se mettent à 
leur poursuite sur les deux rives du Doubs, tuent deux soldats 
royaux et en blessent une trentaine. Ils viennent à découvrir le 
comte de Montjoie; rien ne les arrête, ni la jeunesse de ce sei- 
gneur, ni la rançon qu'il peut leur offrir : ils le massacrent im- 
pitoyablement. A huit heures du matin, Chambure fait battre le 
rappel et reprend le chemin de Trévillers avec sa troupe. Sur le 
soir, les quatre volontaires royaux qui ont perdu la vie sont inhu- 
més dans une fosse commune, sans qu'on pense à leur rendre les 
devoirs religieux, tant la sanglante échauffourée avait glacé de 
frayeur les habitants de Goumois. 

A l'époque de l'organisation de la France en départements, en 
1790, les communes de l'ancienne seigneurie de Montjoie deman- 
dèrent à être détachées de l'Alsace pour faire partie du déparle- 
ment du Doubs. Elles formèrent avec le village de Goumois un 
canton dont le chef-lieu fut fixé à Indevillers ; il a subsisté jusqu'à 
l'époque du consulat, en 4799. Alors il fut supprimé et réuni au 
canton de Sainl-IIippolyle, à l'exception de Goumois, qui fut 
donné à celui de Maiche. Les populations de Montjoie, si mécon- 
tentes du régime féodal, saluèrent sans doute avec enthousiasme 
la révolution française. Mais si parmi elles le camp des patriotes 
fut le plus nombreux, les aristocrates eurent aussi le leur, et les 
deux partis conservèrent entre eux l'union et la tranquillité. Ce 
n'est pas une chose peu digne de louanges, qu'au milieu de l'ef- 
fervescence des passions révolutionnaires, des hommes connus 
jusqu'alors pour des génies assez remuants aient su se préserver 
' de tout acte vexaloire à l'égard de leurs couciloyens, et de ces 
folies anti-religieuses si déshonorantes pour l'humanité. 



Digitized by Google 



CHAPITRE VI. 



Branche de Montjoie-Hirsingcn. — François-Ignace en est la tige. — LesMontjoie 
élevés à la dignité de comtes par le roi de France et l'empereur d'Allemagne. 

— Partage des biens de la maison de Montjoie. — Simoo-Euscbe, évêque de 
Bàle.— Le comte Magnus-Michel rebâtit le château d'Hirsingen.— Chapelle des 
Montjoie dans cette localité. — Jean-Népomucène-Fortunat.— Sa mort à Bàle. 

— Sea descendants en Autriche et en Bavière. 

La branche des Monljoie d'Hirsingen est non moins distinguée 
par ses hautes alliances, le rang brillant occupé par la plupart de 
ses membres dans l'Eglise et dans l'armée, que celle de Vaufrey. 
Jean- François-Ignace, frère de Béat-Albert, en fut la souche. Né 
en 4653, ce seigneur fut maître de camp au régiment Royal- 
Allemand. Il épousa en 4684 Marie-Jeanne de Reichenslein 
d'inlzlingen, sœur de l'ambassadeur de l'empereur d'Allemagne 
en Suisse. Il se joignit à son frère Béat-Albert pour conserver (a 
propriété des dimes qu'ils tenaient en Gef de l'évéque de Bàle, 
contre l'aliénation qu'en avaient faite leurs parents de la branche 
d'Heymerstorf, et il reçut l'investiture de ces mêmes flefs avec 
ses frères, en 4706. Il mourut en 4746, laissant huit enfanls, 
cinq garçons et trois filles, tous appelés à des positions bril- 
lantes (*). En effet, Philippe- Antoine fut grand commandeur de 
l'ordre Teutonique des provinces de Bourgogne et d'Alsace, am- 

(1) On voit dans la chapelle de Monljoie un portrait à l'huile de Jean-François - 
Ignace. Il est représenté à genoux sur un carreau de velours cramoisi, les mains 
jointes, priant devant l'image de la Vierge. Ce tableau est sans doute un ex-voto. 
La figure fraîche de ce vieillard respire la douceur et la bonté ; ses cheveux blancs, 
non attachés, sont flottants et descendent jusqu'au bas du dos; son habit à la 
française, sa culotte et jusqu'à ses bas sont d'une étoffe composée de larges bandes 
vertes et blanches disposées alternativement en ligne droite de haut en bas. Il est 
ceint de son épée, et son casque doré est placé sur un tabouret à côté de lui. Ce 
costume, pour celui d'un militaire, nous a étonné. Son nom est inscrit dans un 
des angles supérieurs du tableau, et dans l'autre sont les clefs, insignes armoriaux 
de sa famille. Sous ses pieds, on lit ces mots : Montjoie, Romont et Reinach. 



Digitized by Google 



- 75 - 

bassadeur de l'empereur Charles VII en Suisse, lieutenant géné- 
ral des armées de l'électeur de Cologne, général de cavalerie de 
l'électeur duc de Bavière, colonel d'un régiment de cuirassiers au 
service de ce duc, dont il fut encore le conseiller intime. L'his- 
toire présente rarement, il faut l'avouer, des personnages honorés 
de tant de fonctions et de dignités. Mais Philippe-Antoine n'était 
point au-dessous de sa position. Militaire distingué, il fut un di- 
plomate habile. En novembre 1725, il reprit de Gef, tant en son 
nom qu'en celui de tous ses parents, les dîmes qu'ils tenaient de 
l'Eglise de Bàle. L'évéque Jean-Conrad de Rheinac-Hirlzbach lui 
donna l'investiture. Envoyé eu mission de confiance à la cour de 
Versailles par les électeurs de Bavière et de Cologne, il mourut à 
Paris en 4757, et fut inhumé dans l'église des Capucins de la rue 
Saint-Jacques 0). Un autre 61s d'Ignace de Monljoie, Simon-Nico- 
las-Eusèbe, fut non moins distiugué. De chanoine de Saint-Pierre 
le Jeune de Strasbourg et ensuite de la cathédrale de Bàle, il fut 
élu évéque de cette ville en octobre 4762, et mourut dans cette 
dignité en avril 4775. Sa mémoire, encore vivaute dans le Jura 
bernois, est celle d'un prince éclairé, ami des arts, bon, compa- 
tissant. Il fut chéri de son peuple. Un autre de leurs frères, 
François-Xavier, fut prévôt d'Istein. Leurs sœurs, Jeanne-José- 
phine, chanoinesse de l'abbaye princière d'Andelaw ; Marie- Anne, 
dame de Remiremont, sous le nom de dame de Monljoie; Elisabeth, 
mariée avec le baron de Klingliu, premier président du couseil 
souverain d'Alsace, occupèrent de leur côté des positions très 
honorables. 

Après tant d'illustration, on ne sera pas étonné de voir le roi 
de France et l'empereur d'Allemagne investir la famille de Mont- 
joie d'un nouveau litre d'honneur, nous voulons dire de la qualité 
de comte. Au mois d'avril 4736, le roi de France Louis XV con- 
féra par lettres patentes celte dignité à Philippe-Antoine de Mont- 
joie, non-seulement pour lui, mais encore pour tous les membres 
de sa famille. Le 24 février 4743, l'empereur d'Allemagne 
Charles VII, considérant la haute position de la famille de Monljoie 
en Alsace, les services rendus par elle à l'empire et à la France, 
etc., etc., éleva tous ses membres à la dignilé de comtes et com- 



(1) On m'a écrit de Remiremont qu'il exiête dans ce pays un portrait à l'huile 
de ce haut personnage. 



- 76 - 

tesses. Par là, ces seigneurs devinrent corn les de France et toul 
à la fois de l'empire germanique. Quoique domiciliés les uns dans 
le Haut-Rhin , et les autres à Vaufrey, ils avaient possédé leurs 
biens et seigneuries dans l'indivision; mais en 4744 le partage 
en fut opéré, à quelques exceptions près. Les Montjoie- Vaufrey 
eurent les terres et seigneuries qui font partie maintenant du 
canton de Sainl-Hippolytc (Doubs), et la branche qui habitait 
Hirsingen obtint les châteaux et villages situés dans les arrondis- 
sements actuels d'Altkirch et de Belfort (Haut-Rhin). Ce partage 
n'empêcha pas que toutes les propriétés qui en avaient été l'objet 
ne restassent unies moralement pour former l'unique comté de 
Montjoie, dont tous les seigneurs de ce nom prenaient le titre. 
Cette dignité devint ainsi un lien qui perpétua l'admirable union 
qui régnait depuis des siècles entre les membres si nombreux 
de cette famille. 

Philippe- Antoine de Montjoie, commandant à Andelaw et à 
Allschausen, était devenu porteur des fiefs de l'Eglise de Baie et 
devait les reprendre après la mort de Didier II, baron de Mont- 
joie- Vaufrey : mais du consentement de l'évéque et sous la réserve 
du non-préjudice, son frère Magnus-Louis-Charles-François-lgnace 
en fit la reprise le 40aoùl 475G. On voit par là qu'au milieu du 
xviu e siècle, l'évéque de Bàle tenait non moins que les Montjoie 
à ce que le plus ancien membre de cette famille fit devoir pour les 
droits seigneuriaux qu'elle avait reçus de ses prédécesseurs. 
Après l'extinction des Rameslein, Charles-Magnus reçut du roi 
de France le domaine de Jettingcn, près d'Altkirch, où le cardi- 
nal Mazarin avait la haute justice. Le magnifique château d'Hir- 
singen avait été restauré par ce seigneur; mais il fut rasé en 
1793, à la réserve du quartier des domestiques, qui maintenant 
est habité par un cultivateur. Non loin de la belle église d'Hirsin- 
gen, reconstruite en 4772, subsiste encore la chapelle des Mont- 
joie. Elle est dédiée à Notre-Dame des Sepl-Douleurs; on y 
célèbre la sainte messe de temps à autre. C'est là que les mem- 
bres de la famille de Montjoie recevaient la sépulture; mais le 
temps et le vandalisme révolutionnaire ont rendu illisibles les 
épitaphes gravées sur les pierres tumulaires. 

Magnus de Montjoie épousa en 4730, comme nous l'avons dit, 
sa cousine Ursule de Vaufrey, qui avait été chanoinesse à Remi- 
remont. De ce mariage naquirent trois filles : Marie-Anne ci 



- 77 - 

Jeanne-Baptiste, dames de Remiremont ; Ludivine-Xavière, mariée 
en 4760 à Sigismond, baron de Rheinac et de Sleinbronn, major 
au régiment suisse d'Eptingcn. Les deux fils furent François- 
Sigismond et Jtan-Nèpomucène-François-Xavier-Fortunat. Le pre- 
mier fut porteur des fiefs de l'Eglise de Bàle en 1775, où il 
mourut chanoine en 4789. Son père Magnus était décédé en 
février 4757, après avoir vu la même agitation dans les popula- 
tions alsaciennes de ses seigneuries que dans celle de Vaufrey. 

Jean-Népomucène-Fortunat , comte de Monijoie et du saint- 
empire, fils de Charles- Magnus, épousa en 4760 Marie- Anne, 
baronne de RheinacHirlzbach. En avril 4773, son oncle Simon- 
Nicolas, évéque de Bàle, lui donna et à ses descendants mâles les 
biens qu'avaient retenus Béat-Antoine Munch de Munchenslein 
dit de Loevenbourg, et feu Claude d'Orsans, morts l'un et l'autre 
sans postérité, et qui, à cause décela, étaieut retournés à l'Eglise 
de Bàle. Le fief de Munch comprenait la dime de Ranspach-le- 
Bas, Michelbach-le-Bas, de Pfetterhouse, Oberlarg, dans le voi- 
sinage d'AIlkirch ; et celui d'Orsans, la dime de Leymen et le 
quart de celle d'Aspach. Ce seigneur reçut l'investiture de tous 
ses fiefs de l'Eglise de Bàle, en août 4789. Il émigra et se fixa à 
Bàle, où il mourut en 4794, laissant quatre garçons et deux filles. 
La baronne de Rheinac, son épouse, était décédéc peu avant la 
révolution, à Hirsingen ; pour lui, il fut enterré à Arlesheim, an- 
cien siège de l'évéchc de Bàle. 

Tous les fils de Népomucène-Forlunat de Montjoie servirent 
honorablement dans l'armée de Coudé. Eu la quittant, Eugène 
entra dans le régiment des cuirassiers d'Albert avec le grade de 
capitaine, et fut tué dans un combat près de Weinheim, dans le 
duché de Bade, en 4800 Maximilicn prit du service en Autriche, 
se maria en Bavière et eut un fils officier dans l'armée de Wur- 
temberg, mort avant son père, qui décéda à Munich en 4812. 
Gustave, chevalier de Malle et officier dans le régiment suisse de 
Rheinac au service de la France avant la révolution, passa de 
l'armée deCondé dans celle d'Angleterre, avec le grade de colo- 
nel. Envoyé au quartier général russe en 4842, chargé de dé- 
pêches importantes, il tombe, en débarquant, au milieu d'un 
avant-poste de l'armée française; c'était un détachement de hus- 
sards. Sommé de se rendre, il met la main au sabre et se défend 
avec courage ; mais il tombe bientôt sous les coups de ses redou- 



Digitized by Google 



- 78 - 

tables adversaires. Ils Ini enlèvent ses dépèches et les portent à 
leur capitaine. Or, celui-ci était le baron de Rheinac-Hirlzbach, 
cousin germain du blessé ; il accourt avec empressement auprès 
de son parent ; il en est reconnu et il reçoit son dernier soupir. Fa- 
tale et malheureuse rencontre pour ces deux cousins, qui servaient 
chacun dans un camp opposé 1 L'ainé des fils de Népomucène- 
Forlunat de Montjoic, appelé JeanNépomucène, est le seul qui ait 
laissé postérité. Avant la révolution, il servait dans le régiment 
des hussards de Chamborand. Il entra, pendant l'émigration, dans 
les armées de Bavière, où il parvint au grade de lieutenant géné- 
ral aide de camp du roi ; il est mort à Munich en 4824. De son 
épouse Laure de Furslenstein, il a eu trois fils et trois demoi- 
selles : Maximilien, l'ainé, major de cuirassiers en Autriche, mort 
en 4857, a laissé de deux mariages trois fils, dont l'ainé, âgé de 
seize ans, est dans une école militaire autrichienne ; Louis, le 
puiné, major au service de Bavière, marié, sans enfants; Charles, 
le cadet , capitaine de cavalerie dans les armées de la même puis- 
sance, marié, sans enfants ; Mélanie, comtesse de Leyden, veuve 
avec un fils unique; Caroline, comtesse de Saiut-Mauris, décédée 
en juillet 4849; Amélie, baronne de Bcrnhardel, morte en 4838, 
laissant une fille non mariée. Les deux demoiselles filles de Jean- 
Népomucène-Forlunal de Monljoie, tantes paternelles des enfants 
de Jean Népomucène, furent Mélanie, qui ne fut pas mariée; elle 
devint dame d'honneur de M me Adélaïde d'Orléans, sœur du roi 
Louis-Philippe, et mourut en Angleterre en 4 848 ; Christine-Zoé, 
épouse du marquis de Dolomieu , dame d'honneur de la reine 
Marie-Amélie, morte aussi en Angleterre en avril 4849. Elle 
n'eut qu'une demoiselle , N. de Dolomieu , première femme de 
M. le comte V. de Sainl-Mauris, introducteur des ambassadeurs 
à la cour du roi Louis-Philippe. Elle décéda en 4833, et M. de 
Saint-Mauris avait épousé en deuxièmes noces Caroline, sa cousine 
germaine. 



Digitized by Google 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 



N° 1. 

TRAITÉ 

Entre le comte de MontbéUard et le seigneur de Montjoie, par lequel il est 
convenu que chacun desdits seigneurs se retiendra les hommes et sujets 
serfs après la mort de leurs pères. 

Nos Renaldus dr Burgundia, comrs Montis Brligardi, notum facimus 
universis quomodô noster amabilis et fidelis miles dominas Willermus 
de GlerSy dominus de Montegaudio, et nos et uostri autecessores habea- 
mus m usu et consuetuditie de gentibus nostris, usquè ad diem prœsen- 
tiarum litterarum , et post mortem patris pueri sequuntur matrem et 
dominum cujus mater erat. Nos inspicientes communem profectum nos- 
trum et gentium nostrarum, dictum usum et dictam consuetudinem 
auferimus et auferri voluraus perpétue pro nobis et nostris hœredibus, 
nostrorum hominum, sicut dominus Willermus de suis hominibus, et 
volumus praxlictus usus sit nullus, et dicta consuetudo nulla. In cujus 
rei testimonium nos fecimus appensari nostrum sigillum prœsentibus 
litteris, qus factœ fuerunt die lunœ proximâ post Inventionem sanctœ 
Crucis, anno Domini millesimo ducentesimo nonagesimo septimo, in 
me ose maii. Datum \isioni nostrœ,diemercurii antefestum Assumptionis 
Virginis gloriosœ, anno Domini millesimo trecentesimo quinquagesimo 
quarto. 



N° 2. 



Accordé par le seigneur de Montjoie aux bourgeois et habitants de 

Monrond. 

Je, Vuillames de Glers, sire de Montjoye et de Monrond, chevalier, 
fais sçavoir à tous ceux qui verront et orront ces présentes lettres, que 



Digitized by Google 



- 80 — 

je, regardant et considérant le profit de rnoy, de mes hoirs et de mes 
successours dou cbâtel et de ma terre de Monrond, par le conseil de 
bonnes gens, non contraint ne deçeù, mais de ma propre et franche 
volonté; vuillant ledit châtel de Monrond et les habitants audit leu de 
Monrond, croître, multiplier et amander : Richard fils à Palais d'Inde- 
villers; Jeannin-Mary Villermelte, de Vercel; Perrin, son genre; Willet, 
de Vauffrey, Girard le Burcet, de ce môme leu, Haymond le Bangierre, 
de Vauffrey; Loviat,le fils au maire; Perrin, son père ; Viénèt, dit Var- 
gney; Perrin le fils; Alatte, Bourquin le loglet, de Vauffrey, mes 
hommes, pour lour et pour lor successours, qui sont, qui seront et qui 
habiteront au bourg et en la ville de Monrond, pour moi et pour mes 
hoirs, ay accensé et affranchis ledit châtel, le bourg et la ville de Mon- 
rond, lesdits hommes qui y sont et les succédants qui y seront et y 
habiteront à toujoursmais, de toutes maineres de tailles, de prinses, de 
corvées, et de tous autres services et servitudes permaignablement quelles 
qu'elles puissent être, et leur ay ouctroyé et ouctroye perpétuellement 
pour lour et pour lours hoirs telle franchise, telle comme li bourgeois 
de Montbéliard ont et accostumé avoir parmi l'établissement et parmi 
les convenances ci-après écrites. C'est à sçavoir que je hay permis et 
. permèts en bonne foy, et à ce me suis expressément obligiés, mes hoirs 
et mes successours seignours de Monrond, de garder et de défendre 
lesdits bourgeois et tous les habitants au châtel ou bourg et en la ville 
de Monrond, et lours choses, et de faire sur ce mission et dépens selons 
les us et les coutumes de Montbéliard. Salvé à moy, à mes hoirs et à mes 
successours seignours de Monrond, la justice grande et petite, et toutes 
les appartenances de ladite justice quelles qu'elles soient, et les ost et 
chevauchies et toutes autres choses que à moi doivent appartenir et 
avenir comme à seignour, selon les us et les coutumes de Montbéliard; 
en telle mainiere que lidits borgeois de Monrond ou lours femmes et 
lours enfants démoroiont et fassent continuelle résidence et mansion à 
dit lieu do Monrond, et non pas autre part. Après ay ouctroyé etouctroy 
en nom que dessus, à mesdits bourgeois de Monrond, que li territoire de 
Monrond duroit et se conteigne dois Mételtre jusqu'à la motte d'arriers 
la maison Vuillet, de Vauffrey, et en suivant comme li Doubs se porte, 
tout contremont le Doubs par devers Monrond, auquel territoire lidits 
borgeois de Monrond laboroient et curtivoient, et à nos mie de fors les- 
dits bosnes en la vie de Monrond , mais par la volonté de moy, seignour 
de Monrond. Et pouy ce, lidits borgeois de Monrond out promis en nom 
que dessus par lour soirement sur se donné corporeliement sus saint 
Evangile, promettent et doivent payer et donner un chacun au perpé- 
tuellement, à moi, ou à mes hoirs, ou à mes successours teignant ledit 
châtel de Monrond, pour chescune toise de fronterie devant de lours 
maisons et de lours chazeaux vieux, puisque maison y aura été, douze 
déniers de la mouoye que par lo temps coirra en la cité et en la dlocèze 



Digitized by GooqI 



- Si - 

de Besançon , la moitié à la festc de la Nativité saint Jean-Baptiste, et 
l'autre moitié à la feste de la Nativité Notre Seignour; et ceulx qui 
n'auront ne ne tendront maison propre ne chazal audit leu, ne sont 
tenus de payer ladite censé de douze déniers, ne ne doivent tenir ne 
avoir curtil ne cheneviere en ladite ville. Item, ont promis lidits borgeois 
en nom que dessus, et sont tenus de payer à moi et a mes hoirs, suc- 
cesseurs seignours, un chacun de lour d'un chescun journal de terre 
arable que il tenra et aura audit territoire, chescun an douze déniers de 
ladite monoye, et pour chescune faul de prel aussiment, douze déniers 
de cette môme monoye , à la feste de la Nativité saint Jean-Baptiste la 
moitié, et à ladite feste Nativité Notre Seignour l'autre moitié, ainsi 
que dessus est dit. Et si ainsi que déans lesdites bornes, vignes fussent 
plantées et édifiées ai^ temps avenir ez costières dou dit territoire , ils 
doivent payer à moy et à mes hoirs, seignours de Monrond, d'un chacun 
muid de vin desdites vignes, un quartal de vin à la mesure de Montbé- 
liard. Item, accordé est entre moy et lesdits borgeois de Monrond, en nom 
que dessus, que quiconque ne sera des hommes ou du fief appartenant à 
moy, ou à noble homme monseigneur Jean, comte de la Iloche et sei- 
gneur de Chestoillon, et voudra dois ores en avant habiter et demorer 
audit bourg et en ville de Monrond, il doit donner et présenter à moy 
ou âmes hoirs, seignours de Monrond, ou au maire doudit leu, s'il peut 
avoir copie de nos ou doudit maire, ce se non ee borgeois doudit leu 
que seront élis pour ce, douze déniers de la monoye dessus dite, 
pour raison d'entrage, et doit jurer par son soirement qu'il gardera la 
féalité de moy, de mes hoirs, de mes successours dudit chàtel, dou 
bourg et de la ville de Monrond dessus dits, et des autres choses, et qu'il 
ne souffrera, ne parchassera le dommaige de moy ne des miens doudit 
chàtel, ne des autres choses appartenant à moy ne à mes hoirs, et que 
sitôt comme il le sçaura, il le nos fera sçavoir. Hem, se aucun des bor- 
geois doudit leu s'en veut départir d'anquy pour faire autre part deino- 
rance, il doit personnellement et donner et présenter à moy, ou à mes 
hoirs, seignours de Monrond, ou au châtelain, ou au maire de ce même 
leu, s'il peut avoir copie de nos ou de l'un de nos, ce se non cz dits 
borgeois que seroient élis pour ce, douze déniers de ladite monoye, et 
commander à Dieu moy ou mes hoirs, seignours de Monrond, et si 
autrement le faisoit, il s'en ira comme futis; et ce ainsi est que borgeois 
ou borgeoise qui s'en ira autre part faire demorance, qui aura pris 
congié, ne trevisse déans l'année en laquelle il s'en ira, qui achetoit sa 
maison assise audit bourg ou en ladite ville de Monrond, je, sire doudit 
leu, dois acheter ladite maison, à l'égard de quatre borgeois de la ville, 
et si je, sire, ne la veux payer à l'égard desdits quatre borgeois, ladite 
maison demeure ez dits borgeois pour la censé, payant jusqu'à tant que 
l'acheteur appareise, et est à sçavoir que je dois conduire de moy et des 
miens, et de toutes autres gens, selon mon pouvoir, uu jour et une nuit, 

6 



Digitized by Google 



- 82 - 

par ma terre, le borgeois qui s'en iroit doudit bourg faire demorance 
autre part; ensemble toutes ses choses il emporteront ou verroit porter, 
se je en suis requis doudit borgeois, sa censé payée, et moi commandé 
à Dieu, comme seignour premièrement en la forme et manière des sus- 
dits, et li héritage demorent à moi et ez miens. Et se ainsi est que H 
borgeois avant nommé doudit leu se départe doudit leu de Monrond, 
pour faire autre part sa demorance, sans commander à Dieu et sans 
payer sa censé, ainsi que dessus est devisé, je l'y puis faire mostrer, que 
déans huit jours après qu'il aura été requis, reveigne audit leu de Mon- 
rond demorer, ensemble tous les biens il en aura porter ou fait porter, 
laquelle chose, s'il ne le fait déans lesdits huit jo,urs, tuis ses biens, 
quelle part qu'ils soient, me sont commis et les puis penre comme la 
mien propre chose. 

Item, si aucun borgeois ou borgeoise, ou des habitants audit leu de 
Monrond morroient sans hoirs léals de son propre corps, tues ses biens 
mobles doivent repanre et élre au plus prochain de son lignaige demo- 
rant ;\ Monrond, selon droit de succession île lignaige; se ainsi n'étoit que 
cenls qui morront en ordonnoient autrement, et li héritaiges doit reve- 
nir à moy, sans ce que sa femme doit tenir son douaire à sa vie, tant 
seulement; et est à sçavoir que li un desdits borgeois ne peut acquérir 
sur l'autre par échange ne par donation, maison ne héritaige, ce n'est 
j>ar ma volonté. 

Item, je puis faire quelque fermeté qu'il me plaira audit bourg et en 
ladite ville de Monrond, a mes propres missions, jusqu'à vingt ans con- 
tinuellement ensuivants, et dois vingt ans en avant, lidits borgeois 
doivent et sont tenus de payer les missions qui seront faites, en main- 
tenir et réparer les murs et ladite fermeté doudit bourg et do la ville et 
en refaire lesdits murs s'ils chesoient pur quelque ens que ce fut, la 
moitié tant seulement, et je, l'autre moitié desdiles missions; et ay 
promis par mon soirement ez dits borgeois, et lidils borgeois me l'ont 
aussi promis par lour foi et chescun pour soi, je pour moy et pour les 
miens, ils pour lour et pour lours hoirs, toutes les choses dessus dites, 
et une chescune d'icelles, tenir, garder et maintenir fermement et per- 
pétuellement parmy les choses dessus dites et devisées, selon les us et 
les coutumes de Montbéliard. 

Item, est accordé entre moy et lidits borgeois de Monrond, que ches- 
cun chief d'hostal ou de maison, demoraut et habitant audit leu de 
Monrond, doit et est tenu de payer chescun an, à la feste de saint Michel, 
un quarteron de froment à la mesure de Montbéliard , au prêtre ou cha- 
pelain qui sera établi en la chapellenie qui sera fondée audit leu de 
Monrond. Et ay promis par mondit soirement, et lidits borgeois aussi, 
ne venir encontre les choses dessus dites, ne faire venir par nulle per- 
sonne au temps avenir, en caichie ne en appert. En t&moignaigk de 
toutes ces choses, je a la requôre desdits borgeois de Mourond, ay mis 



■ 

Digitized by Google 



- 83 - 

mon scel pendant en ces présontes lettres, et ay requis ensemble lesdits 
borgeois noble homme saige et puissant monsieur Jean, comte de la 
Roche et seigneur de Chastoillon, chevalier, qu'il mette son scel pen- 
dant avec le mien scel en ces présentes lettres, en témoignaige de vérité 
des choses dites. Et nos lidits borgeois de Monrond, regardant et consi- 
dérant le proût de nos et des nostres, l'honneur et l'amour que ledit 
messire Vuillames, sire de Montjoye et de Monrond, chevalier, notre 
bien-aimé sire, nous a, nous avons requis ledit monsieur Vuillames et 
ledit comte de la Roche qu'ils mettent leurs scels en ces présentes lettres, 
en témoignaige de toutes les choses dessus dites, et que nos nous con- 
sentons et les ratifions et confirmons. Et nos lidit cuens de la Roche, à 
la requête doudit monsieur Vuillames et desdits borgeois, qui toutes ces 
choses devant dites oqt confessées être vrayes, par-devant moi, avec le 
scel dudit monsieur Vuillames, avons mis notre scel pendant en ces 
présentes lettres, faites et données le lundi devant la feste de la Nativité 
saint Jean-Baptiste, l'an mit trois cent et quinze. Au bas de laquelle 
expédition étant en parchemin, sont pendants les sceaux desdits sei- 
gneurs de Montjoye et de la Roche. 



N° 3. 

LETTRES D'INVESTITURE 

Données par ordre de Ferry, duc d'Autriche, à Jean-Louis de Montjoie. 

Nous, Guillaume, marquis, seigneur de Rueselen et de Succenberg, 
sçavoir faisons que comme défunt messire Jean do Montjoye , seigneur 
de Montrond, en sa dernière volonté, par son testament et autrement, 
a fait son héritier desdites seigneuries dudit Montjoye et de Montrond, 
et tle toutes les appartenances d'icelles, tant en seigneuries, riers-liefs, 
en femmes et hommes, justice haute et basse, comme en toutes autres choses, 
sans rien excepter ni retenir, lesquelles choses en partie sont été ez-mains 
de notre très redoutée seigneurie d'Autriche et de leurs officiers , tant 
pour cause de la reprise et hommage desdits fiefs, comme pour la guerre 
que messire Jean-Louis, héritier dudit messire Jean de Monljoye, et ses 
complices, ont fait du temps passé à notre dite seigneurie d'Autriche, 
dont traité et bon accord y est fait, par lequel nous a été ordonné par 
excellent jirince, notre très redouté seigneur, monseigneur le duc Ferry, 
duc d'Autriche, laquelle ordonnance Peterman de Morimont, escuyer, 
son trésorier, nous a rapporté en la présence de son conseil que Sa 
Grâce voulloit et estoit son plaisir qu'en son absence, audit messire Jean- 
Louis prestassions et délivrassions lesdits fiefs et seigneuries, comme ses 



Digitized by Google 



- 84 - 

prédécesseurs les avoient eus et tenus, pour fils et filles, en toutes seigneu- 
ries hautes, moyennes et basses, dont il nous a montré lettres scellées 
du deffunct noire très redoubté monseigneur le duc Albert, et de dame 
Jeanne, duchesse d'Autriche et comlessc de Ferrette, sa femme, de l'an 
mil trois cent trente-quatre, et une autre lettre de mon très redoubté sei- 
gneur monseigneur le duc Ferry, dernièrement trépassé, par lesquelles 
lesdits fiefs sont confirmés pour masles et pour femelles, comme dit est. 
Lesquelles seigneuries de Montjoye, Monrond et de Méricourt, ensemble 
toutes seigneuries, justice haute et basse et moyenne, et toutes les 
appartenances audit jour du traité, eu la présence de plusieurs des con- 
seillers de nostro très redoubtée seigneurie d'Autriche, nous avons presté 
audit messire Louis, pour lui et pour ses hoirs, fils et filles, tant pour les 
fiefs appartenant à Ferrette que à la Roche de Bel fort, tant que nous pou- 
vons et devons par droit, tant par la forme et manière que ses devan- 
ciers seigneurs et dames de Montjoye, de Gliers et de Montrond. Ensemble 
les riers-fiefs des nobles, appartenant à riers-fiefs, en ont uzés et jouis, 
comme dit est. Pour lesquels fiefs et seigneuries ledit messire Jean- 
Louis nous a fait le serment en nos mains, au nom de nosdils très 
redoublés seigneurs et princes d'Autriche, ou à leur commandement, 
comme a son prince, et en tel cas appartient, tant des maisons de Mont- 
joye que d'autre part, appartenans esdits fiefs, qui sont et que seront 
présentement et advenir. Et s'ensuit le dénombrement desdits fiefs; 
premièrement Montrond, Gliers, Montjoye, Méricourt, les gens, corps 
d'hommes et de femmes, d'enfants, villes et les fins d'iceltes , ensemble 
rivières, rups, pêcheries, bois, forêts, aiges et toutes les appartenances et 
appendices d'icelles; item, la maison de Mèricourt, les fossés, le ban, 
toute la lin, ensemble les appartenances dudit Mèricourt. Item, la partie 
des champs, prez, étangs et fins de Ruederbach , ensemble toutes les 
appartenances des rivières, pêcheries, pâturages, fins, bans desdiles 
villes, autrement en ont uzés lesdits seigneurs dudit Gliers, tant en 
ungaux, vente de huebwein, que autres droits quelqonques, c'est à. sça- 
voir la quarte partie d'iceui, sans rien excepter ni retenir. Item, de 
mettre un curé au lieu à'Hirsingen toute fois que la cure vacque. Item, 
la mairie de Muespach et toutes les appartenances comme est été ancien- 
nement. Item, la ville de Recnuv rance, justice haute, moyenne et basse. 
Item, la ville de Bruesbach, justice, la fin et appartenances comme est 
été anciennement. Item, la ville de Gronne, et la justice haute et basse 
et moyenne, et les appartenances comme est été accoustumé. Item, au- 
cunes pièces de terres et champs, au territoire de Cheuremont , et autre 
part, où qu'ils soient seituez, dont il ne fait ici aucune mémoire. Ne 
doit point audit seigneur de Montjoye porter point de préjudice audit 
dénombrement, mais y doibl être gardé son droit, qu'est fiefs de la 
Roche de Bel fort , Peruse , Besoncourt , ensemble Charmoille près de 
Froide-Fontaine, comme est été anciennement accoustumé, sans rien 



Digitized by Google 



_ 8îi - 

excepter ni retenir, et sans nuls malcngins; et toutes ces choses sont 
faites en notre présenco par l'ordonnance que dit est, présents nobles 
seigneurs messire Jean de Monstreulx, chevalier, ledit Peterman de 
Morimont, trésorier; Jean de la Maison; messire Hugues Brias, prêtre, 
chanoine de Belfort, et autres du conseil de nosdits seigneurs et princes 
d'Autriche. En témoignage de laquelle chose nous avons fait mettre 
notre scel pendant à ces présentes lettres, faites et données à Massonval, 
le vingt-huitième jour du mois de novembre, l'an mil quatre cent 
trente-neuf, scellé. 



N° k. 

TRAITÉ DE PAIX 

Entre le duc d'Autriche et Jean-Louis de Thuillières , seigneur 

de Mont joie. 

Appointement fait entre très haut et puissant prince monseigneur le duc 
Ferry, duc d'Autriche, d'une part, et messire Jean- Louis de Thuillières, 
chevalier, d'autre part. C'est à sçavoir que fut mondit seigneur d'Au- 
triche, à son vivant, par honorable Petreman de Morimont, écuyer, 
trésorier de mondit seigneur, eut mandé et rescrit a haut et bien né 
monseigneur Guillaume de Hoppech, marquis, seigneur de Roeselen et 
de Succenbourg, son baillif, et gouverneur de Ferrâtes et d'aul pays 
par deçà; que selon le rapport que ledit trésorier, par ordonnance de 
Sa Grandeur, ly feroit et que ly a voit commandé, fit un appointement 
et traité d'avec ledit messire Jean -Louis, devers toute la seigneurie do 
Montjoye. Et s'ensuivent les articles dudit traité , fait par nous ledit 
Guillaume, baillif et gouverneur desdits pays, au lieu de Malsonnaux, 
en présence du conseil de madite très redoutée seignourie, étant avec 
nous présents, que de ce ont jugié et rapporté comme s'ensuit; messire 
Jean, seigneur de Mostereux, en partie, ledit Petreman de Morimont, 
châtelain de Ferrâtes et trésorier, et Jean de la Maison, châtelain do 
Tanne; Jean Hoirry de Malsonnaux, châtelain dudit lieu; Peulhelin de 
Ferrâtes, écuyer; messire Hugues Brias, chanoine de Belfort, conseillers 
de madite très redoutée signorie; et est appointé par nous ledit baillif, 
marquis, etc., et par les dessus dits; que de tout ce que ledit messire 
Jean-Louis et ses complices ont fait de dommaige à ladite signorie et à 
ses sujets, il a prié et requis à madite très redoutée signorie, que ly 
veuille pardonner, et nous ledit baillif, en nom de notre dite très redou- 
tée signorie, ly avons pardonné tous les méfaits que lui et ses complices 
ont fait à ladite signorie, et parmi ce nous ledit baillif, ly avons et devons 



Digitized by Google 



- 86 - 

rendre franchement tous les fiefs, signorie, moyenne, haute et basse, des 
signories de Montjoye, de Montron, d'Heymericourt, et toutes les apparte- 
nances, tant par la forme et manière que ses devanciers et seigneurs de 
Montjoye ont usé de tout le tems passé, et mémement messire Jean de Mont- 
joye, dernièrement trépassé, tant en bien, signorie, fiefs, riers-fiefs, féaulx, 
hommes et hommaiges, comme anciennement, sans rien excepter ni retenir, 
pour en jouir et user par la forme et manière que tous ses devanciers et 
ledit messire Jean de Montjoye ont usé et jouis , et parmi ledit messire 
Jean-Louis, pour lui et pour ses hoirs, s'est obligé estre vrai et féaul, et 
homme de madite très redoutée signorie, et doit bailler, par déclaration, 
tous les fiefs qu'il peut et doit tenir de madite très redoutée signorie d'Au- 
triche, et en prendre et en bailler lettre que en tel cas appartient; et a pro- 
mis ledit messire Jean-Louis de bien et léaulment servir madite signorie 
d'Autriche en toutes manières que les autres seignours et barons sont 
tenus et obligés en pays de Ferrâtes et d'aul pays de servir leurs sei- 
gnours, et de toutes les querelles que ledit messire Jean-Louis faroit ou 
pourroit demander à quelconques seignours ou sujets de madite si- 
gnorie de Autriche, ou que lesdits seignours ou sujets ly pourroient 
demander, il doit prendre et faire droit par-devant un baillif de Ferrâtes 
et d'aul pays, et le conseil de madite très redoutée signorie, et des- 
servir et obéir à ladite signorie comme un des autres hommes et vas- 
saulx, et par la fourme et manière que ses prédécesseurs ont fait au 
tems passé; et ce, enfin, fut que mondit très redouté seignour, le duc 
Ferry l'ancien, le mandit ou pour faire guerre ez Vénitiens, en ses 
jiays détaichés, ledit messire Jean-Louis incontinent ly doit aller servir 
ezdits pays par delà, ez dépens de mondit seignour d'Autriche, à vingt 
hommes d'armes, un mois sans lui ne à ses gens bailler aucun gaige, 
et le mois étant fini que lui et sesdites gens seront par delà, et ledit 
monsieur d'Autriche en a plus avant besoin, il doit accorder audit mes- 
sire Jean-Louis et à sesdites gens comme il ferait à autres de ses sei- 
gnours et barons de sesdits pays de Ferrâtes et d'aul pays et de par 
delà. Et parmi ce, toutes paix et tranquillité sont faites entre madite 
très redoutée signorie, ledit messire Jean-Louis et ses complices, sans 
que l'une des parties ne l'autre puisse demander à l'autre, se n'est par 
droit et par raison, comme dessus; et est fait en la présence dudit 
baillif et conseil, au lieu de Malsonnaux, au poile des bourgeois de 
ladite ville, le dix-neuvième jour du mois de novembre, l'an mil quatre 
cent et quarante, et pour être les choses dessus dites fermes et stables, 
et en signe de vérité, messire Jean-Louis a mis son scel pendant à ces 
présentes lettres. 




Digitized by Go< 



/igiiizea Dy 



Google